NOEM

Chercher la fissure de lumière

Noem lance Le grand mensonge au Théâtre Granada.... (IMACOM, MAXIME PICARD)

Agrandir

Noem lance Le grand mensonge au Théâtre Granada. Le prix d'entrée? Un sou noir!

IMACOM, MAXIME PICARD

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Sur Le grand mensonge, Noem cherche la lumière dans la noirceur des histoires qu'on se raconte. Discussion avec son leader Vincent Vachon au sujet de ce deuxième album de tous les changements.

Il y a une espèce de bruit difficilement descriptible qui saisit l'oreille à peu près une minute après le début de la pièce-titre du deuxième album de Noem, Le grand mensonge. Jusque-là, nous nous laissions bercer par la voix de Vincent Vachon, par cet élégant piano et par le doux bruissement d'une guitare carillonnante. Puis surgit de nulle part ce son un peu extraterrestre, sans doute un bruit de synthé, avant que la colère d'un rock orageux n'éclate.

Pourquoi faire tout un plat d'un seul son? Parce qu'il signale un changement de cap dans la manière Noem. Avec Petites apocalypses, l'auteur-compositeur Vincent Vachon commettait en 2012 un premier album de rock ténébreux, plutôt classique dans sa forme et dans ses arrangements. Le grand mensonge étoffe aujourd'hui l'attirail des sonorités auxquelles la formation sherbrookoise a recours, s'appuie moins sur la guitare pour faire davantage la part belle aux synthés. Difficile de ne pas songer à Radiohead, qui effectuait à partir de Kid A la même transition vers des sentiers moins balisés.

« J'avais le goût d'expérimenter », explique Vachon, qui a coréalisé l'album avec Luc Boivin. « Le premier disque était essentiellement fait de tounes qui venaient de la guitare, ce qui limitait les arrangements. On partait souvent avec des chansons acoustiques, qu'on essayait ensuite de transposer dans un esprit rock. »

Si on note rapidement cette transformation du point de vue de la construction de chansons, moins rigides, et de leurs arrangements, plus en phase avec l'époque, on note aussi en feuilletant le livret de pochette les nombreux changements d'alignement qui ont marqué Noem au cours des dernières années et que vient cimenter Le grand mensonge.

Alors que la formation tenait essentiellement à ses débuts de la nébuleuse de musiciens orbitant autour de Vachon, Noem est désormais un véritable et authentique groupe, avec ce que ça suppose de camaraderie et de collaboration. Meilleures salutations à Charles-Emmanuel L'Espérance (piano, synthétiseurs), Benoît Marquis (basse), Antoine Auger (guitare, voix), Jean-Philippe Godbout (batterie) et Vanessa Doyon-Bolduc (voix).

Le petit mensonge dans le grand

Un autre changement s'opère sur le plan des textes, signés entièrement par Bernard Beaulieu sur Petites apocalypses. Le parolier en revendique trois sur Le grand mensonge, dont Mena'Sen, tortueuse chanson mythifiant ce petit rocher émergeant de la rivière Saint-François, où un Iroquois et un Abénaquis se seraient affrontés au 17e siècle dans un duel au terme duquel le combattant iroquois aurait au minimum été scalpé, sinon exécuté. Une jeune fiancée y serait aussi morte d'épuisement, selon une autre légende.

Mais le reste des paroles des onze chansons de ce deuxième album, c'est Vincent Vachon qui les a écrites lui-même. Grand étonnement que ce prof de français au secondaire, qui manie très bien la langue, ait patienté aussi longtemps pour prendre le stylo, compte tenu de la finesse de ses textes qui télescopent parfois dans un même couplet le grand drame collectif et les petites histoires qu'on se raconte au jour le jour. C'est le cas d'ailleurs de la pièce-titre, inspirée par l'essai Au pays du grand mensonge : Voyage en Corée du Nord du journaliste français Philippe Grangereau.

« On apprend dans le livre que le pays est dirigé par un mort, raconte Vachon, que les villes sont des façades, que les guides, quand tu réussis à entrer dans le pays, te disent où regarder, quoi ne pas regarder, quoi prendre en photo. Ça, c'est le mensonge à grande échelle. Mais le grand mensonge, c'est aussi le mensonge de notre quotidien. Il y a beaucoup de choses qu'on aime mieux ne pas regarder en face, pour demeurer dans l'illusion qu'on est heureux, quand au fond on ne l'est pas du tout. »

Bien que Beaulieu et Vachon préconisent des styles assez différents, le chanteur partage avec son collègue une certaine vision enténébrée de l'existence. Le mot « mort » ressurgit encore à plusieurs reprises comme le mauvais présage d'une obscurité qui pourrait éventuellement tout engloutir. Quelques exemples de titres? Marée noire, Ma belle enfer, Tout s'écroule. Le Vincent Vachon assis devant nous apparaît pourtant comme un gars parfaitement heureux. Tu es lugubre comme ça dans la vie, Vincent?

« Je reprends souvent la phrase de Cohen : "There's a crack in everything, that's how the light gets in." Je trouve que ça représente bien ma démarche. Je ne suis pas quelqu'un de sombre non, j'aime les gens. Il y a toujours un peu de lumière dans ce que j'écris, une lumière qui entre par la fissure que je découvre dans l'obscurité. La porte qui se trouve sur la pochette sur disque, c'est par là que peut entrer la lumière. »

Un spectacle pour un sou noir

Arcade Fire voulait qu'on se mette sur notre 31 pour ses concerts, Noem réclamera pour sa part un sou noir à qui se pointera au lancement de son deuxième album au Granada. Simple stratégie pour alimenter le buzz? On devine que ce n'est pas avec cette menue monnaie que vous allez financer l'enregistrement d'un troisième album. « Quand c'est complètement gratuit, les gens ne sont pas engagés dans le fait d'assister à un spectacle, explique Vachon. Demander un sou noir, c'est forcer les gens à fouiller dans un vieux sac à main, dans le fond d'un tiroir. »

Un sourire espiègle traverse son visage. « Mais bon, c'est aussi un peu un mensonge, la cenne noire. On ne va pas empêcher qui que ce soit d'entrer au Granada s'il ne l'a pas. Un cinq sous, ça ferait l'affaire. »

À retenir

Lancement de l'album Le grand mensonge

Mercredi 26 novembre, 20 h

Théâtre Granada

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer