Mononc' Serge: le moi fantasmé de Serge Robert

Mononc' Serge présente au Bar Le Magog la... (Archives, La Presse)

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Mononc' Serge présente au Bar Le Magog la version rock de son spectacle en compagnie de son groupe Les Sportifs.

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Mononc' Serge traque depuis plus de quinze ans l'hypocrisie ambiante, exhibe la fourberie des dirigeants et le narcissisme du showbiz québécois. Et s'il aime toujours transgresser les tabous dans un orage de riffs barbares et d'humour chien, il aimerait parfois être écouté plus attentivement.

La semaine dernière, Mononc' Serge montait sur la scène de la Maison de la culture Mercier de Montréal. Agréable souvenir. «Je pense que c'était la première fois que je jouais dans un amphithéâtre avec des sièges fixes depuis dix ans», se réjouit-il au bout du fil. «J'étais sûr que ça allait être la catastrophe, je voyais beaucoup de têtes blanches dans la salle et je me suis dit: "Oh boy, ce ne sera pas facile." Je m'attendais à un exode massif du public, et finalement, ça s'est très bien passé. J'ai trouvé ça ben encourageant. Dans un contexte comme ça, les musiciens peuvent y aller avec plus de finesse, on peut faire plus de variations d'intensité.»

Relire les entrevues qu'a accordées au fil des années Serge Robert, c'est revivre à chaque fois l'étonnement de journalistes qui n'en croient pas leurs yeux et leurs oreilles d'être en présence d'un homme posé, prompt au doute et à la réflexion, contraire absolu de ce grand prêtre de l'outrance, de la phrase qu'il ne faut pas dire et du tabou transgressé qu'est Mononc' Serge. Mais même quand on a lu toutes ces entrevues, impossible de ne pas soi-même s'étonner que Serge Robert, à la ville, mesure autant ses propos, refuse absolument de se fendre de déclarations incendiaires, alors que son alter ego scénique, lui, semble tenir la retenue et la modération en haine absolue.

Il y a un fossé, non, un abysse, entre notre interlocuteur et l'interprète de Signe s'es boules et autres Fourrer, au point où on pourrait soupçonner une certaine amertume, celle ne pas être pris au sérieux, chez Serge Robert. Une impression d'autant plus tenace à l'écoute des chansons plus graves comme L'homme qui ne voulait plus vivre ou La fin du monde qui ponctuent son plus récent album acoustique, ironiquement intitulé Pourquoi Mononc' Serge joues-tu du rock'n'roll? Tu n'es pas excédé de ne t'adresser qu'à des publics intoxiqués, qui t'écoutent à moitié, Mononc'?

«Je ne dirais pas que je suis amer, non, mais plus les années passent, plus je considère que c'est un problème, oui. Ça ne me dérange pas que le public soit turbulent quand je suis avec mon band rock, comme je le serai au Bar Le Magog. Dans ce temps-là, je ne m'attends pas à ce que les gens aient une écoute religieuse. On joue fort, on crie, c'est un exutoire. Le problème que je vis ces temps-ci, c'est que j'essaie à d'autres occasions d'imposer une formule acoustique qui demanderait une meilleure écoute. C'est très difficile de faire passer ça dans les bars. Les gens qui viennent voient l'étiquette Mononc' Serge et associent ça forcément à Marijuana, à L'âge de bière, à mon côté excessif.»

Le personnage de Mononc' Serge, cage dorée? «Je ne veux pas avoir l'air de me plaindre, mais je ne l'ai pas prémédité ce personnage-là. Quand je fais mes tounes, je dois me forcer pour être baveux, c'est un pli que j'ai fini par prendre avec les années. Il y probablement au fond de moi une volonté d'être exubérant, spectaculaire, de faire tomber certains interdits que la vie en société nous impose. Je sais que l'image que je dégage, c'est celle d'un gars sur le party, qui se défonce, même si je ne suis pas du tout comme ça dans la vraie vie. C'est une espèce de moi fantasmé. J'aimerais ça parfois être capable de lâcher prise, être un gars le fun, populaire, cool. Je ne suis pas cool dans la vie. Je suis quelqu'un qui ne fait pas de vague, qui aime passer inaperçu. Je vais peut-être devoir faire paraître un album sous un autre nom si je veux imposer cette facette-là de ma personnalité.»

De Breaking the law à Coupe Couillard

Malgré ces quelques refrains moins caustiques qu'il signe récemment, Serge Robert n'a pas cessé de traquer l'hypocrisie ambiante, éternelle tâche entreprise sur Mononc' Serge chante 97 et dont il n'a jamais démordu, qu'il tourne en dérision la machine à imprimer de l'argent qu'étaient les tournées de Pink Floyd (Le bad trip du siècle), souligne au crayon très gras l'absurdité de la lutte aux drogues (Marijuana), raille le narcissisme du showbiz québécois (Le gala de l'ADISQ) ou questionne les motivations profondes des artistes qui soutiennent des causes sociales et politiques (Chanteur engagé).

Son plus récent brûlot, Coupe Couillard, interprété pendant Ce show... avec Mike Ward à l'antenne de MusiquePlus puis mis en ligne sur YouTube par un vaillant fan, martèle de phrases au vitriol ce gouvernement qui impose l'austérité. Une défoulatoire satire comme Mononc' Serge a tristement dû en écrire des dizaines, la vie politique de cette province ne s'étant pas spécialement assainie depuis quinze ans.

«C'est vrai que c'est toujours difficile de trouver un nouvel angle pour aborder des thèmes d'actualité. Cette chanson-là descend d'une autre chanson que j'ai faite l'an passé avec un groupe métal, Some of the few. On m'avait proposé de chanter quelques chansons avec eux, dont Breaking the law de Judas Priest. Ça me tentait de la faire, mais je n'étais pas confortable avec l'idée de la chanter en anglais, alors j'ai écrit une version française de Breaking the law, qui s'appelait Philippe Couillard. Phonétiquement, ça passait. L'idée générale, c'était que les Libéraux, c'est un rassemblement de boss véreux, de mafieux. J'ai réécrit ce texte-là pour Coupe Couillard, même s'il n'y a plus rien de la version originale dans la version finale.»

Tout le monde ensemble, sur l'air de Breaking the law: Philippe Couillard, Philippe Couillard. Philippe Couillard, Philippe Couillard.

À retenir

Mononc' Serge et les Sportifs

Samedi 15 novembre à 21h

Bar Le Magog (244, rue Dufferin)

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