Johan Gass: Québec love

Johan Gass au bord du lac des Nations,... (IMACOM, MAXIME PICARD)

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Johan Gass au bord du lac des Nations, au coeur de cette ville qui l'a vu naître artistiquement.

IMACOM, MAXIME PICARD

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Johan Gass signe avec Le temps file une fiévreuse lettre d'amour à ce Québec qui lui a permis de devenir ce qu'il voulait être. Retour sur l'éclosion artistique d'un Français venu en Amérique étudier le loup du Canada.

Le fils de ce «pays de blé» qu'est la Lorraine, Johan Gass, atterrit en 2002 à Montréal pour étudier la biologie. Plus précisément pour étudier - ça ne s'invente pas - le loup du Canada. C'est ce qu'on appelle vouloir embrasser rapidement les symboles de sa société d'accueil. Mais la vie étant ce qu'elle est - imprévisible - Johan ne fraiera pas longtemps avec l'emblématique animal et déviera vers des études en environnement. Un séjour en Polynésie française le pousse bientôt dans les bras de Sherbrooke. On le répète: la vie est imprévisible. Surtout celle de Johan Gass.

«Je suis allé faire un stage là-bas pendant ma maîtrise en environnement, dans un petit village juste à côté de Tahiti, une communauté tissée serrée. Le retour à Montréal a été rough pour ma blonde de l'époque et moi. Nous avons décidé de nous installer à Sherbrooke dans une grande maison de la rue Portland dans laquelle vivaient trois ou quatre familles. C'était des jammeux. C'est avec cette gang-là que j'ai découvert la musique.»

Premier jour du reste de la vie de Johan Gass. Le Français qui n'avait jusque-là jamais posé une guitare sur ses cuisses commence à faire des racines. C'est son mot à lui: enracinement. Et c'est aussi le leitmotiv de Le temps file, un premier album qui creuse le sillon d'une chanson tiraillée entre une certaine tradition et des inclinaisons mondialisantes, quelque part entre Moran et Thomas Jensen.

La pièce inaugurale met d'emblée cartes sur table: ça s'appelle Saint-Laurent et ça célèbre sur fond de bruits de vague le fleuve que remontait il y a quelques années un certain Champlain. Le reste de l'album est à l'avenant: on l'écoute comme on lit une longue et fiévreuse lettre adressée au Québec.

En cherchant des «fleurs de lys dans les cheveux de sauge» d'une fille, Johan Gass ajoute son nom à une longue liste de poètes pour qui l'amour du pays et celui de la femme se confondent et se nourrissent mutuellement dans le creuset d'une charnelle métaphore. Québec love, vous dites? Johan Gass va même jusqu'à orner d'une frémissante musique La romance du vin de Nelligan.

«Je ne viens pas d'un milieu artistique pantoute», raconte-t-il dans la cuisine de son appartement avec vue sur la promenade du lac des Nations, pendant qu'un de ses deux jeunes garçons regarde les Power Rangers à la télé. «La société française m'a étouffé et quand je suis arrivé au Québec, c'était comme si je pouvais respirer, comme si je pouvais enfin être qui je voulais.»

Merci Elisapie

Être qui il veut être, ça signifie aujourd'hui pour Johan Gass se dédier entièrement et complètement à sa vie d'artiste. Si le temps file aussi rapidement qu'il le prétend sur la pièce-titre de son album, pourquoi ne pas consacrer chacune des secondes qui lui sont conférées à faire ce qu'il veut vraiment et intimement faire?

L'ardente missive Une lettre dans la nuit revient en filigrane sur un de ces moments à valeur épiphanique qui lui a donné le courage de jouer son va-tout, de renoncer à sa bourgeonnante carrière de communicateur en environnement (il a entre autres tourné un documentaire sur l'Amazonie) et de mettre sa tête sur le billot de la chanson.

À qui parles-tu dans cette pièce, Johan? Il rougit. «Pendant ma maîtrise en environnement, j'ai fait un voyage dans le nord du Québec. On est parti de Rouyn en avion jusqu'à Radisson, et à Radisson, et on a pris un autre avion jusqu'à Kuujjuarapik. Elisapie Isaac était assise à côté de moi. Elle n'était pas encore connue. Disons que j'ai capoté sur cette fille-là. Parfois, tu rencontres des gens et ils te font vibrer, tu ne sais pas pourquoi. Cette rencontre m'a hanté. La chanson, je l'ai écrite plus tard, pendant une nuit d'insomnie ici à Sherbrooke. Je devais rentrer à l'université le matin travailler pour le groupe de recherche sur le béton qui m'engageait à l'époque. J'en avais pas envie. C'est aussi un peu une réponse à Moi, Elsie, que Pierre Lapointe et Richard Desjardins ont écrite pour Elisapie.»

Il s'interrompt. Un sourire de malaise illumine sa joyeuse bouille barbue. Ça va? «Je ne sais pas si on devrait écrire tout ça dans l'article. J'ai peur d'avoir l'air de faire du name-dropping.» Il finira par accorder sa bénédiction à l'auteur de ces lignes, au nom de l'authenticité de leur rencontre.

C'est un peu pour des raisons cousines à cette quête d'authenticité qui l'anime que Johan Gass tenait à lancer Le temps file à l'Auberge de jeunesse Ecobeat, qui a récemment failli imploser sous le poids de factures d'électricité impayées. Bien qu'il refuse de défendre les administrateurs de l'auberge, comme il refuse de leur adresser des reproches, Gass plaide pour la survie de ce lieu qui, il faut le reconnaître, ensoleille une Wellington Sud qui a en bien besoin. «Faire mon lancement à Ecobeat, c'est prendre position pour ce que représente une auberge de jeunesse: la solidarité, la chaleur, la rencontre, l'ouverture.»

À retenir

Lancement de Le temps file de Johan Gass

Vendredi 14 novembre à 20h30

Auberge de jeunesse Ecobeat (146, rue Wellington Sud)

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