Le retour de Chocolat

Comme une vieille cassette copiée

Emmanuel Éthier et Jimmy Hunt ont remis sur... (Archives La Presse)

Agrandir

Emmanuel Éthier et Jimmy Hunt ont remis sur pied après un court hiatus la formation Chocolat, pour un nouvel album intitulé Tss Tss.

Archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

(Sherbrooke) Jimmy Hunt renoue avec les méchants moineaux de Chocolat sur Tss Tss, album au charme sauvage et brouillon de chansons torchées sans se prendre la tête.

Gobekli Tepe, c'est le nom du plus ancien temple de pierre répertorié sur terre (il se trouve dans ce qu'on appelle aujourd'hui la Turquie). Un ouvrage sur lequel plusieurs centaines d'hommes auraient versé sang et sueur pendant de trois à cinq siècles, de 11 500 à 10 000 ans avant notre ère.

Gobekli Tepe, c'est aussi le titre de la dernière pièce de Tss Tss, album marquant le retour de la belle bande de méchants moineaux de Chocolat. Un ouvrage sur lequel cinq gars ont sué pendant, comment dire, pas exactement de trois à cinq siècles. Tout le contraire : ce court voyage dans l'imaginaire mythico-louche de Jimmy Hunt suinte le charme sauvage et brouillon de chansons torchées rapidement, sans se prendre la tête.

Sauvage et brouillon, parce que c'est d'abord ce son trempé d'écho, volontairement trouble, qui saisit au corps. Vous vous rappelez ces vieilles cassettes sur lesquelles vous enregistriez quelque chose puis réenregistriez quelque chose d'autre puis réenregistriez quelque chose d'autre? Voilà le doux souvenir que Tss Tss rappelle à notre mémoire, sur une petite dizaine de pièces hypnotiques et répétitives, durant lesquels le batteur Brian Hildebrand et le bassiste Ysaël Pépin peuvent marteler un même rythme durant plusieurs minutes, pendant que Martin Chouinard arrache des sons cosmiques à ses claviers et que Hunt se contente parfois de ne hululer qu'un seul mot (la puissante Fantôme). Appelé en renfort, le très sollicité guitariste Emmanuel Éthier, qui épaule aussi Hunt en solo, remplace Dale MacDonald.

Mais petite capsule historique d'abord? En 2007, Chocolat larguait un premier EP rock garage peuplé de filles de mauvaise vie et traversé par les hurlements de Hunt, ce dandy paumé « moitié homme et moitié loup ». Un premier album complet, Piano élégant, révélerait l'année suivante les doux désirs romantiques que dissimulaient les jolies perversités du rockeur et recueillerait de bienveillantes critiques avant qu'un esclandre généreusement arrosé de whisky dans une salle des Îles-de-la-Madeleine n'inscrive au marqueur le nom du groupe sur la liste noire des détraqués à ne plus inviter. « Chocolat a été sali partout dans le réseau des salles du Québec, pour une niaiserie », regrette le chanteur. Le groupe finit par se disperser. Jimmy Hunt deviendrait bientôt grâce à son premier album folk rock le Jimmy Hunt que l'on connaît aujourd'hui.

« On verra »

La sempiternelle question s'impose donc, tant Jimmy Hunt s'est depuis la dissolution de Chocolat tout autorisé sur les deux albums qui portent son nom : qu'est-ce qui distingue ses chansons en solo de celles de son groupe?

« C'est vrai que Tss Tss aurait peut-être pu devenir un album juste un peu plus bizarroïde de Jimmy Hunt, répond-il. Mais je n'aurais pas eu ce band-là pour les jouer. Comme Brian, Ysaël et Martin ne sont pas des gars qui ont l'ambition de faire de la musique un métier, je suis plus à l'aise avec eux de prendre des risques, alors que j'ai habituellement le réflexe d'essayer de peaufiner, de trop réfléchir. J'avais tous ces débuts de tounes-là qui ne comportaient qu'un ou deux accords, remplies de segments de trois ou quatre minutes où j'avais juste écrit "on verra" et de sections où je voulais que des claviers apparaissent. Je ne voulais pas que ces débuts de tounes-là deviennent des vraies chansons couplets-refrain au sens où j'en fais en solo. Je voulais que ça plane, que la section rythmique ait du fun. »

Une femme New Age qui fait du yoga

Le retour de Chocolat, tout aussi réjouissant soit-il, ne tombe peut-être pas exactement à point nommé, pourrait signaler à juste titre le stratège marketing. Il y a deux semaines, Jimmy Hunt récoltait grâce à Maladie d'amour, son chef-d'oeuvre de deuxième album, deux des plus prestigieux Félix remis lors de l'Autre Gala de l'ADISQ, celui de l'Album de l'année - Alternatif et celui de l'Album de l'année - Choix de la critique.

N'aurait-il pas été avisé d'en profiter pour huiler la machine à promotion et repartir sur la route chanter Marie-Marthe et Nos corps? « Bof », soupire Hunt, en réprimant une moue d'ennui. « Mon équipe y a pensé, on m'a demandé : "As-tu envie de relancer ça?" Au minimum. Je pense que si je surfais sur la vague des Félix, je le sentirais moins. Tout le côté marketing, je n'en ai rien à foutre. Je n'ai aucun d'intérêt. Je veux qu'il y ait des gens aux shows, oui. Mais le grand plan de ma carrière, ce n'est pas quelque chose qui me préoccupe. »

Il ne faudrait quand même surtout pas s'imaginer Jimmy Hunt en rebelle poing-levé. Pensez plutôt à un gars qui ne s'intéresse sincèrement qu'à la musique, une affirmation qu'aiment à répéter bien des ses compatriotes, mais qu'ils sont peu à incarner avec autant de réelle candeur.

« Je dois dire que j'ai toujours été mal à l'aise avec les galas et les célébrations d'excellence, explique-t-il en revenant sur l'ADISQ. J'ai des mauvais souvenirs d'école primaire où le prof d'éducation physique nous remettait des médailles pour avoir fait un triathlon ou je sais pas quoi. Je suis resté comme pas intéressé par ces affaires-là. Je vais chercher le prix, je monte sur scène, je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas ce que je dois dire. Le label aurait aimé que j'aille au gala du dimanche. Ce n'est pas un geste politique de ne pas y être allé, je ne suis pas contre, je trouve juste que c'est une soirée plate où on remet des prix pas beaux. J'en ai deux chez moi maintenant et je me demande vraiment où ils sont allés chercher ça. Un Félix, ça a comme la forme d'une femme New Age qui fait du yoga et de loin, ça ressemble un peu à une bite avec des gosses. »

Il les mérite néanmoins amplement, ces deux bites avec des gosses.

À retenir

Chocolat

Samedi 8 novembre, à 21 h

Boquébière

50, Wellington Nord

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer