PHOTOGRAPHIE

Les regards pas si furtifs de Sylvain Lussier

Le musicien Sylvain Lussier présente sa première exposition... (IMACOM)

Agrandir

Le musicien Sylvain Lussier présente sa première exposition photographique, Regards furtifs.

IMACOM

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Avec Regards furtifs, sa première exposition photographique, le musicien Sylvain Lussier cherche à éclairer la solitude de sa vie intérieure en braquant son objectif sur l'insolente beauté du réel. Regarder dehors, pour mieux voir en dedans.

Le poids de la solitude... (Photo Sylvain Lussier) - image 1.0

Agrandir

Le poids de la solitude

Photo Sylvain Lussier

«Je suis un peu tout le temps tout seul dans ma tête», me confie Sylvain Lussier au détour d'une longue conversation autour d'une pinte. Je le crois, mais je ne le crois pas tout à fait. Avec son regard vif et sa longiligne charpente d'ado, Sylvain Lussier a plus l'allure d'un gars qui chaque matin sourit à la vie que de celui qui trouve régulièrement refuge dans les sombres racoins de sa caboche.

Nous poursuivons notre conversation en jasant musique. Sylvain tient la basse dans Harvest Breed, travaille dans un magasin d'instruments, a une opinion éclairée et éclairante sur à peu près chaque album qui paraît, tous genres confondus. Nous jasons aussi, comme de bien entendu, de la photographie qu'il pratique depuis cinq ou six ans et de cette première exposition, Regards furtifs, qu'il a accepté d'assembler à reculons, cédant à l'insistance d'Annick Sauvé du Centre d'art de Richmond, qui avait décelé dans ses images quelque chose auquel il ne croyait lui-même pas vraiment. C'est que Sylvain Lussier compte parmi ces éternels abonnés au doute. Puis, il me raconte ce souvenir.

«Quand j'étais petit à Windsor [sa ville natale], je revenais souvent tout seul chez nous après l'école et il n'y avait personne, je n'avais pas de clé, je ne pouvais pas entrer, alors j'allais jouer avec mon chien. J'attendais avec lui dans sa cabane, je pouvais passer deux heures ou trois heures dehors. J'ai souvent joué tout seul, je me suis souvent inventé des affaires tout seul.»

Un peu plus tard en soirée, je rentrerai à la maison, regarderai à nouveau la vingtaine de photos composant son exposition qu'il m'a envoyées sur Facebook, et je ne pourrai m'empêcher de penser que c'est encore beaucoup à travers les yeux de ce petit gars qui cherchait dans la ligne d'horizon une raison de croire en demain, que c'est encore beaucoup avec ce regard rempli d'espérance que Sylvain Lussier observe le monde.

Parce que si une palpable désolation règne sur chacune de ces photos en noir et blanc prises à Rouyn-Noranda, à Sherbrooke, à Toronto et à Portland, Maine, c'est la vie qui nous saute d'abord aux yeux, c'est la vie dans toute son insolente beauté qui bourgeonne sous l'objectif de Lussier, malgré la poussière qui noircit les trottoirs, malgré la pourriture qui gruge les immeubles désaffectés, malgré la laideur de ces mines qui polluent le paysage. La vie qui s'accroche, la vie qui résiste sous les incessantes rafales de vent, irradie tout le travail du musicien devenu photographe.

Regardez un peu cet arrogant «Fuck you» écrit en toutes lettres sur la porte d'une ruelle décatie. Regardez un peu cette talle d'arbres qui se tiennent solide au milieu de nulle part. Regardez un peu le sourire de cette femme, que l'on devine rouge sous le noir et blanc, à bord d'une vieille voiture modèle President.

Lussier: «Tu as en tête la photo du hangar? Je ne sais pas si tu as remarqué, mais il y a un gros poteau au milieu. Personne n'aurait pris cette photo-là, mais moi je l'aime le poteau, je le trouve beau.»

Dans le fossé

«Je ne suis vraiment pas du genre à prendre des photos et à ne pas les retoucher après. La photo de base, c'est un canevas. C'est un peu moi que je cherche dans mes photos», constate Sylvain Lussier en expliquant comment des images qu'il croyait d'abord banales révèlent parfois toute leur fulgurance une fois revues à travers l'écran de l'ordinateur, dans Photoshop.

Tu as bien dit que c'est toi que tu cherches dans tes photos? Tu as un exemple? «J'étais avec Harvest Breed à Toronto et on s'était couchés très tard, à quatre heures du matin, mais on avait une performance télé à filmer à neuf heures. On s'est levés à six heures encore éméchés et en tirant les rideaux, je vois en bas cette madame-là qui passait avec ses sacs. J'ai croqué le moment.» Le titre de la photo: Le poids de la solitude.

Et elle semblait particulièrement seule, la dame? «Non, pas vraiment, mais c'est en fouillant quelques jours plus tard dans les photos que j'avais prises que je me suis dit: "Wo, elle a vraiment l'air seule.»

Seule comme toi ce matin de gueule de bois-là, dans une chambre d'hôtel de Toronto? «Ouais, c'est un peu ça...»

Gorgée de bière. Il reprend: «Cette histoire-là résume un peu ma technique: je laisse mon regard dériver. Je suis du genre qui, en voiture, regarde toujours sur le bord du chemin. Je fais ça depuis toujours, je me fais des scénarios. Quand j'étais petit, j'étais assis sur la banquette arrière et je faisais semblant que mon petit char jouet roulait dans le fossé.» Dans le fossé: là où souvent se trouvent les plus précieux trésors.

À retenir

Regards furtifs de Sylvain Lussier

Jusqu'au 14 décembre

Vernissage jeudi 6 novembre de 17h à 19h

Centre d'art de Richmond

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer