Loud Lary Ajust: les insomniaques s'amusent?

Loud Lary Ajust stationne sa Blue Volvo devant... (Archives, La Presse)

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Loud Lary Ajust stationne sa Blue Volvo devant le Théâtre Granada le 5 novembre à l'occasion du Rap Queb Money Tour.

Archives, La Presse

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Les vingtenaires de Loud Lary Ajust hurlent sur leur nouvel album Blue Volvo le credo d'une jeunesse fashionably décadente qui, face à l'aurore qui se lève sur la quatorzième heure, hésite entre la mort lente d'une vie rangée ou se commander un autre verre.

Qu'est-ce qui se passe à la quatorzième heure? demande-t-on au rappeur Lary Kidd, en évoquant 14 AM, le morceau de bravoure de Blue Volvo, six minutes de confessions paranoïaques que balancent le jeune homme revenu de tout et son partenaire Loudmouth sur un de ces rythmes à la fois triomphants et anxiogènes grâce auxquels le beatmaker Ajust a assis sa réputation.

«La 14e heure, c'est l'heure de la remise en question ultime, répond-il. Comme le dit Simon [le vrai prénom de Loud]: "À 14 heures du matin, je pourrai mourir de ma jeunesse."»

Une déclaration qui encapsule parfaitement l'hyperlucidité propre à un certain rap nord-américain auquel appartient Loud Lary Ajust depuis le mémorable Gullywood (2012) en incarnant jusqu'au bout des ongles, à l'instar des antihéros de l'écrivain Bret Easton Ellis, toutes les contradictions d'une société qui fonce dans le mur à toute allure. Là où d'autres artistes dénonceraient le consumérisme, Loud Lary Ajust préfère par exemple plaider coupable et reconnaître être séduit comme une importante portion de sa génération par l'appel de l'accomplissement matériel, préfère mettre cartes sur table et avouer son amour obsessif pour la drogue, la porno et la débauche, quelque part entre euphorie et dégoût de soi.

Pour le trio, une nihiliste nuit cocaïnée à l'Hotel Hell (le titre le plus costaud de Blue Volvo) ne peut se terminer autrement qu'en hurlant au matin un rauque «Fuck my life!», la fête culmine toujours dans les sueurs froides du vide existentiel. Les mots jeunesse et mort, comme les deux revers d'une même médaille, tiennent d'ailleurs presque de la ponctuation sur Blue Volvo.

Les vingtenaires de Loud Lary Ajust célèbrent-il les excès ou les dénoncent-ils en démontrant par l'absurde qu'il est inutile de tenter d'éluder sa peur de la mort en se réfugiant dans la recherche constante du plaisir? Impossible de trancher, et c'est précisément cette irrésolution qui confère cette puissance aiguë aux textes du trio, fenêtres ouvertes sur l'âme tordue d'une jeunesse dévoyée. La Blue Volvo du titre, une voiture que conduisait jadis un vieux pote de LLA, «un objet fétiche de notre adolescence qui représente autant les bonnes que les mauvaises choses qui se sont passées pour nous», symbolise cette tension entre nostalgie d'une insouciance perdue et tyranniques instincts autodestructifs.

«Quand je parle de ma fascination pour l'accomplissement matériel, note Lary, ce n'est pas forcément en bien, c'est un constat grave. L'album témoigne de nombreux questionnements qui surgissent à la mi-vingtaine. Je vois plein de gens qui décident de vivre une vie rangée, de gagner beaucoup de sous, d'adopter un format de vie adulte et responsable, mais pendant ce temps, il y en a plein d'autres qui demeurent dans une crise d'ado qui n'en finit plus.» On devinera facilement à quel camp appartient pour l'instant Lary.

Chez Audiogram

Lancé en toute indépendance en 2012, l'album Gullywood s'inscrivait dans une faste période de réinvention du rap québécois amorcée par la parution du 4,99$ d'Alaclair Ensemble en 2010. Une effervescence dont s'est enfin avisée l'industrie québécoise de la musique, ou plus précisément Audiogram, historique étiquette de disques des Paul Piché, Pierre Lapointe et autres Ariane Moffatt chez qui LLA fait son entrée avec Blue Volvo.

Un fait d'armes dont ne manque pas de s'enorgueillir Loud et Lary, bombant le torse à bord de la flamboyante voiture en suggérant que seul Daniel Bélanger (un autre poulain d'Audiogram) peut s'identifier («relate») à ce qu'ils vivent. «On le prend comme une espèce de consécration, notre association avec Audiogram, et on aime ça le lancer dans la face du monde par simple vantardise», rigole Lary.

Une question un brin mononcle en terminant: ne crains-tu pas Lary que tes textes poussent de jeunes oreilles naïves dans les bras de toutes ces mauvaises habitudes que tu mets en scène? «Oui, j'y pense, mais je vais continuer à le faire de cette façon-là jusqu'à ce qui m'inspire et ce qui m'entoure change. Tu ne peux pas faire un portrait de la vingtaine à Montréal et au Québec en omettant de parler de drogues ou d'excès.»

À retenir

Rap Queb Money Tour

Avec Loud Lary Ajust, Koriass et Eman X Vlooper

Mercredi 5 novembre à 20h

Théâtre Granada (53, rue Wellington Nord)

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