Union General: satisfaction garantie

Stéphane Messier (au premier plan) mène Union General,... (IMACOM, FRÉDÉRIC CÔTÉ)

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Stéphane Messier (au premier plan) mène Union General, formé également des frères Schmitz, Johann (à la guitare) et Karl (à la batterie).

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Avec 12 notes to satisfy the whole world, Union General rend hommage à la petite palette que constituent ces douze notes à partir desquelles la totalité de la musique pop a été modelée.

L'auteur de ces lignes se présente au rendez-vous avec un obscur vieux vinyle de jazz fusion sous le bras (ça arrive). Il vient tout juste de rendre sa visite hebdomadaire au disquaire Musique Cité. Le leader de Union General, Stéphane Messier, intrigué par la couverture colorée, consulte les notes de pochette, puis pointe le nom du responsable du matriçage, pas exactement une star du monde de la musique (les responsables du matriçage le sont rarement, pour ne pas dire jamais). «Habituellement, quand tu vois le nom de ce gars, c'est signe que ça va bien sonner», indique-t-il.

Tout Stéphane Messier se trouve dans cette anecdote. Si allmusic.com, l'encyclopédie en ligne répertoriant l'ensemble des enregistrements que la musique populaire a générés, s'incarnait en chair et en os, il ressemblerait sans doute beaucoup à ce mélomane joyeusement obsessif et beatlmaniaque notoire, avec qui vous pourrez jaser pendant des heures de rock garage, de soul, de folk...ou de matriçage, si ce genre de sujets vous passionne.

«À chaque fois qu'on trouve une de ses idées cool, il a toujours le réflexe de nous demander à quoi ça nous fait penser», lance, amusé, Karl Schmitz, batteur de Union General, au sujet de Messier.

«Quand une chanson me vient rapidement, j'ai souvent peur de jouer quelque chose qui existe déjà. Est-ce que je suis en train de repiquer une toune des Zombies sans m'en rendre compte?» s'interroge à voix haute le principal intéressé. Cette conscience aiguë de l'histoire de la pop et du rock l'inhibe-t-elle quand vient le temps d'ajouter sa propre pierre à ce monumental édifice? L'auteur-compositeur raconte spontanément ceci:

«Je suis avec un de mes chums en voiture et je lui fais jouer les chansons qu'on a enregistrées, pour qu'il me dise lesquelles on devrait selon lui mettre sur l'album. If I'm with you débute, il la recule, la repart, la recule, la repart, réécoute la même minute trois fois. Je finis par lui demander ce qu'il fait. À un moment donné, il se met à fredonner une toune de Ringo Starr. Ben oui, ça ressemblait à Free drinks de Ringo Starr!»

Ce que Messier ne dit pas, c'est que peu de gens, outre ses savants potes et lui, flaireront ces similitudes. Le récit de cette balade en voiture révèle surtout comment le claviériste-chanteur (aussi bassiste au sein de Stéréosaure) ne peut envisager ses refrains autrement que comme une série d'allusions et de références à d'autres artistes ou à d'autres genres. Ce sont là les affres du grand mélomane devenu musicien.

D'où ce titre qu'a choisi le trio (que complète le guitariste Johann Schmitz) pour coiffer son deuxième album, 12 notes to satisfy the whole world, un hommage à cette petite palette à partir de laquelle tous les artistes, connus ou pas, ont modelé la totalité de la musique occidentale.

Il s'en est d'ailleurs fallu de peu pour le communiqué de presse accompagnant les envois aux médias se résume à une liste hétéroclite de noms d'autres musiciens dont Union General est tributaire: Big Star, Teenage Fanclub, Neil Young, Hall & Oates, Elliot Smith, Crowded House, Cream. «On trouvait ça un peu niaiseux, finalement», s'esclaffe les deux collègues.

«Le titre, c'est une ode à la limitation et un clin d'oeil à Ornette Coleman [pape du free jazz], explique Messier. Je l'avais entendu dire qu'au fond, on satisfaisait tout le monde avec seulement douze notes [l'échelle chromatique]. C'est vrai que c'est tout le temps avec les mêmes douze notes qu'on essaie de faire quelque chose de nouveau, de révolutionnaire."» Une mission impossible, comme de raison.

Le studio, un instrument à part entière

Stéphane Messier l'avoue sans ambages: il croit toujours en ces idées doucement surannées que sont le rock, un genre en lente voie de marginalisation, et le format album, qui en a pris pour son rhume depuis qu'iTunes et compagnie ont rendu possible l'achat de chansons à la pièce.

Malgré ses modestes moyens, Union General récuse aussi cette époque où les groupes mettent en boite leurs refrains à la sauvette en refusant d'appréhender le studio comme un instrument à part entière. 12 notes to satisfy the whole world foisonne comme peu d'autres albums parus en 2014 de choeurs, de maracas et de guitares surgissant un court instant, détails dont Messier et ses collègues sertissent les prises d'origine enregistrées par les trois musiciens en même temps (en live, dit-on dans le jargon). Et c'est précisément dans cet espace entre la rugosité d'un rock balancé dans l'urgence et des arrangements lustrés que fleurissent les mélodies les plus marquantes de Messier.

«Au départ, Union General, c'était un projet de studio, point final, rappelle-t-il. C'est toujours ce qui m'a fait tripper quand j'écoute de la musique, la guitare acoustique qui apparaît là, que tu entends dans l'oreille gauche le temps d'un couplet, puis qui repart. Moi, je voulais juste monter les tounes, c'était clair que je ne faisais pas de show. Mais on s'est rendu compte que pour payer les albums, c'était utile de faire des spectacles.» Une décision qui nous satisfait parfaitement.

À retenir

Lancement de 12 notes to satisfy the whole world

Samedi 25 octobre à 21h

Boquébière (50, rue Wellington Nord)

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