Mikella Nicol: ensauvagée

Mikella Nicol fait paraître un premier roman, Les... (Courtoisie, Marie-Claude Lapointe)

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Mikella Nicol fait paraître un premier roman, Les filles bleues de l'été.

Courtoisie, Marie-Claude Lapointe

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Dans Les filles bleues de l'été, son premier roman d'une vertigineuse beauté, Mikella Nicol raconte l'irréversible ensauvagement de Clara et Chloé, éternelles amies de l'indocilité.

Clara cueille en voiture Chloé à la porte de la «maison de repos» où elle panse depuis des mois les plaies qu'elle s'infligeait elle-même. Les deux amies vivront ensemble dans le chalet de leur enfance un été à l'abri de tout ce qui leur fait violence, loin de ce monde dont elles peinent à revêtir les lourds et exigeants habits. Elles couleront là-bas dans une parfaite autarcie des jours de baignade nue et de fruits juteux, jusqu'à ce que la ville et sa tourmente ne viennent leur réclamer des comptes.

Voilà les principales balises du premier roman de Mikella Nicol, une prémisse simple et au fond un peu accessoire, tant l'intérêt du récit de cet irréversible ensauvagement se situe ailleurs, c'est-à-dire dans cette écriture d'une vertigineuse beauté, qui prend racine dans un courageux parti pris pour l'allégorie, et d'où s'élève un mélancolique chant rappelant les premiers recueils de poésie d'Anne Hébert (le titre, Les filles bleues de l'été, est d'ailleurs emprunté à son Tombeau des rois).

Le roman de Mikella Nicol tire ainsi surtout sa force des mots qu'elle refuse d'employer (comme c'est le cas de la plupart des bons livres) et est puissamment soulevé par le vent de ces précieuses métaphores qu'elle substitue aux mots du quotidien pour nommer la maladie et la souffrance.

«Le premier mouvement d'écriture a d'abord été porté par un espèce de désespoir», explique la Sherbrookoise d'origine de 22 ans. «Il est déjà un peu trop tard pour ces filles-là. Elles ne sont pas capables de faire partie de la vie telle qu'on doit la vivre. J'ai ensuite dû trouver des éléments très concrets pour habiller cette idée-là: les comportements compulsifs de Chloé, la peine d'amour de Clara. Sauf que je voulais laisser le mystère planer, c'est pour ça que je refuse d'entrer dans le détail. Je ne voulais surtout pas tomber dans les considérations médicales. Je voulais rester dans quelque chose qui serait beau.»

Et s'il fallait absolument tisser un parallèle entre Les filles bleues de l'été de Mikella Nicol et l'oeuvre de son père, l'écrivain Patrick Nicol (Paul Martin est un homme mort, La notaire, Terre des cons), c'est peut-être là qu'il faudrait le trouver, dans ce refus obstiné du reportage, dans cette manière d'aménager pour le lecteur un espace de respiration au coeur de ces phrases allusives.

«Je ne peux pas nier l'importance de mon père dans mon arrivée à la littérature. J'ai toujours conçu la littérature comme quelque chose de possible, j'ai toujours pensé qu'il était légitime qu'on continue d'en discuter, de l'enseigner, qu'on continue d'écrire, même de nos jours, et c'est grâce à lui.»

La colère et la tristesse

Il serait forcément réducteur de parler des Filles bleues de l'été comme d'un portait générationnel, mais le rôle qu'y joue l'amitié, tenue pour valeur suprême par Clara et Chloé, traduit certainement une période de la vie - le début de la vingtaine - où rien ne mérite d'être vécu si ce n'est dans l'incandescence et l'intensité.

«La relation entre Clara et Chloé, c'est un fantasme d'amitié que j'ai, que je trouve vraiment très beau, confie Mikella. Elles sont presque des soeurs, elles jouent tous les rôles l'une pour l'autre.» Elle ajoute: «Je trouve qu'en vieillissant ça devient de plus en plus complexe, l'amitié. Il y a des amis à côté de qui on finit un jour par se sentir étranger, c'est troublant. »

La littérature - on l'aura compris - avait toujours occupé une grande place dans la vie de Mikella Nicol et en aura occupé une encore plus importante, salvatrice, pendant l'écriture des Filles bleues de l'été, amorcée alors qu'elle traversait ce qu'elle décrit pudiquement comme «une période où j'avais beaucoup de choses à dire, où beaucoup de choses se sont passées au plan personnel. J'associe souvent Clara à la colère et Chloé à la tristesse, et ce sont essentiellement les émotions qui ont menés l'écriture, comme 98% des récits qu'on lit sont menés par ces deux émotions-là. Ça faisait du bien d'avoir une emprise sur quelque chose que je pouvais totalement contrôler. C'était comme un cadeau que je me faisais.» On le reçoit comme tel.

À retenir

Les filles bleues de l'été de Mikella Nicol

Le Cheval d'août éditeur

En librairie le 21 octobre

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