Louis Hamelin: pour en finir avec Octobre

Louis Hamelin revient dans son récent essai Fabrications... (IMACOM, RENÉ MARQUIS)

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Louis Hamelin revient dans son récent essai Fabrications sur la création de son roman La Constellation du Lynx.

IMACOM, RENÉ MARQUIS

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Pour en finir avec son obsession pour la crise d'Octobre, Louis Hamelin explique dans son récent essai Fabrications comment il a tenté avec le roman La Constellation du Lynx de «trouver la vérité par les armes de la fiction.»

L'idée ressemble un peu à une boutade, tant elle s'inscrit en faux avec notre conception de ce que peut et de ce à quoi sert la fiction. «J'ai voulu essayer de trouver la vérité par les armes de la fiction, arriver à la vérité avec mes techniques de romancier», assure pourtant Louis Hamelin au sujet de La Constellation du Lynx, son roman-événement de 2010, plus de 600 pages lancées comme un cocktail Molotov contre la version officielle, consignée dans les manuels d'histoire, des événements d'Octobre 70.

Les policiers n'étaient pas dupes de ce que fomentaient les felquistes et ont volontairement laissé la situation se morpionner afin de discréditer le mouvement indépendantiste, suggérait alors sous le couvert de la fiction le Sherbrookois d'adoption. De sulfureuses conclusions dont Hamelin avait acquis la ferme conviction après avoir compulsé pendant huit ans des tonnes de transcriptions de procès, d'articles de journaux et de témoignages, en plus de rencontrer plusieurs acteurs des événements.

Fabrications, un «essai tricéphale, qui est à la fois un essai sur le roman et l'histoire, un essai politique et une mini-biographie de mes années de recherche», reprend sans le voile de la fiction les mêmes thèses, qu'Hamelin a depuis 2010 continué de bétonner à l'aide de nouvelles informations.

Ce titre, Fabrications, serait ainsi à entendre de deux manières différentes. «J'ai choisi Fabrications, parce je montre un peu la fabrication d'un livre, mais aussi à cause de toutes ces choses que je dénonce, ce que je pourrais appeler la fabrication de l'histoire, comment les policiers, quand ça fait leur affaire, peuvent réussir à imposer leur version d'une histoire. Il y a eu une fabrication dans l'histoire d'Octobre»

Mais pourquoi ne pas avoir écrit dès le départ un essai, Louis, si tu voulais que les idées portées par La Constellation du Lynx ne soient pas reçues comme de simples élucubrations d'écrivain à l'imagination dûment fertile?

«J'ai d'abord flirté avec une forme qui aurait pu être beaucoup plus proche de l'essai, dans laquelle je conservais les vrais noms des personnages historiques, se rappelle-t-il. J'ai finalement décidé de jouer la mécanique romanesque, parce que je suis instinctivement un romancier. Je voyais l'histoire mythique comme fond de toile, mais je voulais ajouter des paysages d'Abitibi, que je n'aurais pas pu inclure dans un essai au sens strict. Je n'aurais pas pu caser ça et je n'aurais pas pu mythifier autant avec un essai.»

En appelant en renfort l'écrivain américain Norman Mailer dans Fabrications, Hamelin défend jusqu'au bout, et de façon assez convaincante pour qui tient la littérature en haute estime, cette idée un peu choquante: que la perspective d'un romancier bien équipé, bien informé et bien documenté, mais qui n'a pas du tout vécu les événements qu'il raconte, a de grandes chances d'entretenir des rapports plus étroits avec la vérité que la perspective d'un acteur des événements en question.

Explications d'Hamelin: «On est porté à attribuer une supériorité intuitive à ceux qui ont vécu les événements en se disant: "Lui, il était là." Sauf que la crise d'Octobre, c'est un événement assez considérable qui couvre un grand territoire, qui va même jusqu'en Algérie, en Angleterre, an Amérique du Sud. Alors le gars qui participe à un enlèvement ne voit pas tout, il a un point de vue assez limité. J'ai plus confiance dans le gars qui confronte plusieurs récits pour essayer d'en tirer une vision.»

Sa fiction contre la leur

Si ce Fabrications au sujet très sérieux ne s'embourbe pas comme on aurait pu le craindre dans les considérations d'initiés, c'est surtout grâce à l'humour ravageur d'Hamelin, grand conteur qui pioche joyeusement dans le sac à astuces de Mailer en se mettant lui-même en scène à la troisième personne, et qui imagine de viriles dialogues entre son alter-ego fictionnel, Samuel Nihilo, et lui-même. L'omnichroniqueur et feuilletoniste Réjean Tremblay se mérite même un cameo, scène particulièrement psychotronique digne d'un Hunter S. Thompson bien défoncé.

Tout en tentant de se convaincre dans le dernier chapitre de Fabrications qu'il en a fini avec Octobre - pour paraphraser le titre du livre de l'ex-felquiste Francis Simard - Louis Hamelin nourrit l'espoir que le temps corrobore un jour les tripotages qu'il a mis en lumière. «C'est ma fiction contre la leur», écrit-il dans Fabrications au sujet de La Constellation du Lynx. Comprendre: la fiction du romancier contre la fiction qu'auraient échafaudée les autorités.

«C'est un roman, La Constellation du Lynx, parce que ce n'est pas démontré en tout point. Ce que les gens vont souvent me demander, c'est: "As-tu des preuves solides de ce que tu avances?" J'ai surtout plein d'éléments que je mets ensemble, que je recoupe. Je suis arrivé à une conviction à force de documenter cette histoire-là. J'ai présenté ça comme un roman, mais peut-être que si d'autres faits étaient prouvés, on y verrait plus un document. J'aimerais qu'un véritable historien comme Frédéric Bastien [qui a déboulonné avec son livre La Bataille de Londres la version officielle du rapatriement de la Constitution de 1982] se penche là-dessus.»

À retenir

Lancement de Fabrications de Louis Hamelin

Mardi 7 octobre à 17 h 30

Siboire Jacques-Cartier (40, boul. Jacques-Cartier)

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