Armés de leur marqueurs, ils attaquent ici et là tous les détritus qui leur tombent sous la main. Un vieil oreiller sur lequel on peut lire «Bonne nuit», une machine à laver qui dit «Laver à cycle délicat», une boîte qui affiche un «N'ouvrez pas cette boîte» et une autre qui stipule «Pour l'amour des lettres». Oui, les quatre gars derrière le groupe de street art Garbage Beauty sont littéralement des hommes de lettres. Pas de dessins, pas d'art figuratif, que des mots calligraphiés sur des rebuts et qui interpellent directement les choses.
«Ce sont des messages que nous faisons en fonction de la surface que nous avons trouvée», explique Romain Buz.
«C'est qu'il y a beaucoup de poubelles et c'est une façon pour nous de faire parler des objets qui n'ont plus d'importance aux yeux de certains. On imagine leur vie, leur histoire. C'est vraiment opportuniste, on les calligraphie et on les laisse là», ajoute son fidèle acolyte et cofondateur de Garbage Beauty, Vincent Box. C'est la base du street art.»
Des puristes de la lettre
Véritables fanatiques de typographie et de lettrage, ils sont tombés dans l'art de la calligraphie par amour pour les lettres, tout simplement. «Personnellement, en tant que graphiste, j'ai eu besoin de décrocher de l'ordinateur. On est dans une période où on repart vers des valeurs humaines, la calligraphie, c'est classique et ça nous rapproche de la fonction classique de la lettre», reconnait Vincent.
En tant que graffiteur, Romain a plusieurs fois déconstruit l'écriture pour avoir un résultat, mais «Avec ma formation en design graphique, je me suis aperçue qu'une lettre c'est déjà parfait à la base, j'aime mieux raffiner cet aspect. La calligraphie, c'est la face visible du langage, c'est l'image de la parole.»
Reconnaissant que dans les villes, il y a de la lettre partout et que les messages publicitaires affluent, ils s'entendent ainsi pour dire que ce qu'ils font accroche l'oeil des passants. «Ce qu'on fait n'est pas fait pour aller dans les musées, on doit être surpris de ça en marchant dans la rue.»
Alors qu'est-ce qui les amène aujourd'hui à exposer à Sherbrooke, sur les murs d'un populaire resto-bar du centre-ville? «Jusqu'à ce qu'on arrive ici, on était mitigé. Mais finalement, on s'est dit qu'il fallait le faire parce que le gars qui nous invite, Vincent Cloutier, a tellement cru en nous. Et puis sérieusement, c'est formidable d'être ici, on découvre une ville qu'on ne connaissait pas. Ça donne envie de sortir de la ville, de Montréal, en se ayant comme prétexte d'aller calligraphier», mentionnent-ils en caressant le rêve de revenir à Sherbrooke les semaines de grosses poubelles pour calligraphier quelques pièces.
De fait, l'exposition sherbrookoise rassemble des objets de la rue et qui, de par leur forme, devaient entrer dans l'espace. «La spontanéité a pris un peu le bord en raison des contraintes de la salle. Il fallait des objets plus linéaires et que l'on pouvait poser sur les murs.»
Mais avant de faire une vraie sortie de calligraphie à Sherbrooke, Garbage Beauty continue d'arpenter les rues de la métropole le marqueur à la main. «On commence tout juste à en avoir des échos et parfois, on voit même nos pièces sur les balcons ou dans les maisons», admet Vincent.
«Quand on a commencé, on a jamais pensé que ça allait pouvoir nous mener jusque-là», conclut Romain qui se réjouit de voir sourire les gens devant les mots que ses copains et lui ont tant de plaisir à calligraphier.
À l'agenda
Garbage Beauty
Jusqu'au 30 septembre
Bar le Tapageur (83, rue King Ouest)
garbage-beauty.blogsport.ca