Jean Rousseau vide son bureau

L'ex-député de Compton-Stanstead Jean Rousseau vidait la semaine... (IMACOM, RENÉ MARQUIS)

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L'ex-député de Compton-Stanstead Jean Rousseau vidait la semaine dernière son bureau de circonscription.

IMACOM, RENÉ MARQUIS

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Défait le 19 octobre dernier par la libérale Marie-Claude Bibeau, l'ex-député néo-démocrate de Compton-Stanstead Jean Rousseau vidait la semaine dernière son bureau de circonscription, à l'ombre des châteaux d'eau de l'arrondissement Rock Forest. Habité par un éternel désir de se rendre utile, Dominic Tardif s'est rendu lui donner un coup de main.

Dans un coin, un photocopieur débranché reprend son souffle, après avoir longtemps fonctionné à plein régime. Sa mine est aussi exténuée qu'apaisée. Au fond d'une pièce presque vide, deux chaises se toisent et semblent se demander ce qu'elles ont bien pu faire de mal pour être contraintes à pareille retraite hâtive. Sur une table, des boîtes s'empilent avec la même grâce que les souvenirs d'une relation amoureuse passée que vous auriez vitement lancés au fond d'un placard.

Aurions-nous, grâce à une faille dans l'espace-temps, bondi d'un coup jusqu'au 1er juillet 2016? Ben non! Nous sommes dans le bureau de circonscription de Jean Rousseau. Jeans bleu, chandail sport rouge, espadrilles et tasse de café fumant à la main, l'ex-député néo-démocrate de Compton-Stanstead rentre rasséréné d'un séjour à La Tuque, chez « les beaux-parents », où il s'est réfugié pour se remettre d'une exténuante campagne électorale, dont il est sorti avec un emploi et dix livres en moins. « Mais j'en ai repris cinq depuis. »

Son plus grand bonheur pendant cette salvatrice période de réclusion? Jouer avec Katsumi, sa fille de 3 ans et demi, et câliner Sky-Isabella, pouponne de cinq mois qui « a passé la moitié de sa vie en campagne électorale ». Il ne l'avait jusque-là que très peu vue. « On voulait être original d'un bout à l'autre », blague-t-il en apercevant mes yeux qui s'écarquillent lorsqu'il prononce ces prénoms pour le moins inusités. « Katsumi, ça signifie "grande beauté par qui viendra le changement." »

Parlons cheveux

Être original, voire rebelle, aura été une des principales lignes de conduite du passage à la Chambre des communes de Jean Rousseau, qui répond à mes questions les fesses posées sur le bout de sa table de travail, alors que les déménageurs de Laurin Express Ltée entassent dans un camion les meubles restants.

« Là, avant, j'avais un drum, sur lequel je me défoulais quand j'étais à bout », raconte le jeune retraité de la politique et musicien, en pointant le fond de la pièce, maintenant occupé par rien pantoute.

« Quand les dirigeants du parti nous coachaient, on me disait souvent : "Là, tu agis comme un militant, pas comme un politicien"», se rappelle, en réfléchissant à voix haute, celui qui avait été porté par la vague orange de 2011. « Mais moi, je n'ai jamais voulu être un politicien. »

Ce que ça veut dire, agir comme un militant? C'est prononcer pendant la période des questions le vilain mot « Monsanto », même si les stratèges du NPD le proscrivaient clairement, question de ne pas passer aux yeux de l'opinion publique pour un parti trop à gauche.

« La whip Nycole Turmel venait tout le temps me voir quand je parlais de Monsanto en me disant : "Jean, Jean, Jean, tu sais que je vais encore être obligée de te chicaner".» Agir comme un militant, c'est garder les cheveux longs, malgré les remarques des grands timoniers néo-démocrates et les regards désapprobateurs des autres partis.

« Pour moi, les cheveux longs, ça a toujours été un statement de liberté de pensée », explique celui qui a longtemps gagné sa vie comme sonorisateur de concerts rock. « J'ai trouvé ça un peu aberrant qu'on me suggère fortement de les couper. Ne prétend-on pas qu'on est un parti ouvert? En politique, il faut faire des concessions, et j'ai fini par la faire, celle-là, mais j'aurais aimé qu'on accepte plus ce que chaque individu voulait être. »

Il est bien sûr ici moins question de cheveux que de la javellisation d'un paysage politique peuplé de gens majoritairement issus de la filière MBA/études en droit/Barreau. Y a-t-il assez de place pour les marginaux au Parlement canadien?

« Il n'y en a pas, mais il devrait y en avoir une, si on veut vraiment qu'il ressemble à la population. Il faut une parité homme femme, il faut que les jeunes et les moins jeunes soient là, il faut des gens de tous les milieux. Le modèle unique, je ne sais pas si c'est attribuable au parlementarisme britannique ou l'institutionnalisation des partis politiques, qui sont, à mes yeux, des structures trop fermées aux nouvelles idées, mais en tout cas, c'est pas bon pour la démocratie. »

Rockin' in the Free World

Jean Rousseau regagne la vie normale auréolé de la gloire d'avoir été « le plus cool des députés de la colline ». C'est du moins le titre d'honneur dont l'auraient coiffé plusieurs collègues dans les courriels qui lui sont parvenus après sa défaite. Il me dit ça avec le sourire fendu de l'ado qui viendrait d'être sacré roi du bal des finissants. Le quinqua ne nie pas être habité par une certaine amertume, mais parle aussi de soulagement à la vue d'un horaire qui s'oxygène enfin. « Je suis un homme rose, mais je n'ai pas eu le temps de cuisinier un seul repas au cours des quatre dernières années. »

Ce qui le rend le plus fier? Jean Rousseau évoque des « dossiers reliés à la citoyenneté, à des visas, à de l'argent que le chômage devait à des citoyens, à des pensions de vieillesse, à des crédits d'impôt pour personnes handicapées qui, sans l'action politique, n'auraient jamais été débloqués. » Il ajoute : « Madame Bibeau m'a posé une bonne question pendant un débat, en me demandant quel était mon bilan économique. Je reconnais que c'était habile, mais un député de l'opposition ne peut pas vraiment avoir de bilan économique. » Son réel pouvoir se jouerait ailleurs, dans une série de petits gestes peu spectaculaires, mais néanmoins importants. « Allez chercher 2000 $ que le chômage devait à un citoyen, c'est pas rien. »

Jean Rousseau avait promis, avant le début de sa soirée électorale au Jack-O, de monter sur scène avec son groupe Noviterra peu importe les résultats. Quelle chanson a-t-il d'abord jouée, après avoir annoncé son retrait de la vie politique aux quelques journalistes réunis sur place? Rockin' in the Free World, de Neil Young. « J'ai toujours rêvé d'être une rock star, mais je n'ai jamais atteint ce statut-là. » Même si la compétition n'y est pas spécialement forte, il pourra se vanter d'avoir un temps été la rock star de la Chambre des communes.

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