Une bière Clamato devant public avec Les soeurs Boulay

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Dans le brocard de la taverne américaine O Chevreuil, rempli à ras bord, Dominic Tardif recevait mercredi dernier Mélanie et Stéphanie, Les soeurs Boulay, de passage à Sherbrooke afin de présenter leur nouvel et deuxième album, 4488 de l'Amour. Compte-rendu d'une conversation dont notre collaborateur, et la bonne centaine de lecteurs de La Nouvelle présents, ressortent avec la douce impression de s'être fait deux nouvelles amies.

«Tu sens le fond d'tonne pis ton chien », chantent Les soeurs Boulay dans Gab des Îles, chronique d'une grisante, parce qu'éphémère, histoire d'amour vécue sous le ciel étoilé des îles de la Madeleine. « Tu sens le fond d'tonne pis ton chien », oui, vous avez bien entendu/lu. J'ajouterais même que Mélanie et Stéphanie prononcent ces mots comme s'il s'agissait d'un compliment.

Parce que je me trouve ben drôle, mais aussi parce que je suis animé par le sincère désir de devenir un meilleur homme, me voilà qui leur demande, en début d'entrevue, si mes historiques insuccès auprès du sexe opposé pourraient être attribuables à une hygiène un peu trop scrupuleuse?

Que Mélanie Boulay s'est-elle exclamée? « J'aime ça les gars qui puent! » Non, ça ne s'invente pas. « Quand t'aimes l'odeur de swing d'un gars, c'est parce que ça va vraiment marcher. Je suis sûre qu'il y a plein de filles ici qui sont d'accord, non? » Il s'est effectivement trouvé plusieurs lectrices de ce journal pour hocher de la tête.

Vous aurez compris que je vous parle surtout ici de l'authenticité dans laquelle sont cousues les soeurs originaires de New Richmond en Gaspésie, que je vous parle de leur oxygénante spontanéité, que je vous parle de ce mélange de vulnérabilité et d'hardiesse qu'elles ont dans la voix. Ces filles-là, c'est la vraie affaire, pas de faux-semblant, pas d'affectation, pas de frontière entre elles et nous.

Leurs chansons sont pareilles : lumineusement sincères, petites bombes de pas-de-bullshit larguées sur l'hypocrisie de notre époque et d'une certaine pop radiophonique, dont elles incarnent l'antithèse. C'est pour ça qu'on les aime autant lorsqu'elles balancent « J'me fais à souper dans des moules à muffins » au début de Sonne-décrisse, nouvel hymne des célibataires plus capables de supporter les phrases toutes faites avec lesquelles leurs amies tentent, en vain, de les consoler. C'est pour ça qu'une étincelle s'allume dans nos yeux lorsqu'elles promettent que De la noirceur naît la beauté, feu de Bengale de prière murmurée sur un ton qu'on ne saurait attribuer à la certitude ou à l'espoir.

Mais bon, ça veut dire quoi, pour Les soeurs Boulay, ce mot que tant de gens prononcent, et que si peu embrassent : authenticité? Mélanie : « Je pense qu'on ne se sentirait pas bien de faire ce métier-là si on se mettait un masque sur scène. On a vraiment besoin d'être dans notre métier comme on est dans la vie de tous les jours, même si ça veut dire qu'on doit fronter ça devant autant de gens. »

Stéphanie : « Ça devient une sorte de drogue. Au début, tu ne sais pas si t'as le droit de dire ou de chanter telle chose devant 200 personnes, pis après, tu le fais pareil, parce que tu ne peux pas t'en empêcher, et tu as 200 personnes qui rient et qui te trouvent le fun. À ce moment-là, c'est comme si 200 personnes te disaient : "Je t'accepte, je t'aime." »

Girl power

De quoi d'autre avons-nous parlé? Du voyage de Mélanie en Inde (la chanson Andaman Islands évoque ce séjour), du roman qu'a écrit Stéphanie dans son hamac au Costa Rica, du Terre des hommes de Saint-Exupéry (« Un des plus beaux livres de l'histoire de l'humanité »), du fantôme sensuel baptisé Catherine qui hante l'appartement dans lequel habitent les filles, véritablement surnommé le 4488 de l'Amour.

On a aussi jasé de leur enfance en Gaspésie, et bien senti la tendresse qu'elles nourrissent pour « les vieux bonhommes » de la marina de Carleton, ces « poètes qui en connaissent beaucoup sur la mer, sur la nature, sur la vie, et qui ont une façon colorée de décrire tout ça. »

Stéphanie a célébré toutes ces femmes qui prennent leur place sur scène, les « Hay Babies, Marie-Pierre Arthur, Ariane Moffatt, Sarah Bourdon, Coeur de pirate et Amélie Larocque », parce qu'elles sont bonnes, oui, mais aussi pour dire que, même en 2015, une chanteuse qui sait ce qu'elle veut, ça se fait encore parfois regarder de travers. Difficile d'être une fille dans le milieu de la musique?

« C'est pas difficile d'être une fille dans le milieu de la musique, c'est difficile d'être une fille dans la société en général. Je sais, en tout cas, que c'est étrange pour certains garçons de nous voir aller. On sait ce qu'on veut et on tient nos affaires serrées, parce qu'on sent qu'il faut qu'on prenne notre place pour ne pas se faire manger la laine sur le dos. Mais je ne sais pas si cette impression-là tient au fait que nous sommes des femmes, ou simplement au fait que nous sommes des artistes dans une industrie qui veut souvent dire quoi faire aux créateurs. »

Faisons du yoga

« Nous, on roule à bord de notre Pontiac G5 2005 rouillé, à côté de l'autobus, et on veut garder ça comme ça », m'a répondu Stéphanie quand je leur ai demandé comment on se sentait à bord de l'autobus du show-business. Ça ne vous tente pas parfois de jouer à fond le jeu du star-system, pis toute la patente?

« Lors de notre premier gala de l'ADISQ, on capotait. On allait enfin être en compagnie de tous ces gens qu'on admire. On s'est engagé une maquilleuse, pour avoir l'air de vraies vedettes. On s'est déguisés! On regarde les photos aujourd'hui et on ne se reconnaît pas. J'ai les cheveux jaunes, j'ai l'air d'un clown. On a voulu ressembler à ceux qui sont dans l'autobus du showbiz. On a voulu faire comme tout le monde et ça ne nous correspond pas. »

Comment conclure une entrevue pas comme les autres, avec des filles pas comme les autres? En exécutant une posture de yoga? Oui, c'est exactement ce que nous avons fait, imitant tous Stéphanie, qui pratique pour vrai le yoga, et qui n'a pas hésité deux secondes avant de se déchausser. Posture de l'arbre, les amis.

Vous sentez-vous apaisés? nous demanda-t-elle. Oui, mais je me sens aussi vaciller, sur le point de tomber. Ce qui n'aurait pas été très grave. Ces filles-là sont de celles qui te tendent la main quand elles te voient bêcher.

À retenir

Les soeurs Boulay seront à la Maison de la culture de l'Avenir le 28 novembre, à la Maison de la culture de Waterloo le 15 avril, ainsi qu'au Théâtre Granada le 30 avril.

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