Un après-midi au Gaming Expo de Sherbrooke

Les analistes Guillaume Larivière et Étienne Veilleux en... (IMACOM, RENÉ MARQUIS)

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Les analistes Guillaume Larivière et Étienne Veilleux en action au tournoi de gaming.

IMACOM, RENÉ MARQUIS

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Le gaming, sport à part entière? Ils sont de plus en plus nombreux à le croire. Dominic Tardif, qui a abandonné les jeux vidéo peu après la parution de Mario Kart pour Super Nintendo, s'est rendu samedi après-midi au Centre de foires, qu'envahissaient des centaines de geeks à l'occasion du Gaming Expo de Sherbrooke.

Avec ses lunettes fumées d'aviateur à verres jaunes, sa barbe de motard et sa casquette à l'envers, Guillaume Larivière a quelque chose du gérant de lutte véreux qui accompagnerait son protégé vers le ring. Sous le nom FireFoXz, il agit plutôt comme commentateur de parties de League of Legends, un des jeux vidéo d'ordinateur les plus populaires au monde.

C'est donc dire que Guillaume était le Pierre Houde du tournoi de eSports (ou sport électronique) auquel quelque 125 cyberathlètes participaient ce week-end au Centre de foires, à l'occasion de la première édition du Gaming Expo de Sherbrooke. Le vingtenaire décrivait ainsi, en direct sur Twitch, les affrontements d'une des cinq divisions (chaque division correspondant à un jeu différent), en compagnie de son collègue analyste Etienne Veilleux, alias Gentleman.

Qu'est-ce que Twitch? C'est en quelque sorte le YouTube du jeu vidéo, sur lequel il est non seulement possible de visionner en direct des compétitions, mais aussi de regarder d'autres joueurs jouer en solo ou entre amis. YouTube annonçait d'ailleurs la semaine dernière qu'il consacrera un canal complet aux jeux vidéo baptisé YouTube Gaming, tentative évidente de voler à Twitch certains de ses habitués.

Mais, les gars, qu'y a-t-il exactement à décrire et à analyser, dans une partie de League of Legends?

« League of Legends, c'est comme des échecs », m'explique Etienne au sujet de ce jeu qui, d'après ce que j'en comprends (j'implore la clémence des gamers), pourrait se résumer ainsi : une équipe tente de conquérir la base de l'équipe ennemie, tout en protégeant sa propre base. « Guillaume fait le play-by-play, et moi, je décortique les décisions. Chaque équipe de League of Legends est formée de cinq joueurs qui choisissent tous un personnage différent parmi une banque d'une centaine de personnages, ce qui crée des compositions d'équipes différentes, qui auront forcément une influence sur la partie. »

Exemple parmi tant d'autres de la popularité monstre des eSports : en août dernier, un Madison Square Garden rempli à ras bord assistait à la finale nord-américaine du tournoi de League of Legends déterminant qui représentera le continent lors des championnats mondiaux, qui auront lieu en octobre prochain à Paris, Londres, Bruxelles et Berlin.

Etienne, Guillaume et les compétiteurs réunis ici appartiennent pour la vaste majorité à une génération n'ayant jamais connu de monde sans jeu vidéo. Leur rapport aux eSports s'en trouve forcément teinté.

« Mon père commence tranquillement à comprendre que jouer, ce n'est pas qu'être évaché sur le divan », illustre Etienne. « Les eSports, ce n'est peut-être pas comparable à d'autres sports en termes d'effort physique, mais en termes de dévouement, de perfectionnement, d'habiletés à peaufiner, c'est semblable. Et puis s'il faut vraiment défendre la légitimité de la diffusion des eSports, je pourrais dire qu'on diffuse déjà des dards, des échecs, du poker, alors pourquoi pas ça? »

Le jeune homme en complet-cravate que je vois faire les cent pas là-bas derrière une équipe, c'est qui au juste? « C'est un coach, voyons! »

Vie de gamer

Une épée de Zelda trône au mur, au-dessus du lit d'Antoine Leblond. « Je dirais que me définis comme un gamer », m'annonce l'étudiant en enseignement des sciences, que j'accroche pendant qu'il farfouille dans les cartouches de NES entassées sur la table d'un kiosque consacré aux consoles vintage. « Je ne pourrais pas écrire ma biographie sans parler de jeux vidéo. »

Depuis l'âge de 4 ans, Antoine joue, joue et joue à Zelda dès qu'il en a l'occasion. Que fait-il aujourd'hui lorsqu'il rentre de l'université? « Je m'installe derrière mon ordinateur ou mon GameCube. » Pour jouer à Zelda, oui, mais aussi à Metroid, à League of Legends, et à d'autres jeux.

Je lui demande si l'intérêt grandissant des médias de masse pour les jeux vidéo lui plait? La chaîne sportive ESPN commençait notamment l'an dernier à diffuser des compétitions de eSports.

« Ça me soulage qu'on reconnaisse que c'est une forme d'art à part entière. Avant, c'était une sorte de culte obscur aux yeux de plusieurs. Que ce soit considéré comme quelque chose de culturel, ça me réjouit. Je me sens comme si j'avais longtemps adhéré à une théorie folle et que tout le monde admettait enfin que ce que je prétendais était vrai. »

S'il dit ne jamais avoir été ostracisé à cause de sa passion pour la manette, Antoine confie avoir souvent trouvé refuge derrière l'écran.

« Lorsque tu joues, tu incarnes quelqu'un d'autre. C'est soulageant d'être quelqu'un d'autre. Les Zelda, ce sont des histoires que tu te racontes, un peu comme des romans. Je ne me suis pas forcément fait écoeurer au secondaire, mais la polyvalente, c'est un lieu de pression sociale, et Zelda m'a toujours permis d'échapper à cette pression-là. »

Il préfère encore à ce jour rentrer dans son appartement et se brancher plutôt que d'aller siffler des bières pression en compagnie de ses collègues de classe, lors des 5 à 7 du jeudi de sa faculté. N'est-ce pas dangereux de s'isoler ainsi?

« Tout ce qui est la culture d'être avec ses chums, de chiller, de boire, de fumer, je n'ai jamais connu ça quand j'étais ado. Aujourd'hui, je ne comprends pas vraiment ces codes-là. C'est peut-être dangereux de s'isoler, oui, j'en suis conscient, mais par le biais des jeux vidéo en ligne, j'ai connu beaucoup de gens, j'ai tissé de véritables liens. »

Lorsque tu termines un jeu, comment te sens-tu? « Mixed feelings », répond-il. « Tu vois, quand j'ai fini To the Moon, j'ai presque versé une larme. » Sérieux? Une larme?

« Tu sais ce que ça raconte, To the Moon? », me lance-t-il. Non...

« C'est l'histoire de deux scientifiques qui entrent dans l'esprit de personnes en fin de vie et qui remontent dans leurs souvenirs pour réaliser leurs rêves. Le but du jeu, c'est de découvrir pourquoi son personnage principal rêve d'aller sur la Lune. On apprend à la fin que ça a à voir avec sa femme, qui est morte. » C'est vrai que, bon, on est loin de Mario Kart.

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