Un week-end aux Correspondances d'Eastman

Kim Thùy agissait comme porte-parole de la 13e... (Imacom, Frédéric Côté)

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Kim Thùy agissait comme porte-parole de la 13e édition des Correspondances d'Eastman.

Imacom, Frédéric Côté

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Dominic Tardif est un éternel gamin. Il allait de soi qu'il passe le week-end aux Correspondances d'Eastman, dont la 13e édition se déroulait sous le thème de l'enfance. Même s'il animait deux cafés littéraires, notre collaborateur en a surtout profité pour espionner les écrivains invités dans leur intimité, pour se bourrer la face et pour marcher dans les luxuriants jardins eastmanois.

Vendredi soir. Sur la scène du Cabaret Eastman, la porte-parole des Correspondances d'Eastman, Kim Thùy, raconte, au cours de la première partie de la soirée Lis ta rature qu'anime David Goudreault, une anecdote absolument surréaliste impliquant l'os d'un pénis d'ours.

En début de soirée, Fanny Bloom étrennait au même endroit son tout nouveau tour de chant en solo, au piano, sous les étincelantes étoiles d'une galaxie qui traversait pour l'occasion le fond de la scène. Sobrement classieuse dans sa robe scintillante, l'apprentie guerrière s'appliquait à mettre en lumière sa parenté avec Barbara - elles se demandent souvent toutes les deux quand reviendra leur homme. Fanny allumait des feux de Bengale dans nos coeurs en exhibant le squelette des chansons aux arrangements autrefois très sucrés de La Patère rose, qu'elles n'avaient pas chantées depuis un bail. L'amour remplit rarement ses promesses chez elle, mais ce n'est jamais une raison d'en désespérer. Prenons des notes.

Sur la même scène, c'est maintenant le plein de parlure Raôul Duguay qui se déplie de tout son long pour scatter un blues d'une lubricité qui, à son vénérable âge de 77 ans, ressemble à un insolent doigt d'honneur adressé à la mort. Sa démarche est peut-être chancelante à notre grand Luoar Yaugud, mais ses babines se font toujours aussi élastiques. Écoutez un peu les onomatopées qui lui sortent de la bouche!

Je descends pendant la pause dans le lobby du Cabaret où Kim Thùy brandit son ordinateur sous les yeux de Luis Clavis de Misteur Valaire, venu entendre son amie Fanny, et du nouveau petit prince des Correspondances, l'écrivain Simon Boulerice. Sur l'écran : la version non recadrée d'une photo de Kim prise au lit avec Véronique Cloutier, pour l'exposition Couples imaginaires de l'artiste Olivier Ciappa, visant à lutter contre l'homophobie. Ce que ça veut dire? Que Kim Thùy montrait une photo d'elle seins nues, en compagnie de Véronique Cloutier, à Luis et à Simon. Et à moi, par le fait même.

Mais Kim, pourquoi n'avez-vous pas retenu cette photo, pour l'expo? « On avait peur que ça détourne l'attention du message. » Et c'était agréable, de se glisser sous les draps avec Véro? « Je lui ai demandé de se coucher du côté où mon mari dort et depuis ce temps-là, on n'a pas lavé les draps. » Je n'étais aux Correspondances d'Eastman que depuis trois ou quatre heures, j'ai pris une longue gorgée de ma bière et me suis réfugié aux toilettes, pour demander au miroir si j'étais sous champignons magiques. 

Beignes et vino

Il est impératif lors d'une visite à Eastman d'aller enfourner un de ces pains-muffins démesurément gigantesques que font cuire les gourmands aux yeux plus grands que la panse s'activant aux fourneaux de Beignes Dora. J'ai déjà mangé des barres de chocolat dans lesquelles il y avait moins de chocolat que dans ces moelleuses briques-là. Il est aussi impératif d'aller embrasser une fille (ou un garçon, c'est selon) sous le pont rouge, pas loin. Ça tombait bien; les guillerettes photos d'enfants de l'amie Émilie Richard y étaient accrochées pour le week-end.

Sous la tente d'accueil des participants, samedi, la bénévole Ginette insiste pour que je boive un petit coup de blanc, même si nous venons tout juste de franchir midi. Elles sont les véritables gardiennes de l'âme des Correspondances, ces bénévoles, pour la plupart des femmes à la retraite et à l'éternelle prévenance. Ginette me parle de David Goudreault la pupille luisante, vante son « intelligence et sa vivacité d'esprit », avec une sorte de piété dont je serais plus prompt à m'amuser si tout ce qui concerne la littérature ne comptait pas pour des prunes partout ailleurs dans la société. Ces dames, je les aime.

Sous un petit chapiteau, une clown demande à une foule de bambins s'ils savent ce qu'est un académicien. L'homme sur scène, polo d'estivant et sourire espiègle, se charge de répondre. « Un académicien, c'est quelqu'un de très vieux. » Vous aurez reconnu Dany Laferrière. C'est ça Eastman, pendant les Correspondances : un village où les écrivaines à succès vous montre des photos d'elles seins nues et où les académiciens lisent des histoires aux enfants.

Un royaume au coeur du village

Saviez-vous qu'à l'intérieur du village d'Eastman se trouve un autre village? Il serait, en fait, sans doute plus juste de parler de royaume. Si vous arrivez de chez Dora, il faut prendre à droite sur la rue Martin, puis stationner devant la maison blanche. La bonne bouille de Jean devrait bientôt apparaître dans le cadre de porte. Sa gentille Céline vous attendra un verre de bière à la main sous l'impérieux érable qu'elle a planté il y a 36 ans avec son père. Puis vous vous glisserez dans l'ancien marécage qui ceinture la maison, jardin fourmillant aujourd'hui d'hostas et de clématites grâce aux minutieux soins du couple.

Pendant les Correspondances, les festivaliers y vont pour écrire des lettres. Vous pouvez aussi vous contenter de marcher dans les sentiers et laisser le jardin se charger d'écrire en vous le long poème qu'il voudra bien écrire ce jour-là.

Le gros de la programmation des Correspondances, ce sont ces cafés littéraires au cours desquels un animateur et trois écrivains se livrent à cet exercice très anachronique : parler de livres pendant une heure et quart. Le pire : il arrive parfois que ce soit réellement intéressant.

Samedi après-midi, au cours d'un café littéraire ayant pour thème le roman familial, Patrick Nicol esquivait avec élégance une question un peu trop politique à son goût - pas son champ de compétence, plaidait-il - en observant que si la société québécoise était (je paraphrase) aussi mature que sa littérature, tout irait beaucoup mieux. Amen.

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