Une bière Clamato avec Marcel Leboeuf

Marcel Leboeuf et Dominic Tardif rigolent devant une... (IMACOM, MAXIME PICARD)

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Marcel Leboeuf et Dominic Tardif rigolent devant une photo de jeunesse du comédien reproduite dans son livre La passion selon Marcel.

IMACOM, MAXIME PICARD

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De passage à Sherbrooke pour présenter avec son ami André Robitaille la pièce Le dîner de cons, Marcel Leboeuf tente d'expliquer en compagnie de notre collaborateur Dominic Tardif comment il est devenu la cible d'autant de moqueries.

Dans l'introduction de son livre Sur les chemins du hasard, Marcel Leboeuf se rappelle sa rencontre avec « un homme qui était la risée de ses collègues en raison de sa passion pour les maquettes de trains électriques ». Ça vous arrive, vous Marcel, vous l'éternel optimiste, vous l'homme aux mille enthousiasmes, vous le conférencier que l'on a qualifié de motivateur, ça vous arrive de vous sentir comme le monsieur des maquettes de trains?

« Marcel, c'est un gars qui est curieux de nature, répond-il. Je pense que je suis sur la planète pour apprendre. Moi, je suis croyant, sauf que j'ai plein de chums qui sont athées, j'impose ça à personne. J'ai marché Compostelle pour renouveler ma foi intérieure, mais c'est ma business à moi. Ce à quoi Marcel Leboeuf croit, ça ne me fait pas de mal à personne. Tu peux te dire : "Il est donc ben cave Marcel Leboeuf de croire à ça!" si tu veux, mais pourquoi faut que tu viennes péter ma balloune? S'il y en a que ça énerve ce que je dis, qu'ils ne viennent pas voir mes conférences. Je le dis avec beaucoup d'amour. J'aime beaucoup de monde, même ceux qui me mettent des bâtons dans les roues, même ceux qui rient de moi, et Dieu sait qu'il y en a. »

Je suis né dans un monde où Marcel Leboeuf n'était pas encore le punch line de prédilection des humoristes et autres ironistes tentant d'épingler en prononçant un seul nom ce qui à leurs yeux représente une sorte de candeur abusive, de comique bonhommie. Marcel Leboeuf n'était pas encore il y a quelques années le symbole fourre-tout d'un certain showbiz un peu ringard, d'une certaine naïveté extrême et donc risible. Que s'est-il passé pour que Marcel Leboeuf devienne une telle tête de Turc?

Il y a bien eu, oui d'accord, ces colliers Pur Noisetier, dont il ne veut plus parler, puis toutes ces publicités auxquelles il a prêté sa bouille d'éternel bon gars. Il y aussi eu ces conférences et ces livres, dans lesquels le comédien chante en racontant sa vie le refrain du hasard à savoir saisir, de la peur dont il faut triompher et autres idées psychopop moins dangereuses qu'un peu guimauves.

Mais pourquoi Mike Ward a-t-il un jour choisi, comme d'autres l'ont fait ensuite, le nom de Marcel Leboeuf plutôt qu'un autre? Vous me direz que le gag utilisé dans la publicité de son spectacle - « Marcel Leboeuf, tout le monde l'aime, mais y'a personne qui trippe dessus, y fait la job » - pourrait être plus acéré. Il m'apparaît néanmoins symptomatique d'un changement dans la perception générale face à Marcel Leboeuf, qui est passé en quelques années de sympathique figure publique à quelque chose comme le fou du village.

« Mike Ward, il se servait de Marc-André Coallier dans son gag, ça marchait plus ou moins. Un soir, il a fait la ligne avec mon nom, ça a marché. Et Dieu créa... Laflaque [qui lui consacre un personnage], je les ai appelés il n'y a pas longtemps pour leur dire : "C'est plate ce que vous faites, vous êtes en train de détruire des années de travail." Il y a aussi eu des étudiants d'une université qui ont fait une vidéo avec des masques de ma face. Ce n'était pas méchant, mais c'est quand même de la moquerie. Ça me rentre dedans, ça me fait de la peine, je suis quelqu'un de sensible. Je me suis demandé si c'est parce que je me suis moqué de beaucoup de monde en participant à Piment Fort pendant quatre ans. »

Comme François Pignon

Même s'il insiste pour dire qu'il n'est pas Saint Marcel, le comédien - c'est l'évidence - est un vrai de vrai gentil, qui semble croire presque aveuglement en l'honnêteté des gens qu'il rencontre. Presque trop, ai-je le goût de lui dire après notre bière à la taverne au cours de laquelle il m'aura fait des confidences sur des sujets d'une improbable intimité. Sa réponse m'apparaît douloureusement sincère lorsque je lui demande pourquoi malgré les centaines de conférences qu'il donne chaque année et qui doivent suffire à le mettre à l'abri du besoin, il a sacrifié une part de sa crédibilité sur l'autel de la publicité, et pas toujours pour les produits les plus prestigieux.

« Je l'ai fait de bon coeur. Les colliers, je l'ai fait pour aider la fille à se partir en affaires. Sapino, ils avaient besoin d'aide. J'ai été porte-parole d'un de mes chums qui a un garage Mazda à Lévis. J'ai aidé ben du monde, mais est-ce que ça m'a aidé moi? Non. Quand on me dit : "Marcel, on a besoin de toi, tu vas faire une bonne job", mon réflexe, c'est de vouloir aider. Si je te disais combien j'ai été payé, tu me traiterais de cave. Au bout de la ligne, là, je n'ai plus personne autour de moi pour m'engager, sauf mes chums de théâtre. Il n'y a plus personne qui veut de moi à la télé. »

Pour faire la paix avec le sort et avec lui-même, le comédien s'enfonce donc le plus souvent possible dans le bois, à Kingsbury en Estrie, ou à Tourville, sur une des terres que son grand-père - « mon héros, mon guide » - lui a léguées. « Un cadeau inestimable », dit-il. « Ça me grounde quand je rentre dans le bois. Quand je scie mes sapins et mes épinettes, ça sent le linge d'après-bûchage de mon grand-père quand j'avais trois ans. »

Si tout se déroule comme il le souhaite, Marcel devrait jouer en 2017 le rôle de sa vie sur la scène du Quat'Sous, dans un duo écrit spécialement pour sa fille Laurence et lui. Il continue d'ici et là d'incarner partout au Québec le mythique rôle de François Pignon.

« Il y en a qui me disent : "Ça a dû être tough apprendre ce rôle-là, marqué au fer rouge par Jacques Villeret!" Sais-tu quoi? C'est le rôle le plus facile de ma carrière. François Pignon, il est proche de moi, c'est un beau naïf, un grand passionné. À la fin du Dîner de cons, le con n'est pas celui qu'on pensait au début. »

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