Mario Saint-Amand, toujours vivant

Mario Saint-Amand: «Gerry s'appropriait tellement bien les chansons... (Archives, La Presse)

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Mario Saint-Amand: «Gerry s'appropriait tellement bien les chansons qu'on a le sentiment pur et dur que c'est lui qui les a écrites.»

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Quatre ans après la parution du film Gerry, Mario Saint-Amand chante toujours le répertoire du rockeur à la voix de coyote. Notre collaborateur Dominic Tardif s'entretient avec l'intense et incandescent acteur en prévision de son passage sur la grande scène extérieure du Sherblues & Folk le 11 juillet à 20 h.

Mario Saint-Amand aurait préféré, après le film Gerry, passer à autre chose.

« Tu vas trouver ça spécial Dominic », me prévient-il de sa voix reconnaissable entre toutes. « Pendant quatre mois après le tournage, j'ai traversé un nervous breakdown total. À l'hôpital, on m'a dit que je faisais de la fibromyalgie. Mes nerfs étaient à bout, j'étais allé trop loin. »

Le rock'n'roll avait voulu sa peau, et l'avait eue, pour paraphraser une chanson d'Offenbach. « Je n'étais plus capable de rien faire, c'était terrible, donc je suis allé voir une médium. Je te le répète, tu vas trouver ça spécial, mais elle m'a dit : ''Gerry est en dedans de toi, il ne veut plus te quitter. Il va falloir que tu lui demandes de partir.'' »

Mario Saint-Amand met en pratique les recommandations de la dame, implore Gerry de le laisser tranquille, puis recouvre rapidement sa santé physique et psychologique. Mais il n'en avait pas encore fini.

« Après la parution du film, le téléphone s'est mis à sonner, pas pour m'engager comme acteur, mais comme chanteur. Tu comprends-tu qu'après un an à raccrocher et à dire : ''Non, je ne chanterai pas'', je commençais à être fatigué d'avoir le vent dans la face. Il y a même des producteurs qui me disaient : ''Mets la perruque, maquille-toi, tu vas faire Gerry sur scène.'' Êtes-vous malade? C'est encore arrivé récemment. Une équipe télé voulait que je me déguise en Gerry. J'ai dit : ''Vous voulez que je prenne ce que j'ai fait dans un film pour lequel j'ai ouvert les valves à cent milles à l'heure et que je réduise ça à un truc de deux minutes et quart? Vous n'aurez jamais assez d'argent pour que j'accepte de faire ça.'' »

Un Mario Saint-Amand désemparé s'agenouille un soir et demande au ciel quel chemin emprunter. « Ce que j'ai entendu, c'est qu'il fallait que je vende mes deux maisons et que je prenne cet argent-là pour produire un album. » Il obtempère et échafaude 22 câline de blues comme une sorte de compromis entre ce qu'on réclamait de lui et son désir de demeurer un créateur. Il choisit de célébrer non pas Gerry, mais plutôt les paroliers qui ont alimenté le leader d'Offenbach en rimes intrinsèquement québécoises. Nuance en apparence mineure, mais significative pour le comédien.

Sur les deux albums tirés du projet ainsi que sur scène, le bluesman contemple l'oeuvre de celui qu'il a fait revivre au grand écran sous un des derniers angles que personne n'avait encore adopté.

Pendant qu'une version d'Offenbach mené par John McGale survit toujours, que Martin Deschamps et Breen Leboeuf tentent de faire passer leurs blues dans' porte cet été dans les festivals de la province et que Justin Boulet souligne sur scène le 25e anniversaire de décès de son père, Saint-Amand reconsidère un répertoire interprété jusqu'à plus soif par la lorgnette de ses auteurs. Parlons d'un subterfuge, oui, mais d'un noble subterfuge.

« Gerry s'appropriait tellement bien les chansons qu'on a le sentiment pur et dur que c'est lui qui les a écrites, souligne-t-il. C'est un peu invraisemblable que des paroliers comme Pierre Huet, Pierre Harel, Denise Boucher, Gilbert Langevin, Jean Basile, soient encore dans l'ombre. Si on n'avait pas eu certains de ces poètes-là, le rock et le blues n'auraient pas existé en français. On aurait eu des chansonniers et des traductions de hits américains. On a beau chanter Gens du pays tant qu'on veut, mais Câline de blues, ça vient autant nous chercher par en dedans, ça nous parle, parce que cette chanson-là dit ce que nous sommes, dans notre langue québécoise à nous. »

Ayoye, ça raconte quoi?

Avec ses 22 câline de blues, Mario Saint-Amand offre pour ainsi dire une relecture nationale du catalogue Boulet afin de faire briller la profonde québécitude des textes de Promenade sur Mars, Faut que j'me pousse et autres La voix que j'ai. Un florilège de cordes soulève ces refrains archiconnus que le chanteur ose pour la première fois dépouiller de guitare. Il entrecoupe sur disque et sur scène les succès de quelques-unes de ses chansons à lui ainsi que d'interludes racontant la genèse des textes d'anthologie qu'a hurlés, debout entre deux dunes, Gerry.

Alors, dis-nous Mario, que signifie le tout aussi magnifique que sibyllin texte d'Ayoye, signé André Saint-Denis? Le comédien éclate du rire de celui qui n'en revient pas encore. « J'ai tellement entendu d'histoires! » s'esclaffe-t-il, avant de prendre un grand respire, puis de se lancer.

«Breen Leboeuf m'a d'abord dit : ''Me semble que Ayoye, c'est l'histoire d'un gars qui s'adresse à son cheval avant de l'abattre, mais parle à Pierre Huet, il le sait lui, ce que ça raconte.'' Je vais voir Pierre qui me dit : ''Je pense que c'est l'histoire d'un cheval qui crache sa douleur avant d'être envoyé à l'abattoir.'' Je pars avec ça et, un soir, je rencontre Bob Harrison au Bistro à Jojo. Bob me dit : ''Ayoye, c'est simple. André Saint-Denis a étudié à l'École nationale de théâtre et a ensuite été un temps cocher dans le Vieux pour gagner sa vie. Un soir, il est rentré à l'écurie pour découvrir son cheval mort.'' Là, j'étais mêlé rare. »

Mais c'est quoi Mario, c'est quoi la vraie de vraie histoire? « Après, j'apprends qu'André Saint-Denis a une fille qui s'appelle Elsa. Je me mets à la recherche d'une Elsa Saint-Denis et je le trouve à la Ville de Montréal, où elle travaille. Je la rencontre et elle me dit : ''Écoute, on va faire taire toutes les légendes. Mon père, en 1978, a acheté une maison à la campagne et quand il est rentré dans la grange là-bas, il y avait un cheval malade. Quand il l'a regardé dans les yeux, il a su qu'il devait l'abattre. Il s'est reconnu et il s'est vu dans le cheval.'' C'est là qu'il a écrit : ''À coup de grelots/ à son de whisky'', la chanson avec laquelle il rendait hommage à ce cheval. »

Mario Saint-Amand laisse se dilater un de ces longs silences dont il a le secret. « C'est pas beau en simonac, ça? »

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