Une Sherbrookoise parmi Les chefs!

Suzy Rainville, sous-chef à la taverne américaine O... (Imacom, Maxime Picard)

Agrandir

Suzy Rainville, sous-chef à la taverne américaine O Chevreuil, participe au concours culinaire Les chefs! - La brigade

Imacom, Maxime Picard

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

La sous-chef de la taverne américaine O Chevreuil, Suzy Rainville, participe à la nouvelle mouture de l'émission Les chefs!, dont le premier épisode était diffusé le 29 juin sur les ondes d'ICI Radio-Canada Télé. Notre collaborateur Dominic Tardif s'est entretenu vendredi soir dernier avec la jeune concurrente, alors qu'elle terminait un sportif quart de travail.

Derrière le grand comptoir en bois délimitant la salle à manger de sa cuisine, le chef-propriétaire de la taverne américaine O Chevreuil, Charles-Emmanuel Pariseau, s'éponge théâtralement le front en contemplant les bons de commande que les serveurs continuent d'aligner devant lui, malgré les 22 h 30 qu'affiche l'horloge. « On s'est fait ramasser ce soir », lance-t-il de sa voix rauque, manière de dire que beaucoup plus de clients que prévu ont passé la porte de son restaurant en ce vendredi d'été.

La sous-chef Suzy Rainville me rejoint près d'une heure plus tard pour la traditionnelle bière de fin de quart de travail dans un local attenant à la salle à manger principale. Malgré les quintes de toux qui ponctuent ses phrases, derniers symptômes d'un vilain rhume, la jeune vingtenaire affiche un sourire doucement euphorique, que l'on pourrait confondre avec celui du marathonien franchissant la ligne d'arrivée. Ses pupilles brillent d'une pétillante lumière, comme si plutôt que de l'achever, les sportives heures qu'elle a passées aux fourneaux ce soir l'avait ravigotée. T'es pas fatiguée du tout, Suzy?

« La notion de fatigue devient vraiment élastique et relative en cuisine. Tu es mieux d'aimer ce que tu fais, parce qu'en restauration, tu sais à quelle heure tu entres, mais tu ne sais jamais quand c'est fini. Tu peux faire des journées de huit heures, de douze heures, de quinze heures. Disons que le dimanche matin, on dort habituellement assez bien. »

Native du petit village de Sainte-Eulalie, « à cinq minutes du Madrid », Suzy ne doit pas son amour de la gastronomie à une fréquentation assidue des grandes tables ni aux repas raffinés préparés par ses parents. Oui, son ébéniste de père savait mitonner un bon pâté au saumon et une roborative tourtière, mais rien qui ne sorte du menu traditionnel d'une famille québécoise de classe moyenne.

« J'ai toujours aimé la cuisine, mais c'est vraiment Daniel Pinard qui a éveillé ce goût-là en moi. Je me rappelle que je me chicanais souvent quand j'étais adolescente avec mes soeurs, parce qu'elle voulait tout le temps changer de poste quand je regardais ses émissions. Il faisait des grands gestes, utilisait des beaux mots qui m'impressionnaient. Il parlait avec passion. »

Que penses-tu de ceux qui pourfendent l'omniprésence de la cuisine à la télé, en prétextant qu'elle contribue davantage à l'oisiveté qu'à un réel effort pédagogique? « C'est vrai qu'il y en a beaucoup, mais c'est sûr que sans Daniel Pinard, et sans les segments de cuisine aux émissions de Clodine Desrochers, je ne serais pas ici aujourd'hui. »

Écrire ses propres chansons

Suzy Rainville s'inscrivait il y a six ans en cuisine au Centre 24-Juin sans autre expérience que celle accumulée en autodidacte derrière le four de son appartement de cégépienne. Elle étudiera également à l'ITHQ, puis travaillera au Manoir Hovey et au Manoir des Sables, avant d'atterrir au centre-ville de Sherbrooke chez Auguste. Elle y débutera comme garde-manger 2 (un des grades les plus bas d'une brigade) pour terminer sous-chef. Notable ascension. Elle s'installait aux côtés de Charles-Emmanuel Pariseau l'an dernier.

« On a tendance à penser à une cuisine de façon très hiérarchique, et c'est vrai jusqu'à un certain point. Mais tous les postes sont importants, insiste-t-elle. Le commis, celui qui coupe les patates et râpe les carottes, est essentiel, parce si ce n'est pas fait, c'est le chef ou le sous-chef qui doivent se taper la job. » Et c'est cet aspect très collégial de l'écosystème d'un restaurant que met en lumière la nouvelle mouture de l'émission Les chefs!, sous-titré La brigade. Chaque épisode verra un concurrent différent diriger ses collègues.

« C'est bien beau savoir préparer seul un plat impeccable, observe Suzy, mais être capable de gérer l'équipe qui va reproduire ce même plat-là 150 fois au cours d'une soirée, c'est une autre paire de manches. C'est ça que fait un chef. »

Elle sait qu'elle a bien des assiettes à assembler avant d'arriver là. « L'émission Les chefs! porte un titre trompeur, je le dis gentiment. Les gens qui participent ne sont pas encore des chefs. Ils ont du talent, oui, mais ce sont des apprentis », rappelait un peu plus tôt Charles-Emmanuel, avec une bienveillance de grand frère pour Suzy.

« Pour devenir un chef, il faut trouver son style, et c'est qui est le plus long. Il faut aussi se méfier de l'attention que te procure la télé. Quand j'ai remporté un épisode de Chopped Canada récemment, mon Facebook a buzzé pendant deux jours, mais maintenant, personne ne s'en souvient. La vie de chef, c'est autre chose que ça. »

Être une femme, ça change quelque chose dans une faune où on semble encore parfois valoriser une sorte de virilité ostentatoire? « Je dirais que oui. Il y a tout le temps des têtes fortes qui ne veulent pas être dirigés par une femme »¸ regrette Suzy. Le secret, c'est de se comporter comme un gars? « Non. Moi, je me comporte en cuisinière. De toute façon, le genre d'attitude très agressive qu'on associait beaucoup à un type de masculinité, ça n'existe plus vraiment. Moi, je suis capable de demander quelque chose fermement, sans écrire un poème, mais sans lancer des assiettes non plus. »

Je t'écoute Suzy au sujet de l'aspect très collaboratif régnant dans les coulisses d'un restaurant et j'ai cette comparaison qui me vient en tête. Et si je te disais que le chef est à la gastronomie ce que l'auteur-compositeur est la musique, alors que le rôle du sous-chef ressemble davantage à celui du guitariste soliste? « Oui, c'est pas fou. » Elle ajoute : « J'aimerais un jour écrire mes propres chansons. »

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer