Une bière Clamato avec Mario Goupil

Mario Goupil, au sujet du journalisme: «Je n'ai... (Photo Imacom, Jocelyn Riendeau)

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Mario Goupil, au sujet du journalisme: «Je n'ai pas aimé mon métier, je l'ai adoré.»

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Ex-chroniqueur vedette de La Tribune, Mario Goupil se réinvente depuis près de dix ans en courtier immobilier. Dominic Tardif prend des nouvelles de l'ancien roi de la page 3.

«J'avais 19 ans...»

Mario Goupil a tout juste débuté sa phrase et je sens d'emblée dans sa façon de tendre tout son corps vers l'avant, d'ouvrir les bras, qu'il s'apprête à déballer une anecdote.

«J'avais 19 ans et Denis Messier m'envoie couvrir le repêchage de la Ligue de hockey junior majeur du Québec à Trois-Rivières. C'était mon plus gros dossier en carrière, j'étais encore correspondant pour La Tribune à Drummondville. J'ai travaillé en tabarnouche cette fin de semaine-là; j'avais une page au complet à remplir. Le lundi, j'ouvre le journal et tous mes textes avaient été attribués à Jean-Guy Provençal, le gars que je remplaçais.»

En beau fusil, le jeune Mario? Oui, sans doute. Mais pas tant que ça non plus. «J'avais rapidement réalisé que ce n'était pas grave. J'avais aimé passer la journée à travailler mes histoires, c'était ça l'important. Je me rappelle encore du nom d'un des gars que j'ai interviewé, Alain Gilbert, c'est pour te dire. Il avait 16 ans et il venait d'être repêché par les Castors. Aujourd'hui, c'est un jeune retraité de la GRC.»

Vous aurez compris que raconter des histoires demeure le sport préféré de Mario Goupil, même s'il a quitté sa chronique il y a six ans. Celui qui a longtemps trôné dans la page 3 de La Tribune, qui a transformé son chat Tornade en personnage et qui a dicté pendant des années le sujet des discussions de machines à café, est encore beaucoup journaliste. Journaliste non pratiquant, pourrait-on dire, en empruntant au vocabulaire de la religion.

«Ce que j'aimerais, c'est faire les deux à temps plein», confie-t-il au sujet de ses anciennes amours de papier et de celles pour l'immobilier, qu'il embrasse «la pédale au plancher» depuis neuf ans en tant que courtier RE/MAX. «Je n'ai pas aimé mon métier, je l'ai adoré.» La rumeur veut que son épouse doive parfois lui demander de se calmer quand il joue aux «belles-mères» en feuilletant son journal le matin.

Cowboy solitaire

Il a beau dire que le journalisme et l'immobilier n'ont pas énormément à voir, les deux milieux ont en commun de récompenser les personnalités sans compromis dans son genre. Mario Goupil était dans le journal et demeure de ceux qui s'imposent et en imposent, indocile mais sensible, empathique mais pas mou pour autant, l'ambition grosse comme ça et l'énergie équivalente. Un peu cowboy solitaire, oui. Il me parle des trophées qu'il remportait récemment lors d'un gala RE/MAX avec la même vibrante fierté qu'un joueur de hockey devant sa coupe Stanley, refuse de se réfugier dans la fausse modestie.

«Dans la vie, j'ai toujours voulu être le meilleur possible et pour être le meilleur, il faut que tu travailles. Moi, je n'ai jamais eu peur de travailler. Pour être bon, il faut aussi que tu fasses quelque chose de différent des autres. Tu vois, quand j'allais dans les conférences de presse, je ne parlais jamais aux mêmes intervenants à qui tout le monde parle. J'attendais après et je prenais à part celui à qui personne n'avait pensé. Les collègues me regardaient en disant : ''Qu'est-ce qu'il fait?''»

Un peu tête de cochon, l'ex-chroniqueur? Il l'entendrait sans doute comme un compliment. Je pense spontanément à Pierre Foglia, autre jeune retraité du journalisme qui, lui non plus, n'allait pas par là-bas, s'il n'avait pas envie d'aller par là-bas. Tu l'as côtoyé? «Je l'ai croisé aux Olympiques de 1976, mais je me souviens surtout de la fois où on a couvert ensemble une campagne de Jean Charest. On partait pour le Bas-du-Fleuve et Foglia arrive dans l'autobus dans lequel il devait passer quelques jours. Il vient s'asseoir juste à côté de moi dans le fond et il me dit : ''Tabarnac, ça me tente pas d'être icitte! Je ne suis pas sûr que je vais rester longtemps.'' Le lendemain, il avait pris un autre autobus, il était reparti chez lui. Je m'étais dit : ''Yes!'' T'es chroniqueur, tu fais ce que tu veux.»

«Je me souviens d'une autre campagne de Jean Charest que j'ai couverte alors qu'il était chef du Parti progressiste-conservateur », poursuit-il. La machine à anecdotes est en marche. «Je l'avais écrit dès le départ : ''Ce n'est pas parce que je suis du journal local que je vais être complaisant. Je vais tout vous dire, même la couleur de ses shorts.'' Ça n'avait pas beaucoup plus à son équipe. J'essayais toujours de prendre un angle différent de celui que tout le monde prenait partout.»

Le moustique

Le plus beau dans tout ça, c'est qu'il l'aurait écrit noir sur gris, la couleur des bobettes de Jean Charest, s'il l'avait connue. «Je faisais ce que j'avais à faire et je ratais parfois mon coup avec un texte, mais je me suis toujours répété qu'il fallait que je sois capable le lendemain de regarder dans les yeux la personne au sujet de qui j'avais écrit. Si t'es capable faire ça, t'es correct.»

Il se rappelle une chronique baptisée Le moustique. «Denis Coderre était ministre de l'Immigration et il débarquait en ville pour l'ouverture du stade de l'Université de Sherbrooke. Il y avait à ce moment-là trois réfugiés enfermés dans une église à North Hatley et il n'avait pas voulu s'occuper d'eux autres. Il voulait les retourner dans leur pays. Je l'avais écrit dans le journal du matin et le soir, au stade, Denis Coderre me fuyait littéralement. On a fini par arriver face à face. Il était rouge de colère. ''Mario, t'es pas correct'', qu'il m'avait dit. J'avais juste fait ma job. Je l'ai regardé dans les yeux et j'ai répliqué : ''Comme ministre, vous devriez vous occuper de ces gens-là et, à la place, vous êtes venu ici pour parader.''»

Mais pourquoi ça s'appelait Le moustique, ta chronique? « C'est que je commençais en disant que c'était une soirée parfaite, qu'il n'y avait pas un moustique dans le stade. Je terminais en disant que, finalement, oui, il y en avait un moustique. »

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