Une bière Clamato avec Jean-Herman Guay

Jean-Herman Guay : « Plus je vieillis, plus j'ai de... (IMACOM, JESSICA GARNEAU)

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Jean-Herman Guay : « Plus je vieillis, plus j'ai de doutes, et moins j'ai de place pour les exprimer. »

IMACOM, JESSICA GARNEAU

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Où était Jean-Herman Guay au cours de la dernière course à la chefferie du Parti québécois? Très peu présent dans l'écran de nos télés ou dans les pages nos journaux, en tout cas. Celui qui multipliait jadis les interventions médiatiques s'offre depuis quelques années, pour différentes raisons, un sain recul. Le professeur de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke en a énuméré quelques-unes en compagnie de notre collaborateur Dominic Tardif.

Lors des élections provinciales de 2003, Jean-Herman Guay a cumulé 68 interventions médiatiques en 35 jours de campagne. Aussi bien dire que le prof dormait dans la salle des nouvelles de RDI (ou que c'est ce qu'il aurait fait s'il n'avait pas eu de cours à donner).

Présence à la fois éclairante et chaleureuse à la télé, à la radio et dans les journaux depuis le début de la décennie 90, le politologue se fait plus discret depuis quelques années. Quasi silence de sa part pendant la plus récente course à la chefferie du Parti québécois, famille à laquelle il est pourtant associé, malgré ses accrochages nombreux avec le camp souverainiste. Pourquoi s'est-il ainsi effacé? Pour laisser le champ libre à ses collègues, qui font un bon travail, insiste-t-il.

Il ajoute - c'est le bout intéressant - qu'il est « de plus en plus difficile de respecter mon mandat, qui n'est pas de prendre position, mais de comprendre les motifs des acteurs, de mettre en lumière les raisons plus fondamentales qui expliquent les événements au plan économique, culturel, etc. Lorsque j'ai commencé, mes textes dans les journaux pouvaient être de 800 mots, puis c'est passé à 700. Lors de la dernière campagne, j'étais autour de 550 mots, et il ne fallait pas que ça dépasse. Je me suis dit que, finalement, ça ne devenait que de l'opinion, qu'il était impossible de développer une idée, d'exposer des preuves, d'argumenter. Plus je vieillis, plus j'ai de doutes, et moins j'ai de place pour les exprimer ».

Bien ironiquement, l'érosion de l'espace à l'écrit se conjugue depuis un moment déjà à une enflure du temps d'antenne à remplir sur les chaînes d'information en continu. « J'ai vu beaucoup de médias tomber dans une forme d'amplification de la réalité, regrette-t-il. On pousse, on charrie, on exagère, on provoque l'indignation, on joue sur des cordes sensibles pour vendre de la copie, pour combler des heures, pour gagner sur le concurrent. Ces éléments me rendaient inconfortable. Le prof qui vieillit et qui est de plus en plus dans le questionnement se sentait en porte-à-faux. »

Douter, ce n'est bien sûr pas sexy du tout, mais c'est dans ce rôle, celui du sage, que veut de plus en plus se retrancher l'homme, qui a déjà tâté de la vraie politique en tant que président de la commission politique du Bloc québécois, avant de se retirer complètement - pour de bon, assure-t-il - de cette sphère. « C'est aussi de plus en plus difficile dans ma tête aujourd'hui de voir où s'arrête l'analyste et où commence l'acteur. Ma parole ne joue bien sûr qu'un tout petit rôle, mais combinée à d'autres paroles, elle a une influence qui pouvait me mettre mal à l'aise. »

Carte numéro 7

« J'ai toujours soupçonné que ma mère avait la carte numéro 7 du Parti québécois », lance à moitié à la blague Jean-Herman Guay au sujet des profondes convictions souverainistes de ses défunts parents.

Bien qu'il ait sérieusement flirté avec la vraie politique, Jean-Herman Guay aura surtout joué le rôle de poil à gratter du mouvement souverainiste. Observateur toujours animé par un désir de mettre les événements en perspective, il affirmait en 2003 devant le Conseil national du Parti québécois que « les raisins de la colère » nécessaires à un regain d'intérêt pour la création d'un pays n'étaient tout simplement plus présents.

« Je continue de croire que c'est une option qu'on ne peut pas mettre de l'avant à l'arraché, avec des tactiques et des techniques de marketing. Faut que ça devienne un mouvement fort. Ce n'est pas un chef qui va faire la différence, ni un élément de chicane. Je ne dis pas que dans 30 , 20 , 15 ans, dans une autre conjoncture, ça ne changera pas. Les Québécois continuent de former une nation particulière au sein de l'Amérique du Nord. De l'autre côté, l'option fédéraliste n'est pas une mauvaise option. Le Canada, ce n'est pas la Sibérie, comme disait René Lévesque. C'est un ensemble fort, une économie qui a de grands avantages, un espace confortable. Je vois difficilement comment les forces souverainistes pourraient faire ressusciter ce qui est en train de s'effilocher, mais ce n'est pas impossible qu'il y ait des remontées. »

Mais Pierre Karl Péladeau n'est-il pas le sauveteur tant attendu du bateau en dérive? « Je l'ai dit aux souverainistes : "Si vous pensez que c'est le chef qui fait la différence, vous vous trompez." La déroute de leur mouvement est beaucoup plus profonde. C'est dû à des phénomènes sociaux, culturels, à des courants profonds. La politique, ça ne se crée pas d'en haut, c'est un fait qui s'ancre dans la culture, dans l'histoire. Le chef va accélérer le mouvement, va le soutenir, l'incarner, mais pas le créer. »

« Les décisions des électeurs ne découlent pas de la dernière déclaration d'un tel ou d'une telle, non plus, conclut-il. La faute n'est pas sur les épaules de Pauline Marois. On est dans une société où il n'y a pas beaucoup de gens qui veulent entendre ça. On aime ça trouver un responsable. Chaque fois, on est étonné que le même phénomène refasse surface, mais avec un nouveau visage. C'est peut-être que ce n'est pas tellement la personne, le problème. »

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