Une bière Clamato avec Réjean Blais

L'animateur Réjean Blais recevra le 24 juin prochain... (IMACOM, JOCELYN RIENDEAU)

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L'animateur Réjean Blais recevra le 24 juin prochain le prix de journalisme Françoise-Gaudet-Smet.

IMACOM, JOCELYN RIENDEAU

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Réjean Blais recevra fin juin le prix de journalisme Françoise-Gaudet-Smet 2015 de la Société Saint-Jean-Baptiste du diocèse de Sherbrooke. Notre collaborateur Dominic Tardif invitait cette semaine l'animateur d'Écoutez l'Estrie à la Taverne Alexandre pour jaser radio.

En 2002, Réjean Blais montait sur la scène du défunt Vieux Clocher de Sherbrooke afin de présenter un récital de chansons. Oui, oui, un récital de chansons! Qu'y avait-il au programme? Des immortelles, et pas les moins costaudes, dont Ne me quitte pas ou La chanson des vieux amants de Brel, et Le retour de Don Quichotte de Michel Rivard. Avis aux collectionneurs : un double album tiré du concert a été imprimé à quelques rares exemplaires et l'auteur de ces lignes serait prêt à aligner quelques billets pour en dénicher un.

« J'ai toujours aimé la musique. Je gratte la guitare depuis que j'ai 18 ans. Quand je suis arrivé à Sherbrooke, on m'a présenté le grand pianiste Fred Farrugia. Toutes les semaines, on allait ensemble chez Honolulu Musique et on s'installait dans la vitrine pour jouer. Comme Fred était bon client, il avait les clés. C'était un peu exotique comme décor », se rappelle l'animateur en rigolant doucement, sur le ton de celui qui évoque une ancienne vie. « J'ai fini par m'ambitionner, comme on dit, et c'est comme ça qu'est venue l'idée du spectacle. J'imagine que j'avais un ego à nourrir. »

Long silence, gorgée de bière. « Je dis ça et ce n'est pas vrai. Le spectacle, ce n'était pas une question d'ego, c'était vraiment juste pour l'amour de la musique. Parce que sinon, j'ai tout le temps peur de trop m'exposer, j'ai toujours voulu rester dans l'ombre. »

Beau paradoxe, n'est-ce pas, pour un animateur de radio, que d'avoir peur de s'exposer? Et si c'était précisément cette manière de s'effacer, de ne jamais se mettre inutilement de l'avant, qui plaçait dans une classe à part le pilote de l'émission Écoutez l'Estrie? Avec sa présence calme et élégante, voire apaisante, au micro, le Drummondvillois d'origine détonne sur les ondes où l'agressivité se fait trop souvent passer pour une condition sine qua non de la rigueur intellectuelle. Dis autrement : Réjean Blais rappelle que gentillesse et intelligence ne sont pas des qualités mutuellement exclusives.

« Ce n'est pas dans ma nature d'être arrogant. Je suis quelqu'un de conciliant, alors je ne jouerai pas ce jeu-là. Généralement, je ne pense pas qu'on tire grand-chose d'autre que du spectacle de cette attitude-là. Il ne faut pas oublier que ce n'est pas moi la vedette, que ce sont les gens que je reçois. Mon objectif, c'est de parler avec eux, de retirer des informations de mes conversations. Tu n'obtiens pas plus d'informations en étant arrogant, même avec des politiciens. »

Merci Michel Dostie

Étudiant en sociologie à l'UQAM au début des années 90, Réjean Blais anime sa première émission à vie sur les ondes de CISM, la radio de l'Université de Montréal. Francophonie plein les oreilles, que ça s'appelait. « Ouain, ce n'était pas très bon comme titre, mais je faisais jouer de la bonne musique par exemple. La station venait de passer sur la bande FM et cherchait des bénévoles. Je suis entré en studio et j'ai tout de suite fait ''Wow!'' Je me suis essayé au reportage, mais bizarrement, je n'ai pas aimé ça. J'ai décidé d'animer une émission musicale. »

Il deviendra pourtant journaliste quelques années plus tard. Après un passage à Rouyn-Noranda, sur les ondes de Radio Nord, Réjean Blais rentre au bercail, à Radio-Canada Estrie, où il deviendra chef d'antenne au jeune âge de 28 ans. Son passage à la radio il y a six ans pouvait avoir les allures d'une rétrogradation. Tout le contraire, insiste le principal intéressé.

« C'est moi qui ai voulu revenir à la radio. À la télé, j'avais souvent l'impression de jouer un personnage, de porter un costume. Tu vois, je suis de nature angoissé et il m'arrive d'être anxieux au cours de la journée, mais dès que l'émission débute, je deviens très, très calme. »

Tu demeures complètement calme pendant deux heures?

« Oui, mais s'il faut que je sois honnête, ça n'a pas toujours été comme ça. Au début, à la radio, je me suis trouvé très ignorant. J'étais convaincu qu'il fallait que je sache tout, ce qui est impossible. Maintenant, je me concentre sur la conversation que j'ai avec la personne qui est devant moi, et je me demande souvent ce que l'auditeur aimerait savoir. C'est quoi la question qu'il se pose dans sa voiture? »

Enfant de la classe moyenne, Réjean Blais a été bercé pendant sa jeunesse par la radio musicale qu'écoutait toute la journée sa mère. Sa rencontre au Cégep de Drummondville avec le professeur de philosophie Michel Dostie signera le début de son éveil intellectuel, sans lequel il ne serait jamais devenu l'animateur qu'il est.

« Michel Dostie avait cette capacité d'aller chercher le meilleur chez chacun. Il y avait quelque chose dans sa manière d'être qui nous disait que peu importe d'où on venait, on était capable d'un bon travail intellectuel honnête, mais qu'il fallait mettre les efforts nécessaires. Il n'acceptait pas la demi-mesure. Il fallait s'investir, pour vrai. C'est un homme qui voyait les choses différemment. Je n'étais pas d'un milieu intellectuel, alors, quand je l'ai rencontré, c'était comme si un nouveau monde s'ouvrait, comme si le terrain de jeu était soudainement plus grand que je le pensais jusque-là. Le cégep m'a sauvé. »

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