Un après-midi avec Diane Roy

L'athlète Diane Roy et son fils de deux... (IMACOM, JOCELYN RIENDEAU)

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L'athlète Diane Roy et son fils de deux mois, Émile.

IMACOM, JOCELYN RIENDEAU

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L'athlète en fauteuil roulant Diane Roy mettait au monde il y a deux mois le petit Émile. Notre collaborateur Dominic Tardif rendait récemment visite à la nouvelle maman de 44 ans.

« T'as envie de sourire, toi, han? T'as envie de sourire maintenant que t'es propre, toi, han, mon petit creton? » C'est Diane Roy que vous entendez parler en maman un peu gaga, pendant qu'elle change la couche d'Émile, né il y a deux mois. Elle sort de la salle où se trouve la table à langer et vient me retrouver au salon de sa coquette maison. Bébé Émile, le visage apaisé, est assis sur les cuisses de sa mère qui, elle, est assise dans ce fauteuil roulant qu'elle utilise depuis ce bête accident qui l'a rendue paraplégique. Elle avait 17 ans, elle en a maintenant 44.

Mettre au monde un enfant seule? Bien des mères l'ont fait par obligation et de plus en plus de femmes le font par choix, souvent grâce à l'aide de la procréation assistée. Mais mettre un enfant au monde seule alors qu'on doit se déplacer en fauteuil roulant et qu'on a 44 ans, c'est autrement plus téméraire.

Comment dire ça poliment? Diane, es-tu... folle? « On m'a fait rencontrer une psychologue au CHUS et ils ont bien vu que je ne faisais pas ça pour les mauvaises raisons », explique-t-elle, en soulignant qu'elle était déjà engagée dans un processus de procréation assistée, avec un conjoint dont elle s'est entre-temps séparée.

« J'avais tellement avancé là-dedans, je ne pouvais plus sortir du bain. C'est sûr que t'aimerais ben mieux le faire de façon normale, ton bébé, pas dans un hôpital avec un bout de plastique. Mais je me disais : ''Si j'attends encore de rencontrer quelqu'un avec qui ça fitte, je vais avoir quel âge? '' »

À 43 ans, le corps féminin étant ce qu'il est, il fallait agir, et vite. Peu importe qu'elle soit célibataire, elle avait de toute façon toujours surmonté, seule ou pas, les contraintes que peut générer son handicap.

J'utilise le mot « contrainte », et ce n'est sans doute pas tout à fait exact. Je ne suis pas assis depuis quinze minutes dans le divan de son salon que ça me frappe, c'est l'évidence même : Diane Roy n'a jamais envisagé sa vie comme une série d'épreuves à surmonter.

« Les gens ont l'impression qu'on braille tous les jours », remarque l'athlète paralympique, détentrice actuelle du record du monde au 5000 mètres. « Je ne dis pas que je n'y pense jamais, à mon handicap. Disons que j'arrive chez quelqu'un et que ce n'est pas accessible pour un fauteuil, je ne serai pas contente, mais pas au point de virer folle. »

Son handicap n'a jamais non plus été un obstacle dans sa vie sentimentale, qu'elle a connue bien remplie, et à laquelle elle ne renonce pas. « Quand tu as un accident comme j'ai eu, tu as pendant un instant la peur de ne jamais avoir de chums, mais dans mon cas, ça n'a pas duré longtemps. Une amie me demandait l'autre fois : ''Sur les sites de rencontre, est-ce que tu le dis, toi, que tu es en fauteuil? '' Oui, je suis honnête. Je n'attends pas après ça, mais j'aimerais rencontrer quelqu'un avec qui partager mon bonheur. Je le souhaite, j'ai de la misère à y croire, mais j'en rêve pareil. »

« Mon anniversaire de fauteuil »

Le 18 juillet prochain, Diane Roy célèbrera son « 27e anniversaire de fauteuil ». C'est elle qui emploie le mot « anniversaire » et c'est tout ce que vous avez besoin de savoir sur le rapport de la femme à ce qui pourrait apparaître aux yeux des autres comme une malédiction.

« Mon père est décédé il y a six mois. Ça a été rough, confie-t-elle, mais je n'ai pas fait de dépression. Je suis plus du genre à digérer ça au jour le jour. Mon accident aussi, ça s'est passé comme ça. Il y en a qui envoient chier tout le monde, qui tombent dans l'alcool, parce qu'ils ne le prennent pas. Il y a eu des moments durs, oui, mais moi, je les vis au compte-gouttes, chaque jour, mes deuils. »

Ce qui ne l'empêche pas de parfois jouer à « Que serais-je devenue si? ». « C'est arrivé dans l'été avant le cégep, l'accident. Je m'en allais en sciences humaines, je ne savais pas ce que je voulais faire dans la vie. Est-ce que j'aurais continué à faire du sport? J'ai une amie avec qui je jouais au handball au secondaire qui a complètement arrêté toute activité physique. »

Diane Roy, elle, a découvert l'athlétisme, puis roulé, roulé, roulé, lors de cinq Jeux paralympiques et des dizaines de marathons. De retour à la compétition sept semaines à peine après l'accouchement, elle se rendra aux Championnats canadiens d'athlétisme à Edmonton en juillet, puis fort probablement aux Jeux parapanaméricains, le mois suivant à Toronto.

L'athlète ne sait pas encore comment elle expliquera à Émile, lorsqu'il sera en âge de comprendre que les bébés ne sont pas livrés par la cigogne, comment s'est préparée sa singulière arrivée dans le monde. « Il n'y aura pas de menterie », assure-t-elle.

« Je ne pense pas que je vais avoir de regret », ajoute la maman, en déposant son regard dans la généreuse toison de fins cheveux bruns qui couvre le crâne du poupon. « À moins qu'il devienne un petit monstre? » Il se comporte pour l'instant comme un parfait petit ange. « Hier, il a dormi jusqu'à 5 heures et quart. »

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