Une bière Clamato avec Jean et Raymond

Jean Arel et Raymond Duquette sont amis depuis... (IMACOM, RENÉ MARQUIS)

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Jean Arel et Raymond Duquette sont amis depuis plus de 30 ans.

IMACOM, RENÉ MARQUIS

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Jean Arel et Raymond Duquette cumulent ensemble plus de 85 ans de carrière. Notre collaborateur Dominic Tardif a convié les deux amis de longue date à la Taverne Alexandre pour parler de journalisme sportif et des nombreuses transformations qu'a connues le monde des médias au cours des dernières années.

Raymond Duquette célébrait l'automne dernier 40 ans de vie médiatique. Quarante ans, c'est beaucoup. Le chef d'antenne de TVA Sherbrooke, qui réveille l'Estrie tous les matins pendant Salut, Bonjour! n'a pourtant rien d'un grabataire. Le communicateur débutait en 1974 sa carrière au micro de CJRS en tant qu'animateur de nuit, avec comme seule expérience son passage à la radio de sa polyvalente. Vous avez bien lu : il fut une époque où vous pouviez dénicher au sortir de l'adolescence un boulot dans une vraie station, pour peu que vous ayez un minimum de talent. L'anecdote en dit long sur les changements nombreux qu'a traversés le monde des médias, qui compte maintenant beaucoup moins de tribunes, donc moins d'occasions de faire ses classes.

« Aujourd'hui, les jeunes sortent de l'université et deux heures après, on les met en ondes, remarque-t-il. Il faut qu'ils maîtrisent la voix, le sujet, le texte, la caméra. C'est suicidaire au bout. Soit tu passes, soit tu ne passes pas et tu ne retravailles jamais. Dans le temps, on avait la chance de se tromper sans que ce soit une catastrophe. » Et sans que les réseaux sociaux transforment votre amour-propre en piñata sur laquelle frapper jusqu'à ce que vous explosiez.

Raymond Duquette rejoint quelques années plus tard son aîné de cinq printemps Jean Arel à CHLT. Ils demeureront amis jusqu'à ce jour, malgré leur appartenance respective à des réseaux concurrents. Bien qu'ils aient chacun travaillé un temps à Montréal (Duquette pour CKAC, Arel pour TVA pendant la diffusion des matchs du Canadien), ils choisiront tous les deux de s'enraciner en Estrie. Un noble serment d'allégeance que ne récompensera pas toujours le sort, qu'ils ont parfois connu mauvais.

TVA abolissait il y a une quinzaine d'années le bulletin des sports cher à Raymond Duquette. Jean Arel se retrouvait quant à lui sans emploi en 2011 à la suite du rachat du 104,5 FM par Cogeco. Il trouvera éventuellement refuge à Radio-Canada Estrie, où il devra à l'aube de la soixantaine réapprendre bien des aspects de son travail. Le métier vous a-t-il déjà rendu amer?

« Moi, ce qui m'a rendu amer, c'est la montréalisation de l'information. J'ai décidé de venir travailler en région parce que j'aime ma région, mais elle a perdu beaucoup de place en ondes », répond Raymond. Il a à peine le temps de finir sa phrase que Jean prend la balle au bond pour déplorer la fascination religieuse de notre province et de son système médiatique pour les moindres tressautements secouant le quotidien du Canadien de Montréal. Ce qui fait forcément de l'ombre aux athlètes amateurs s'illustrant ici.

« Aux États-Unis, le sport amateur occupe une place beaucoup plus importante. Un athlète qui remporte une médaille en gymnastique, en kayak ou en patinage artistique, c'est à la Une. Ici, on a de la misère à en parler. Un bon journaliste sportif, pour moi, c'est quelqu'un qui considère le hockey comme un sport parmi d'autres. Un bon journaliste sportif accorde autant d'attention à Vincent Lefebvre, le nouveau champion canadien des moins de 18 ans au tennis, qu'à celui qui joue à la défense pour le Phoenix. »

Aimer le monde

Si le journaliste est dans l'imaginaire populaire un être en retrait qui observe avec une certaine distance sa société, Jean Arel et Raymond Duquette contredisent cet archétype avec leur manière très affable de se mêler à leur milieu, de mettre la main à la pâte (Jean est, entre autres implications, le président du Mérite sportif). Il faut les voir faire leur tournée de la Taverne. Combien de clients connaissent-ils en ce vendredi midi? Approximativement : tout le monde. « Quand tu es aux sports, il faut que tu sois connecté sur le monde », fait valoir Raymond.

Le journalisme sportif aura été pour eux une grande école de l'humain. « On les a tous vus grandir, nos athlètes : Frédéric Niemeyer, Sylvie Daigle, Annie Perreault, se rappelle Raymond. Annie, la première fois que j'ai fait une entrevue avec elle, elle avait 12 ans. Tu lui posais 16 questions et si tu mettais toutes ses réponses bout à bout, tu avais une clip de 14 secondes. » Une expérience qui permet depuis quelques années à Jean Arel de se mesurer à toutes sortes de dossiers au Téléjournal Estrie. « Quand t'es journaliste aux sports, t'es capable d'être journaliste au général. Le contraire n'est pas forcément vrai », lance à moitié en boutade son grand chum.

Mais quand on est hockeyeur, est-on forcément capable de devenir analyste? que je demande aux vétérans. Je veux comme de raison connaître leur opinion sur la pléthore de joueurnalistes qui colonisent ces jours-ci les ondes, et pas toujours pour le meilleur, nous prouve péniblement Patrice Brisebois.

Raymond : « Ils se débrouillent pour la plupart assez bien. Je pense à Mathieu Dandenault ou à Marc Denis, par exemple. Les gars connaissent le jeu. Sauf qu'il y en a qui manquent de préparation. Tu ne t'en vas pas en ondes à RDS ou à TVA Sports sans expérience. Ce sont les patrons qui leur mettent trop de pression. Il vaudrait sans doute mieux les faire commencer au bas de l'échelle. Tu brises des belles carrières en les mettant sous les projecteurs aussi vite. »

Parlez de Raymond Duquette ou de Jean Arel à Sherbrooke et vous entendrez systématiquement le mot humilité résonner. Le merveilleux monde des médias grouille pourtant de chacals, qui n'attendent que le moment opportun pour utiliser votre tête comme tremplin. Il est où, votre ego? Jean : « Notre objectif a toujours été de monter les autres, parce qu'on a découvert quelque part sur notre route que c'était plus payant de monter les autres que d'essayer de se monter. On en vu une gang essayer de se monter et se péter la gueule. »

Les deux amis échangent un regard entendu. Ils ont vraisemblablement les mêmes noms en tête, mais en bons gentlemen, demeureront muets. « Dans ce métier-là, il faut s'aimer soi-même, juste assez, mais il faut surtout aimer le monde », de conclure Jean, le grand sage.

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