Dans la tête de Barbwire

Barbwire, le roi de la lutte hardcore en... (IMACOM, RENÉ MARQUIS)

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Barbwire, le roi de la lutte hardcore en Estrie, derrière son emblématique bâton de baseball enroulé de barbelés.

IMACOM, RENÉ MARQUIS

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Barbwire est-il le lutteur le plus téméraire, le plus courageux ou le plus fou en région? Notre collaborateur Dominic Tardif rencontre le roi estrien du hardcore.

Le 5 octobre 2013 au Woodstock Bar, en conclusion du gala Crise d'octobre de l'Académie de lutte estrienne, Barbwire Steven Russell se faisait brocher des pages de magazine dans le visage par SeXXXy Eddy, un des plus importants lutteurs hardcore au Québec. Des tables, des chaises et une boule de quille allaient toutes se transformer en armes au cours de ce combat à la fois burlesque et brutal. SeXXXy Eddy plantera même dans le cuir chevelu de Barbwire une dizaine de petits bâtons en bois pour brochettes.

« Pendant un match comme celui-là, il faut que tu fasses confiance à ton adversaire », explique Russell qui, à la ville, se nomme en vérité Steve Perras (Russell est un hommage à son acteur préféré, Kurt Russell, et Barbwire, une référence au bâton enroulé de barbelés qu'il trimballe). « Il faut que tu dialogues, que tu dises ce que tu veux faire ou pas. La brocheuse, au début, je n'étais pas sûr. On l'a essayé avant, backstage. Eddy m'a broché le bras et ça ne faisait pas mal. Sauf qu'aux yeux de la foule, ça fait très mal, et c'est ça l'important. »

Diffusée en Amérique du Nord au cours des années 90 par la ECW, une fédération à l'esthétique punk, la lutte hardcore englobe toutes les pratiques extrêmes impliquant des accessoires et des cascades casse-cou. Malgré sa popularité, de nombreux promoteurs dédaignent toujours cette vision trompe-la-mort de la lutte, hérissés qu'ils sont par cette dureté excessive à côté de laquelle un combat traditionnel peut apparaître aussi banal qu'une compétition de tir au poignet.

« J'ai toujours détesté la violence et je pense que c'est pour cette raison-là que j'aime la lutte, se rappelle Barbwire. Ça représente une violence qui n'est pas réelle. Ça montre aux enfants ce qui est bon et ce qui n'est pas bon. Au secondaire, je me faisais écoeurer à cause de la lutte, mais je n'ai jamais cessé de la défendre. Quand j'ai découvert le hardcore, je me suis dit : "Enfin, on ne pourra plus rire de moi, on ne pourra plus dire que c'est du fake." »

Dès l'âge de 15 ans, Perras filme les périlleuses acrobaties auxquelles il se risque dans une cour arrière de Cookshire, au milieu d'un ring aménagé « avec de la corde de balle » (une pratique dangereuse baptisée « backyard wrestling »). Il débute officiellement sa carrière au sein de la ICW à 21 ans et compte aujourd'hui à son actif deux des plus grands combats hardcore récemment présentés en Estrie : son face-à-face avec SeXXXy Eddy et le Sherbrooke Street Fight qui l'opposait en 2013 au Patriote Séguin. Plusieurs tables éclateront au cours de ce pugnace affrontement. « Comme je travaillais dans une ébénisterie, je pouvais moi-même fabriquer les tables. C'est moi qui les coupais, qui installais les pentures. »

Et comment se prépare-t-on à être projeté à travers une table? « Ça fait moins mal avec que sans table », assure Perras, de sa voix douce. « La table amortit le choc, mais comme ça explose, c'est spectaculaire. »

Les fous font de grandes choses

Fou, téméraire, courageux, Barbwire? « Un peu des trois », pense son ancien partenaire de combat par équipes, François Le Patriote Séguin. Chose sûre, Perras ne s'est pas ménagé et son dossier médical compte déjà deux commotions cérébrales. Il est sur le carreau depuis août dernier, à la suite d'une souplesse allemande dont il s'est relevé avec une fracture de l'os orbital, blessure qui l'a empêché de conduire sa voiture pendant deux semaines.

Pourquoi sens-tu ce besoin d'éprouver les limites de ton corps? « La douleur, je vais la sentir, mais ça ne me dérange pas ben ben. Mon but, c'est d'impressionner le monde. Je sais que mon corps est fragile, que je dois faire attention à ma santé. La lutte hardcore, comme toutes les bonnes choses, il faut juste ne pas en abuser. »

Tu ne souffres jamais, même quand on t'assène un coup de chaise? « Un coup de chaise, oui, ça fait mal, mais je n'accepterais jamais d'en recevoir un sur la tête. Spark m'a déjà donné un coup de chaise dans le dos pendant un match "No holds barred". J'ai eu un beau carré bleu pendant plusieurs jours. C'était tout un combat, on avait même cassé par accident l'escabeau de son père. »

Barbwire ferme les yeux un instant, puis les rouvre. « Oui, je suis peut-être un peu malade, mais ce sont les plus fous qui font les plus grandes choses, que ce soit Albert Einstein ou Mick Foley [alias Mankind, légende mondiale du hardcore]. J'ai besoin d'un endroit pour être méchant, parce que dans la vie, je suis carrément le contraire. Je ne me suis battu qu'une seule fois pour vrai. »

Pour quelle raison? « C'était la semaine de la vie au secondaire et il fallait écrire des lettres. Quelqu'un m'a envoyé une lettre d'insultes. Je savais c'était qui alors je me suis dit que pour une fois, j'allais me défendre. Je suis allé voir le gars, je lui ai montré la lettre, je lui ai donné trois coups de poing et je suis allé me dénoncer tout de suite. Je pense que j'avais aussi une fille à impressionner. »

Ton plus beau souvenir dans le ring? « Quand j'ai battu SeXXXy Eddy. Après le un, deux, trois, il m'a dit dans l'oreille : "Très bon combat, tu peux être fier de toi." Ça m'a touché drette dans le coeur. »

Tu es allé à l'hôpital après le match? « Non, je suis resté au bar, j'ai payé une bière à Eddy et j'ai aidé à démonter le ring. »

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