Une journée au cinéma

Animé par son légendaire sens du sacrifice, Dominic... (Imacom, Julien Chamberland)

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Animé par son légendaire sens du sacrifice, Dominic Tardif a passé toute une journée au cinéma.

Imacom, Julien Chamberland

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Passer une journée complète au cinéma et voir quatre films en moins de douze heures, est-ce possible? Animé par son légendaire sens du sacrifice, Dominic Tardif a fait le test. Récit du marathon auquel notre collaborateur s'est soumis en préparation pour le Festival cinéma du monde de Sherbrooke.

13 h

La dernière fois que j'ai fait une sieste dans une pièce remplie d'enfants, j'avais quatre ans et me trouvais dans une garderie. Dimanche dernier, j'avais 28 ans et j'étais bien calé dans mon siège, au coeur d'une des salles d'un grand cinéma de l'ouest de la ville. Ce qui explique peut-être pourquoi je n'ai pas compris grand-chose à l'intrigue sibylline d'En route!, version française de Home, le nouveau long-métrage d'animation de DreamWorks.

J'aurai appris à mes dépens que les films pour enfants ont ceci en commun avec les romans de James Joyce : suffit de zapper quelques scènes pour que le récit vous largue complètement.

Parce que le cinéma est le dernier lieu où jeter ses ordures au sol relève du comportement socialement acceptable, la centaine d'enfants et leurs parents laissent la salle dans un état digne d'un champ de bataille (sur lequel se seraient battus les soldats les moins préoccupés par la salubrité que vous puissiez imaginer). Une équipe de cinq préposés à l'entretien armés de sacs-poubelle sillonne en guérilleros les allées après la projection. Dans cinq minutes, le plancher ne portera plus aucune trace des agonies qu'on lui a fait subir. A-t-on déjà pensé à envoyer ces valeureux jeunes gens nettoyer le Saint-Laurent?

Retrouvez-vous parfois des trucs bizarres, que je demande à un d'entre eux? « On est déjà tombés sur une couche pleine dans un verre de liqueur vide. On a aussi déjà récupéré un dentier dans un porte-gobelet. »

J'accoste au comptoir bouffe et flirte un instant avec l'idée de me procurer un mini-combo pour enfant comprenant un mini-maïs soufflé, une mini-boisson gazeuse et une mini-friandise. J'y renonce après dix minutes de tergiversations, incapable que je suis de choisir entre le bracelet à enrouler, le camion monstre ou les autocollants pour ongles qui accompagnent le mini-trio.

Je me console en ingurgitant un thé glacé format lac Érié et un maïs soufflé format familial (il faut entendre « familial » dans le sens : famille du Québec rural des années 50). Je brûle toutes ces calories en chevauchant un simulateur de motomarine, un des nombreux jeux d'arcade grâce auquel je tue le temps dans le lobby, avant de regagner l'obscurité pour un deuxième film.

15 h 35

À vue de nez, le public cible de Furious 7 fréquente davantage les salons de bronzage que celui de En route! J'écoute mon voisin discuter avec ses amis du procès pour séquestration, voies de fait et vol qu'il devra bientôt subir (pour vrai). L'écran diffuse avant la projection un reportage tourné sur le plateau du prochain épisode des aventures d'Aurélie Laflamme. Je souhaite à mon nouvel ami la chance de le voir avant d'entrer en dedans.

On pourrait bien sûr reprocher à Furious 7, septième chapitre de la série Fast & Furious, de banaliser la vitesse au volant, d'accumuler les invraisemblances, d'exalter chez le jeune homme des sentiments peu nobles. On pourrait aussi reprocher à AC/DC d'enregistrer des chansons célébrant le rock, le sexe et l'alcool. Si vous ne voulez absolument jamais de votre vie admirer des voitures être parachutées d'un avion-cargo, n'allez surtout pas voir Furious 7. Message à tous les autres : vous n'avez pas perdu votre sens de l'émerveillement.

Je sors de la salle les fesses engourdies et l'oeil humidifié par la scène finale, magistral au revoir à l'acteur Paul Walker (mort dans la vraie vie). Je quitte le cinéma en croisant l'affiche du prochain long-métrage de Bernard Émond, dans lequel, me dit-on, aucune voiture ne sera parachutée d'un avion. Essayez ensuite de ne pas être d'accord avec les déclarations à l'emporte-pièce de Vincent Guzzo au sujet de notre soporifique cinématographie.

19 h 35

Parce que je rêve qu'un jour un extrait d'une de mes chroniques serve d'exemple sous la rubrique « euphémisme » dans un manuel de figures de style, j'écrirai ceci : L'empreinte est un film passablement différent de Furious 7.

En préconisant un rythme lent et contemplatif, les réalisateurs Carole Poliquin et Yvan Dubuc tentent de cerner la part d'influence autochtone qui a façonné la culture québécoise. Le documentaire se déploie en une série d'entrevues pénétrantes et/ou émouvantes avec des anthropologues, des poétesses et des historiens. Le projet est aussi un vaste prétexte pour filmer la belle gueule de Roy Dupuis encadrée par certains des plus pittoresques paysages de la province.

Ai-je besoin de vous préciser que je me trouve maintenant à la Maison du cinéma? Je suis préalablement allé avaler une bouchée au Pizzicato, table officielle des cinéphiles. Dis-moi, très cher ami serveur, c'est lequel le meilleur coin pour une première date dans ton restaurant? que je demande au nom du droit du public à l'information. « La mezzanine, clairement », répond-il. Célibataires, ne me remerciez pas.

Le divan au haut des escaliers de la Maison du cinéma est un endroit tout désigné pour chillaxer entre deux films et c'est très exactement l'activité à laquelle je m'adonne pour souffler un brin après L'empreinte. J'ai 5 h 30 de cinéma dans le corps et n'ai pas pu résister à la tentation d'appeler en renfort pour le dernier sprint une demoiselle chère à mon coeur.

21 h 40

Dans l'entrée de la salle 11, un vieux comique nous annonce d'un air catastrophé que la salle « est vraiment pleine ». Il n'y a bien sûr pas un chat, à l'exception de notre plaisantin et son épouse. Le contexte invite à une intense séance de necking, mais moins ce que raconte La passion d'Augustine, un drame ecclésiastique peuplé de nonnes. Le film de Léa Pool a empoché un impressionnant 210 000 $ lors de son premier week-end à l'affiche, ce qui constitue une des plus irréfutables preuves que la population du Québec vieillit.

Dans un de mes rêves, cette nuit-là, Roy Dupuis se battra avec un Vin Diesel déguisé en soeur dans un canot parachuté d'un avion-cargo. Ce qui vous donne une vague idée d'à quel point il est éreintant de passer une journée complète au cinéma.

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