Une bière Clamato avec Carl Carmoni

Carl Carmoni, légende du mini-putt et homme doué... (IMACOM, RENÉ MARQUIS)

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Carl Carmoni, légende du mini-putt et homme doué pour le bonheur.

IMACOM, RENÉ MARQUIS

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De passage à Sherbrooke, la légende du mini-putt Carl Carmoni s'entretient avec son inconditionnel admirateur Dominic Tardif au sujet des leçons que lui ont servies les greens.

Maître du putter, icône kitsch, ex-poster boy de la moustache portée sans ironie; Carl Carmoni est surtout la preuve qu'il n'y a pas dans la vie de petits triomphes lorsque l'on sait célébrer comme il se doit.

Vous n'avez aucune idée de quoi je parle? Allez visionner sur YouTube le birdie que réussit le Maurice Richard du mini-putt au difficile 18e trou du terrain de la Place Versailles, mythique fait d'armes qui le mènera en finale de la saison télévisée de 1992 et lui méritera 1100 $, comme le souligne de sa suave voix de forcené l'animateur Serge Vleminckx. « Envoye donc! » commande Carmoni d'un ton autoritaire à sa balle juste avant d'être foudroyé par un indicible élan d'euphorie. Regardez-le gambader et bondir comme un kangourou sous amphétamines. Ce n'est pas que du mini-putt ça, c'est une leçon de bonheur.

« Je me rappelle de mon feeling avant de faire le coup », raconte-t-il devant un Pepsi [il ne boit pas d'alcool] au sujet de ce qui est passé à l'histoire sous le nom de la « course de Versailles ». « Guy Bélanger, le régisseur, m'avait glissé à l'oreille d'attendre un peu avant de m'élancer. Prends ton temps, qu'il m'avait dit, Serge est en train de mettre la table, de décrire ce qui va arriver si tu réussis. Je me rappelle de chaque seconde qui a précédé le coup, de comment j'ai amené mon subconscient à faire le bon mouvement, à niveler mon stress. J'étais concentré, j'étais dans ma bulle. La réaction après, ça, tu ne la contrôles pas. Quand ils m'ont dit que j'avais couru tout le long de la clôture, que j'avais tapé dans la main de 150 personnes, je ne le croyais pas. Je ne faisais pas ça pour me faire remarquer, mais c'est le résultat que j'ai obtenu. »

Si bien que Carmoni demeure à ce jour un des rares visages connus de ce sport qui a d'abord traversé un premier âge d'or dans les années 70, puis un deuxième au début des années 90. Une génération de jeunes téléphages qui avaient syntonisé à cette époque l'émission Défi mini-putt a depuis érigé avec un mélange de sincère affection et de douce ironie un culte à Carmoni grâce à cette inépuisable machine à nostalgie qu'est internet. Le joueur étoile a lui-même tablé sur ce retour en grâce en lançant son propre site web où on peut se procurer des t-shirts à son effigie. Il organise encore à ce jour une douzaine de tournois par année.

Je parlais d'une douce ironie, parce qu'il y a quand même quelque chose de franchement amusant dans cette marge entre les enjeux plutôt mineurs d'une partie de mini-putt et le regard de feu d'un Carmoni qui saute dans les airs, parle à sa balle et se laisse transporter par une joie débridée. Il y une marge que ne peut remplir que le rire entre le spectacle pas toujours enlevant que nous donnaient à voir les caméras et le chapelet de superlatifs dont coiffe le jeu un Serge Vleminckx oscillant, dans un élégant français châtié, entre une voix chuchotée digne d'un tragédien et des éruptions de syllabes bien allongées. BIIIIIIIRDIE! (Je réécoute présentement un autre des nombreux segments archivés sur YouTube et j'entends Serge dire du grand Jocelyn Noël qu'il est « affamé » par le mini-putt. Affamé!)

« Si ce n'est pas de lui, on n'est pas ici, affirme Carmoni. Je le répète à chaque entrevue. Si t'enlèves Serge Vleminckx de là, le mini-putt, après trois émissions, il n'y en a plus. Il prend un jeu qui se déroule sur du ciment et il amène ça à un niveau impossible. Écoute ben, le mini-putt, c'est difficile, mais c'est quand même juste un jeu de poches! »

L'année des hot pants

Amour et mini-putt sont indissociables pour Carl Carmoni depuis sa première visite sur les petits greens. 1970, on vient de construire à Lachine un premier terrain.

« Il y avait deux parcours. Sur le parcours orange, des grands-parents jouaient avec leurs petits-enfants. Sur le jaune, il y avait deux belles filles. C'était l'année des hot pants et des bottes hautes. Elles étaient au deuxième trou. Mon chum Pierre voulait jouer sur le parcours orange. Je lui ai dit : "Me semble qu'on pourrait aller sur le jaune." On a essayé de rattraper les filles, mais on ne leur a jamais parlé. En quittant le terrain, elles nous ont fait un petit bye-bye. Le lendemain, Pierre et moi, on est allé jouer au golf et on a été jumelés par hasard avec ces deux mêmes filles-là. »

Une de ces jolies jeunes demoiselles en hot pants se prénommait Suzanne. Elle deviendrait bientôt l'épouse de Carmoni ainsi que sa partenaire de jeu et son bras droit dans l'entreprise de transport de marchandises qu'il a fondée.

« Le mini-putt m'a aidé dans la business, note Carl. Ça m'a appris à gérer mes émotions, à me concentrer, mais aussi à me foutre des autres. S'il y a quelque chose que je pense qui est bon, je vais de l'avant. »

Le mini-putt, école de vie? « Certain. Sur le terrain, je me suis démarqué en essayant des coups miracles. »

Carmoni raconte le 12e trou (La soucoupe) d'une partie disputée sous les caméras de RDS en 1995. « Tous les autres concurrents avaient joué pissou, ils y étaient allés pour la normale [deux coups]. Moi, rendu là, c'était le temps que je me démarque, que j'essaie ce que personne n'avait fait, que je tente le birdie en utilisant quatre bandes. Je prenais le risque que ça échoue et de passer pour un nono. Mais ça a marché! J'ai réussi le birdie! À toutes les fois dans ma carrière où j'ai essayé le coup miracle plutôt que de jouer safe, ça m'a souri. »

Ceci n'est pas que le récit d'un coup au mini-putt. C'est quelque chose comme une parabole.

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