Pour une histoire de hockey mineur

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Un tournoi de hockey mineur peut donner à voir ce qu'il y a de plus beau et de plus laid chez les parents de joueurs. Chez les joueurs, c'est souvent du beau.

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La 35e édition du tournoi Novice-O-Rama se concluait dimanche après-midi au centre Julien-Ducharme de l'arrondissement Fleurimont. Notre collaborateur Dominic Tardif, qui n'a jamais joué au hockey de sa vie, était sur place.

Ils sont tous agglutinés en tapon, la moitié d'entre eux affalés sur la glace, parce que c'est difficile de se tenir sur ses patins quand on n'a que quatre ans et demi. J'écris ils, mais il y a aussi quelques elles, que l'on distingue à leurs casques roses et aux longs cheveux blonds qui en émergent. Vous avez présentement sous les yeux un match de hockey MAHG, comme dans Méthode d'Apprentissage de Hockey sur Glace. Mignon, vous dites?

Quatre équipes de bambins, deux par moitié de glace, se dépensent en ce début de dimanche après-midi sur la patinoire du centre Julien-Ducharme, et tentent de passer la rondelle sous le mini-filet adverse, que ne protège aucun gardien. Commandite de Tim Hortons oblige, presque tous les joueurs-joueuses arborent au dos de leur chandail le mot Timbits, en lieu et place de leur nom de famille. Des entraîneurs les accompagnent sur la glace et leur indiquent comment se positionner pour une mise au jeu. L'arbitre, lui, n'a sans doute même pas l'âge requis pour faire partie d'une équipe midget. Si les points sont comptabilisés, aucun classement des équipes n'est tenu et tout le monde se verra offrir une médaille à la fin du tournoi. Yé!

Bien que quelques-uns de nos mini-Sidney Crosby se démarquent déjà un peu de leurs coéquipiers, une certaine partie de ces joueurs ne semblent pas encore tout à fait savoir quoi faire d'eux-mêmes et luttent pour ne pas tomber aux deux minutes. « On essaie de se concentrer sur une idée principale, un apprentissage, par partie », m'expliquera en entrevue d'après-match le collègue de La Tribune et coach des Sénateurs de Sherbrooke, René-Charles Quirion. « À cet âge-là, le concept de jeu d'équipe, de passe, n'est pas encore clair. »

Le nez contre la baie vitrée, Gilles Papillon suit du regard, avec au visage un sourire presque béat, son petit-fils Marc-Olivier, fier porte-couleurs du Métro Brunelle de Windsor (commerce et hockey vont main dans la main à tous les niveaux). Vous trouvez que c'est une bonne formule, le MAHG? Ça ne manque pas un peu d'esprit de compétition?

« Non, c'est parfait. Ça apprend d'abord aux jeunes à avoir du plaisir, et c'est ça le principal. Le hockey, c'est une belle école de vie, ça forge la discipline, le sens du travail d'équipe. »

Vous avez joué, vous? Son regard s'illumine sous sa casquette des Bruins de Boston. « J'ai joué jusqu'à 58 ans dans des ligues de garage. » Il en a aujourd'hui 63. « Je jouais tous les vendredis soirs dans ce qu'on appelait la ligue de détente. Je suis même allé en France grâce au hockey. »

Comme Les Boys? « Oui, comme Les Boys. On a affronté, comme eux, une équipe de Chamonix. Huit jours là-bas, à être reçus comme des frères par des Français qu'on ne connaissait pas; ça a été un des plus beaux voyages de ma vie. »

Dans une petite salle de refoulement pas loin de l'entrée du centre sportif, la cérémonie de remise des médailles couronne le deuxième et dernier match de nos jeunes hockeyeurs MAHG Timbits. Sur l'estrade, coach René-Charles et son collègue Martin déclinent solennellement le nom et le numéro de chacun de leurs petits Sénateurs comme s'il s'agissait du repêchage de la LNH. « Numéro 9, Tristan Drolet! Numéro 5, Rosalie Tremblay! »

Une certaine idée du Québec se donne à voir dans cette bande d'enfants aux cheveux encore mouillés qui grimpent sur l'estrade pour recevoir leur récompense. Papas et mamans dégainent leurs iPhone alors que tous les enfants enlacent la mascotte Novik et crient un « Go Sénateurs, go! » bien aigu sous une pluie de flashs.

Dans l'entrée de Julien-Ducharme, une télé retransmet le match des étoiles de la LNH. Personne ne la regarde.

Avoir du plaisir sur la glace

Une autre idée du Québec, moins agréable, se donne à voir un peu plus tard, pendant une des finales de la portion novice du tournoi. Déjà tantôt, de joyeux tatas de parents gueulaient à leurs enfants pendant un match MAHG des « Envoye pousse, ostie! » qui leur auraient mérité un sérieux avertissement dans la zone Molson Ex du Centre Bell.

Il faut désormais voir les adultes sur le bout de leurs sièges dans les gradins pour mesurer à quel point le cliché du parent surinvestissant émotivement un match de hockey ne tient pas du folklore, mais bien de la triste réalité. Tout au cours de la journée, les parents avec qui j'ai discuté avaient évoqué en soupirant ces mamans aux cris stridents et ces papas gérants d'estrade qui pourrissent l'atmosphère et le plaisir de leurs enfants. Je les ai maintenant sous les yeux.

Dans quelques instants, la jeune arbitre omettra d'appeler une punition et se fera agonir de huées. Derrière le banc, un entraîneur lancera des bras exaspérés en l'air dans une grotesque imitation du Michel Bergeron des beaux jours. Un "Come on, wake up ref!" bien gras s'élèvera de la foule. Rien de si grave, mais j'hallucine quand même un brin.

Je demande à un des pères aux yeux les moins exorbités si tout ça n'est pas un peu exagéré comme réaction, compte tenu de l'âge - 7 ou 8 ans - de ceux qui chaussent présentement les patins.

« Ouain, mais c'est une finale. Tu ne trouves pas que l'arbitre aurait dû caller cette punition-là? » Oui, mais, comment dire... la Coupe Stanley n'est pas exactement en jeu, han?

Je quitte en repensant à ma discussion avec monsieur Papillon. « L'important, c'est ce qu'a dit Bobby Orr quand il est venu au Complexe Thibault GM en 2012 : les jeunes, ayez du plaisir sur la glace. » C'est peut-être aux parents que Bobby aurait dû s'adresser.

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