Une bière Clamato avec P-A Méthot

P-A Méthot est arrivé à la Taverne Alexandre... (IMACOM, JOCELYN RIENDEAU)

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P-A Méthot est arrivé à la Taverne Alexandre tout sourire malgré un grave mal de dos.

IMACOM, JOCELYN RIENDEAU

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P-A Méthot s'attablait quelques jours avant Noël avec Dominic Tardif à la Taverne Alexandre, en prévision du spectacle qu'il présentera le 29 janvier au Centre culturel de l'Université de Sherbrooke. Au menu de leur conversation : bipolarité, Robin Williams et la relation qu'entretient l'humoriste avec Denis Coderre.

P-A Méthot a mal au dos. L'humoriste arrive à la Taverne Alexandre vingt minutes en retard en compagnie de sa gentille relationniste qui se confond en excuses.Le colosse clopine jusqu'à notre table, s'installe péniblement dans sa chaise (« Penses-tu que je vais rentrer dedans? ») grimace, s'excuse lui aussi. « Tu peux me varger dessus avec un batte de baseball, mon gars, et jamais je me plains, je te jure. Chez nous [à Chandler, en Gaspésie], on endurait la douleur. Je viens d'un milieu de pêcheurs, de travailleurs forestiers. Tu pouvais leur couper une main à ces gars-là et ça continuait de travailler avec l'autre. Mais là, je suis à boutte, je n'ai pas dormi de la nuit. »

Le plus amusant là-dedans : P-A Méthot a présentement l'air du gars le moins à boutte au monde. L'humoriste parle de la douleur qui l'afflige avec le sourire fendu jusqu'aux oreilles du jeune homme qui nous annoncerait que sa blonde est enceinte, ou qu'il va se marier bientôt. Mal de dos ou pas, rares sont les artistes qui déploient autant de candide joie de vivre à la fin d'une journée de promotion entamée près de dix heures plus tôt à l'antenne des émissions locales de radio matinale.

« T'as un noeud papillon? Ah ben là, ça, c'est le fun! » s'exclame-t-il de sa singulière voix éraillée en pointant l'uniforme du notre ami serveur Denis, qui vient s'enquérir de sa commande (un verre de Clamato, sans bière; P-A Méthot ne boit pas).

Vous cherchiez la preuve irréfutable qu'avaler quotidiennement des médicaments pour soigner sa bipolarité, comme le fait Méthot, ne transforme pas en zombie? Regardez-moi un peu cet homme dont le mâche-patate, même après la dizaine d'entrevues qu'il a accordées aujourd'hui, et malgré un grave mal de dos, ne montre aucun signe de fléchissement.

« Ah, mais là, ça c'est rien. Avant mon diagnostic, mes highs n'avaient pas d'allure. J'étais un vrai Jackie Chan de 180 livres. J'aurais pu grimper sur les murs avec mes dents. Je partais dans toutes sortes de projets : j'arrêtais de fumer, je changeais de blonde, j'allais magasiner des vêtements, me faire bronzer, je m'inscrivais à des cours de poterie. Sauf que plus tu montes haut, plus tu snappes bas. C'est ce que ça fait, la bipolarité. Tu ne redescends pas en bas, tu snappes en bas. »

Et quand on parle de bas, on ne parle pas d'une petite déprime curable à l'aide de quelques cuillères de crème glacée Coaticook et d'un film-réconfortant-mettant-en-vedette-Hugh-Grant. « En 2000, je me suis laissé mourir pendant 6 jours et demi », raconte Méthot, toujours jovial, mais sur un ton un peu plus grave. « J'étais couché sur le divan, les stores fermés, et je pleurais. Je ne mangeais plus, je ne me lavais plus, je n'ai pas parlé à personne. Le 7e jour, quand mon gérant est venu me chercher, j'étais déshydraté, le palais me collait sur la langue. Je jouais avec ma vie, mais je n'avais pas l'impression que c'est ce que je faisais. Dans ma tête, j'avais juste besoin de me reposer. »

On aura beaucoup parlé en 2014 des liens entre maladie mentale et humour, manière comme une autre de tenter d'encaisser le choc sismique provoqué par la mort de Robin Williams. Faudrait-il à partir de maintenant soupçonner chacun des boute-en-train de dissimuler derrière leur sourire une insondable détresse? « Ça démontre à quel point, quand tu vis avec une maladie mentale, tu portes un masque, souligne Méthot. Robin Williams, tout le monde le voulait comme ami, mais en dedans, il vivait quelque chose d'épouvantable. Tu vois, moi, j'étais capable de faire des shows en période de down, c'était salutaire, jusqu'à un certain point... »

Mais pas aussi salutaire que de s'asseoir dans le bureau du médecin, répète le porte-parole de la Fondation de l'Institut universitaire en santé mentale de Québec. « Dans ma tête, moi, je voyais Alys Robi. Je pensais que soigner une maladie mentale, ça voulait dire les électrochocs, la lobotomie. Quand tu comprends la fonction des médicaments, tu comprends que ce n'est pas dangereux, que tu vas rester un humain, que le médicament va juste stabiliser ton humeur, sans t'enlever ta capacité à avoir des émotions. C'est sûr qu'au début, c'est bizarre. J'étais assis chez nous et je me trouvais sérieux. Sauf qu'avant, il fallait que je sois dans le high pour rire aux éclats, et dans le down pour pleurer. Maintenant, je suis capable de rire et de pleurer en restant au ras de la ligne. »

Comme un cochon graissé

P-A Méthot est ce genre de bon gars que l'on a spontanément l'impression de connaître depuis toujours après seulement deux minutes de conversation. Un cousin, un ami de longue date, qui élève les standards de cordialité prévalant dans le merveilleux monde du showbiz. Un exemple parmi tant d'autres : il m'a invité, à la fin de notre bière Clamato, à aller souper avec lui en janvier, avant son spectacle au Centre culturel. Pas exactement une pratique courante chez les artistes que je rencontre.

Mais P-A Méthot est aussi un peu comme un cochon graissé : pas facilement saisissable (il est aussi le genre de gars qu'on peut comparer dans le journal à un cochon graissé sans craindre qu'il se mette en colère). Vous pensez tout savoir à son sujet qu'il vous prend par surprise avec une anecdote, une remarque, une évocation de son passé. Je ne soupçonnais pas le gars non seulement sympathique, mais brillant, prompt à l'introspection, qui se cache derrière le titre un peu potache, Plus gros que nature, du premier one-man-show qu'il trimballe partout au Québec depuis plus de 150 représentations.

Je ne me doutais pas non plus qu'il a milité dans l'aile jeunesse d'un parti politique (il refuse de me dire lequel), qu'il a été président du Parlement jeunesse pancanadien, qu'il échange encore à ce jour des textos avec Denis Coderre. « Mais on ne parle pas de politique! Guy Nantel et moi, on est des bons chums, mais il sait que je ne parle plus de politique, parce que lorsque je le fais, je vais dans des zones où je ne veux pas aller, je m'enflamme. »

Je n'aurais pas non plus parié que c'est un danseur qui lui a instillé la confiance de devenir humoriste. Un danseur, vraiment? « Oui, c'est un gars de chez nous, il s'appelle Michel Langelier, je le vois encore souvent. Dans les années 80, un gars qui dansait, en Gaspésie, ce n'était pas super bien vu, mettons. Mais Michel, lui, il s'en foutait comme de l'an 40, il aimait ça danser. Quand on a commencé à le voir au Gala de l'ADISQ, au Bye bye, dans les clips de Julie Masse, on n'en revenait pas. Ceux qui l'avaient traité de fif l'admiraient. »

On ne t'a quand même pas traité de fif quand tu as voulu devenir artiste, P-A? « Non, mais on m'a beaucoup questionné quand j'ai décidé de tout lâcher pour l'humour. J'étais allé à l'université en communication publique, j'avais de bons résultats, c'était une fierté dans ma famille. On me disait à Chandler [il grossit un peu son accent] : "Voyons donc que tu fais de l'humour! Où ça, que tu fais de l'humour?" Au début, on ne me croyait pas. Même mes parents ont dit pendant un bon moment que j'avais juste pris un break. C'est finalement le break le plus payant de toute ma vie. »

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