Pour un après-midi avec Arthur L'aventurier

François Tremblay, alias Arthur L'aventurier, racontait mercredi après-midi... (IMACOM, RENÉ MARQUIS)

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François Tremblay, alias Arthur L'aventurier, racontait mercredi après-midi dernier son parcours aux gars du Collège du Mont-Sainte-Anne, école où il a lui-même étudié.

IMACOM, RENÉ MARQUIS

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Le Sherbrookois d'origine François Tremblay, mieux connu des tout-petits sous le nom d'Arthur L'aventurier, revenait mercredi dernier sur les lieux de son adolescence, au Collège du Mont-Sainte-Anne, le temps d'une conférence à laquelle notre collaborateur Dominic Tardif a assisté.

«J'étais là, la première fois que j'ai fait un spectacle », raconte François Tremblay, alias Arthur L'aventurier, en pointant la scène aménagée au fond du gymnase du Collège du Mont-Sainte-Anne, école privée où il a résidé en secondaire 3, 4 et 5. Les étudiants actuels du Mont sont assis en tailleur devant lui en ce mercredi après-midi.

« J'étais juste là, la première fois que je suis monté sur une scène, et j'ai fait un solo de batterie dans Heaven de Bryan Adams, probablement la chanson la plus douce de l'histoire du rock. Je voulais impressionner les filles. » Quelques rires de malaise s'élèvent de l'auditoire; le genre de réaction que provoque l'évocation de l'autre sexe chez une bande de gars en pleine puberté.

Voilà une histoire bien amusante, mais aussi assez répandue, que celle de l'adolescent qui rêve de devenir une rock star, avant de renoncer à ses ambitions au sortir du secondaire. Parce que François Tremblay ne deviendra pas, vous vous en doutez, le batteur d'un groupe populaire. Il ira plutôt étudier en foresterie, décrochera éventuellement un poste au ministère des Ressources naturelles, puis mènera un temps la vie tranquille de l'employé bien payé. Jusqu'à ce qu'il décide autour de 1998, fort du succès de sa Forêt Mobile, un projet d'animation qu'il trimballait dans les écoles afin de transmettre sa passion pour la nature, de tout lâcher et de devenir Arthur L'aventurier à temps plein. Téméraire décision.

J'utilise l'expression rock star pour l'effet comique que génère sa juxtaposition avec les mots Arthur L'aventurier, mais surtout parce que c'est presque en ces termes que François raconte son parcours aux ados du Mont. Il n'emploie pas exactement ce terme-là, non, mais parlera tout au long de sa conférence d'Arthur L'aventurier comme d'un rêve porté à bout de bras, contre vents et marées, par-delà les écueils nombreux. L'exact même discours (minus l'alcool et la drogue) que déploient les véritables rock stars quand ils se confient à la caméra dans une musicographie. Regardez François brandir devant les étudiants le Félix qu'il remportait en octobre au Gala de l'ADISQ. « Ma coupe Stanley », dit-il.

Faire pleurer les parents

C'est aussi dans ces termes qu'il me parle lorsque je lui fais remarquer qu'il y aurait, dans son parcours cahoteux d'ado qui a doublé son secondaire 3 et qui s'est heurté aux ambitions qu'entretenait pour lui son père, de la matière pour écrire des « vraies chansons ». Tu sais, des vraies chansons, pas juste des comptines pour enfants.

François ne me saute pas à la gorge, malgré mon insolence, parce qu'il est d'une grande gentillesse, et parce que ce n'est pas la première fois qu'il entend pareille sottise. Contrairement au préjugé que j'entretenais, François n'a pas renoncé à ses rêves en choisissant de chanter pour les bambinos. « Il y en a qui passent par le biais de la musique pour enfants en attendant d'être des [il mime des guillemets] vrais artistes pour adultes », qu'il me répond dans la bibliothèque du Mont, après sa conférence. « Moi, mon modèle, c'est Henri Dès, qui fait carrière depuis toujours. »

« Et là où tu te trompes, poursuit-il, c'est quand tu dis que je ne m'inspire pas de mon parcours. Il est là mon parcours, il est là mon vécu quand je dis aux jeunes : [il se met à chanter] "Si c'est ça la vie/Réaliser nos rêves/Le paradis/C'est ici." Il est là mon parcours quand je leur demande : "Qu'est-ce qui te fait vibrer?/Quelles sont les choses que tu espères?/Est-ce un nouveau jouet?/Un grand projet?/Quels sont tes intérêts?" On est loin de : "Brosse-toi les dents avant d'aller te coucher!" » blague-t-il en imitant le plus niais des chanteurs pour enfants.

Des messages qui se fraieront, on l'espère, un chemin jusque dans la tête des enfants, mais qui foudroient souvent d'abord leurs parents. « Quand on a fait cette tournée-là, c'était rendu un running gag entre les musiciens. Mon percussionniste Réjean comptait le nombre d'adultes qui braillaient pendant cette chanson-là. Il y avait plein de papas et de mamans aux yeux remplis d'eau, qui se rendaient peut-être compte à ce moment-là qu'ils n'aimaient pas leur job. Je ne raconte pas que ma blonde m'a lâché, que je pleure dans le noir, comme d'autres chanteurs, non, tu as raison. Mais je dis que malgré les embûches dans la vie, tu peux dépasser tes limites. [Il chante à nouveau.] "Dis-toi que derrière les nuages/Le soleil éclaire ton visage." »

« L'échec est la plus belle des écoles », répètera-t-il à plusieurs reprises devant les ados du Mont-Sainte-Anne, parce que comme toutes les bonnes rock stars, François Tremblay a tutoyé les forces de l'ombre. En 2001, le meilleur ami des enfants était paralysé par l'angoisse et le surmenage. Diagnostic : dépression. « J'étais control freak, je voulais tout faire, mon besoin de réalisation et de reconnaissance était tellement grand. Je m'occupais des finances, des chansons, des spectacles. J'ai compris que je ne pouvais pas tout porter sur mes épaules. »

Tu me pardonneras de te psychanalyser deux secondes François, mais ce besoin de reconnaissance presque tyrannique, ça prend racine dans quoi au juste? « C'est pas mal le père. Quand j'ai annoncé à mon père que je lâchais ma job au ministère pour faire Arthur, il m'a demandé : "T'es-tu fou?" Quand tu te fais dire ça par ton père, tu veux lui montrer que tu as raison. Mais je dois quand même lui rendre hommage, parce que même s'il n'était pas d'accord avec ma décision, il m'a aidé à partir mon projet, mon entreprise. À chaque fois que mes parents viennent à mes spectacles, je les fais lever et tout le monde les applaudit. Mon père se bombe le torse. Sur le coup j'étais en guerre avec lui, sauf que ses inquiétudes étaient nobles, il faisait ça par amour. » Une histoire digne d'une chanson de Bruce Springsteen.

Pourquoi pas François L'aventurier?

François Tremblay se serait appelé Herménégilde Tremblay qu'on aurait parfaitement compris son désir d'avoir recours à un pseudonyme.

Mais c'était quoi au juste le problème avec François? François L'aventurier, ça aurait fait la job, non? « S'il n'était pas trop tard, je te jure que je changerais de nom, assure-t-il aujourd'hui. C'est que je ne m'assumais pas, je me cachais derrière une moumoute grise et du maquillage. J'avais la chienne. J'avais peur du jugement des autres. »

Une peur qui le pourchassera jusqu'à ce que l'émission Salut, bonjour! lui demande à la dernière minute, il y a huit ans, de venir accorder une entrevue en lui-même, plutôt qu'en aventurier. Grosse panique. Il sortira du studio avec, en poche, un contrat de chroniqueur environnement, poste qu'il tient toujours.

La différence entre le personnage d'Arthur et le vrai François? « Ce n'est plus un personnage », tranche-t-il avant de tourner le regard vers le plafond. Il réfléchit.

« Non, ce n'est pas tout à fait vrai. Arthur est plus libre que François. Il n'est pas pogné pour assister à des réunions le mardi après-midi. C'est comme un éternel adolescent tripeux, c'est un grand frère pour les enfants. Il est toujours heureux Arthur. »

« En fait, je l'envie. »

***

Arthur L'aventurier est en spectacle au Centre culturel de l'Université de Sherbrooke le 14 décembre à 14 h.

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