Une bière Clamato avec Patrick Norman

Patrick Norman commande un petit verre de rousse... (IMACOM, JOCELYN RIENDEAU)

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Patrick Norman commande un petit verre de rousse à Denis, vétéran serveur à la Taverne Alexandre.

IMACOM, JOCELYN RIENDEAU

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Patrick Norman était de passage la semaine dernière à Sherbrooke pour présenter aux médias son tonique nouvel album, Après la tombée du rideau. Notre collaborateur Dominic Tardif a convié le grand homme du country à la Taverne Alexandre.

Je les avais lues, les nombreuses critiques élogieuses dont est l'objet depuis sa parution Après la tombée du rideau, 29e album de Patrick Norman. Je m'attendais à trouver ça bon «pour un album de Patrick Norman». J'ai trouvé ça bon, point. Assez bon pour le glisser dans la rotation des disques que j'écoute régulièrement, de mon plein gré, pas juste pour le boulot. Le snob que je suis, en bas de sa chaise.

Je raconte tout ça au principal intéressé alors que Denis, vétéran serveur de la Taverne Alexandre, lui apporte le petit verre de rousse qu'il vient de commander. Pendant On dépend l'un de l'autre, j'avais littéralement l'impression d'entendre Steely Dan vous accompagner, que je lui dis. Tabarouette que ça dérape à la fin de Jamais t'auras ma peau! En veux-tu de la six cordes? En v'là!

«Ça chire pas pire, han!» s'exclame Patrick Norman en esquissant quelques mouvements de air guitar. «Je voulais aller dans quelque chose de différent, mais en demeurant moi-même. Je ne peux pas faire peur aux matantes quand même! [Il éclate de rire.] J'avais le goût de marquer ça entre parenthèses sur la pochette: Après la tombée du rideau (À soir, on fait peur aux matantes)

«Je n'aurais pas osé employer moi-même ce mot-là, mais si vous insistez monsieur Norman...»

«Est-ce que je viens de me mettre dans le trouble moi là?» demande-t-il en se retournant vers son gérant, comme un petit gars qui viendrait de commettre un mauvais coup au final assez bénin.

Mais plus sérieusement, vous la sentez la pression d'enregistrer à chaque fois un album qui ne vous aliènera pas ce public qui est le vôtre et qui n'est plus forcément dans la fleur de l'âge? «Les gens entrent dans ma boutique pour avoir tel genre de choses, je ne peux pas carrément leur dire que je n'en vends plus de ça. Mais c'est le fun sortir du cadre, sortir de sa zone de confort, prendre des risques. Souvent, je suis resté dans la cadre et là, je voulais sortir des conventions, je voulais m'amuser et je me suis payé la traite. On a fait un trip musical "débile", comme eux autres le disent. Je ne pense pas que c'est un album qui va faire reculer ou qui va faire peur à qui que ce soit, de toute façon.»

Eux autres, ce sont les jeunes musiciens dans le vent qui ont participé à l'enregistrement de l'album, accompagnateurs de choix de la jeune génération d'auteurs-compositeurs québécois, dont François Lafontaine (Karkwa), Jocelyn Tellier (fidèle acolyte de Dumas et Catherine Durand), Marie-Pierre Arthur, François Plante (Plaster), Joe Grass (jeune roi du pedal steel), le réalisateur Samuel Joly et le saxophoniste Richard Beaudet (un peu moins jeune que les autres, mais non moins redoutable).

Espériez-vous que leur jeunesse à eux rejaillisse sur vos chansons à vous? «Pour moi, la musique n'a pas d'âge, répond Patrick Norman. Quand on se parle ensemble en studio, on parle le même langage, c'est: "Heille man, on essaie-tu ça?" Je suis un jeune dans un corps de 68 ans et eux, ce sont des jeunes dans des corps de 29, 36 et 40 ans.»

Encore en amour

Ce n'est pas la première fois que des snobs de mon genre s'étonnent que Patrick Norman enregistrent de l'aussi enthousiasmante musique. «Contrairement à ce qu'on aurait pu penser»; ce sont les premiers mots d'une critique de Claude Rajotte, qui encensait en 1990 son album Passion vaudou, mis en boîte en Louisiane. Patrick Norman le cite de mémoire encore aujourd'hui.

Pourquoi peine-t-il autant à se débarrasser, près de vingt-cinq ans plus tard, de son image de chanteur de variétés un peu léger? Peut-être simplement parce que le curriculum vitae de Patrick Norman ressemble précisément à celui d'un chanteur de variétés. Son côté touche-à-tout - animateur de télé, vedette disco, chanteur de charme - l'a sans doute discrédité aux yeux de plusieurs. «C'est pas facile renverser la vapeur», reconnaît-il lui-même.

Sauf que l'attitude et les propos de celui qui est devant moi aujourd'hui à la Taverne Alexandre sont ceux d'un gars qui, au fond, n'en a vraiment que pour la musique, d'un gars qui ne s'embrase jamais autant que lorsqu'il parle de son amour pour le vieux soul ou de sa rencontre avec le guitariste Nokie Edwards des Ventures. Il a les pupilles grosses comme ça lorsqu'il raconte comment, lorsqu'il était enfant, son père sortait sa guitare Kay le dimanche après-midi pour pousser quelques refrains de Paul Brunelle et de Hank Williams. «Il me laissait gratter les cordes pendant qu'il plaquait les accords.»

C'est ça Patrick Norman: un vrai de vrai mélomane et un vrai de vrai tripeux, que reconnaissent comme tel de plus en plus de ses jeunes collègues. Un changement qu'avait enclenché la parution de Passion vaudou, et qui s'accélère au fur et mesure qu'une Stéphanie Boulay et un Alex Nevsky reprennent Souvenirs d'un vieillard, ou qu'une Laurence Hélie interprète de sa belle voix doucement éraillée Quand on est en amour. Quand on est en amour, une immortelle qui célèbre cette année ses 30 ans.

«En 1980 ou 1981, je remplaçais Ray Huntchinson dans un resto-bar, se souvient Patrick Norman. Je venais de finir un set et j'étais en train de placer mes chansons pour le set suivant. Il y a un policier qui rentre et qui dit: "Je veux voir Patrick Norman." Je me demandais en maudit ce qui se passait. Il se présente en me tendant une cassette: "Bonjour, je m'appelle Robert Laurin, j'ai su que t'étais ici. Écoute, j'ai composé ça, si tu aimes ça, je te la donne." Je lui ai répondu: "Premièrement, tu ne donnes jamais une chanson. Deuxièmement, je vais l'écouter, je t'en reparle." Je mets ça dans mon auto, j'entends comme un genre d'accordéon, un orchestre de noces italiennes. C'était en anglais, Better Love Than Be Free [qui deviendra Only Love Sets You Free]. J'aimais ça, mais disons que je la voyais autrement. Quelques semaines plus tard, je suis allé souper chez lui, j'avais apporté ma guitare, et sur le coin de la table, on a rebâti la chanson ensemble.»

«J'ai l'ai chanté pendant quelques années, jusqu'en 1983. Je travaillais dans un restaurant qui s'appelait La Grange à Repentigny. Le propriétaire des Disques Star, Gilbert Morin, est venu me voir, il voulait me signer. Son partenaire, lui, ne voulait pas, parce que Patrick Norman, c'était quétaine. Finalement, j'ai signé et on a enregistré l'album. Ça n'a pas vendu beaucoup. Deux ans plus tard, on me fait venir au bureau pour mettre fin à mon contrat. Je leur ai dit: "Avant de tirer la plug, sortez donc Quand on est en amour en 45 tours." J'y croyais. Le gars de la maison de disques a passé la commande devant moi. Deux ans après, on avait vendu 300 000 albums.»

Et 30 ans plus tard, Quand on est en amour unit toujours sous le signe d'un refrain universel journalistes snobs et gentilles matantes. Le coeur devient moins lourd avec Patrick Norman.

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