Pour une histoire d'un soir aux Lundis du délire

L'humoriste Max Leblanc entame sa sixième année à... (IMACOM, FRÉDÉRIC CÔTÉ)

Agrandir

L'humoriste Max Leblanc entame sa sixième année à la barre des Lundis du délire.

IMACOM, FRÉDÉRIC CÔTÉ

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

L'humoriste Max Leblanc entamait il y a quelques semaines sa sixième année à la barre des Lundis du délire. Notre collaborateur Dominic Tardif s'est rendu jeter un oeil à un pan largement ignoré de l'industrie de l'humour, celui des soirées dans les bars.

Veston noir, jeans noir, barbe fournie, lunettes d'aviateur; Max Leblanc entre triomphalement sur la scène du Bar Le Magog au son du rock que balance le groupe maison des Lundis du délire. L'humoriste est accueilli comme un roi par «sa secte», une foule de fidèles spectateurs qui se donnent rendez-vous ici chaque lundi. Les quelques inside jokes qui ponctuent les premières minutes de la soirée me passent par-dessus la tête, bien que tout le monde autour de moi s'esclaffe joyeusement.

J'ai déjà écrit au sujet de Max Leblanc qu'il était le Steve Bégin de l'humour québécois, pas forcément le joueur le plus talentueux, mais certainement parmi les plus travaillants. Rappelons pour mémoire que Steve Bégin était ce plombier du Canadien de Montréal qui aurait été prêt, si la situation l'avait commandé, à se faire amputer un membre entre la deuxième et la troisième période avant de revenir sur la glace. Comparer quelqu'un à Steve Bégin : voilà un compliment (c'est ainsi que je l'entendais) que l'on pourrait aisément prendre pour une insulte.

«Vas-tu me frapper, Max?» que je lui demande en lui apprenant, quelques heures avant le début de la soirée, que je suis l'auteur de cette comparaison. Max éclate de ce caractéristique rire d'otarie égorgée, semblable à celui de José Gaudet des Grandes Gueules, qu'il émet à chaque fois qu'une situation, une phrase, une réplique le fait craquer.

Max ne me frappera pas, pas plus qu'il semble offusqué (bien qu'il ne manquera pas de souligner au micro ma présence et de signaler que La Nouvelle est le journal de prédilection de son chien quand vient le temps de s'acquitter de ses besoins de base). Je m'attendais à rencontrer un gars amer, échaudé par toutes ses années à s'échiner dans le relatif anonymat de l'underground humoristique. Mais il y a zéro amertume chez cet autodidacte de 39 ans, vétéran représentant de la relève, qui organise et produit lui-même les Lundis du délire.

Il y a zéro amertume chez Max Leblanc, sans doute parce qu' à l'instar des Stéphane Fallu, Stéphane Poirier et autres Julien Tremblay, ces visages qui nous sont familiers mais qui ne sont pas des vedettes, l'animateur des Lundis du délire gagne très bien sa vie. À l'ombre des médias de masse, Max Leblanc trimballe depuis quinze ans ses facéties de spectacles corporatifs de soirées dans les bars en écoles secondaires («Je fais de l'humour propre quand je suis dans les écoles», précise-t-il.) Il présentait même l'an dernier un spectacle solo au Capitole de Québec, à l'occasion du Grand Rire de Québec.

Pourquoi Max Leblanc demeure-t-il donc complètement ignoré des médias de masse? Sans doute parce qu'il n'a pas encore présenté de one-man-show officiel, cette formule qui tient au Québec d'unique étalon à l'aune duquel on mesure l'importance d'un humoriste.

Mais serait-il possible que la formule one-man-show-d'une-heure-trente-prêt-à-présenter-dans-toutes-les-salles-de-la-province-de-Matane-à-Laval, une formule érigée en standard, confine les humoristes à un certain genre d'humour, les formate à l'excès, gomme leurs aspérités? Se pourrait-il que cette formule ne corresponde pas à tous les styles d'humour? «Dans un gala d'humour comme ceux que présentent les grands festivals, j'ai pas le temps d'installer qui je suis. Donc, oui, je dirais que les galas, les one-man-shows, l'industrie, nous formatent», pense Max.

Il évoque le parcours de P-A Méthot, qui a cultivé un public pendant une dizaine d'années, avant d'émerger de l'obscurité. Un parcours qui l'inspire.

Max Leblanc n'est pas amer, donc, surtout parce qu'il n'a pas l'impression de «faire du temps» en animant les Lundis du délire, une scène qui accommode mieux son humour ludiquement trash où la vaisselle d'église et les parties génitales s'entrechoquent joyeusement.

L'humour québécois, plus perméable

À l'extérieur du Bar Le Magog, je jase avec Mehdi Bousaidan et Jérémy Du Temple, les invités de ce soir de Max Leblanc, deux jeunes vingtenaires qui incarnent l'effervescence d'un nouvel humour québécois et qui gagnent déjà, modestement, leur vie avec leurs blagues.

La tournée des bars n'est pas pour ces diplômés de l'École de l'humour la douloureuse balade sur le Styx que décrivent souvent en entrevue, sur le ton de la délivrance, les humoristes qui accèdent enfin au circuit des grandes salles. Le cliché du bar brun peuplé par deux alcoolos beuglards et un joueur de pool indifférent se vérifierait en fait de moins en moins.

«On n'a jamais de discipline à faire», assure Mehdi, qui anime les soirées du mercredi à L'Abreuvoir à Montréal. «S'il y a quelqu'un qui parle, la foule elle-même va lui demander de se taire.»

«C'est comme ici, dans les soirées de Max, les gens viennent vraiment pour entendre de l'humour, il y a une tradition bien installée. Les corpos et les partys de bureau, ça c'est rough», précise Jérémy, qui prenait congé cette semaine des soirées du lundi du Bar Le Jockey, qu'il anime habituellement dans Rosemont. «J'en ai fait un justement, un spectacle corporatif la semaine dernière pour un député du NPD à Drummondville. Il n'y avait pas de micro, pas de spot, ça n'avait pas de bon sens.»

Une culture de la soirée d'humour prend de plus en plus de place dans ces bars qui ressemblent maintenant davantage à d'authentiques comedy clubs à l'américaine. Un circuit qui prend le relais d'un écosystème humoristique où n'a jamais fleuri autant de tonalités différentes.

Il y a une marge entre l'univers d'une Katherine Levac et celui d'un Phil Roy, pour nommer presque au hasard deux jeunes humoristes, tout un spectre de regards sur le monde que l'on ne retrouvait pas dans les années 90.

Jérémy évoque un Québec plus perméable à l'influence de l'humour que l'on pratique à l'extérieur de ses frontières. «On voit plus grâce à internet ce que les Américains, ce que les Britanniques, ce que les Australiens font, et on voit qu'il y a des nouvelles manières de présenter son matériel.»

S'ils rêvent tous les deux à leur one-man-show, Mehdi et Jérémy ne le décrivent pas comme leur unique objectif. «En humour, tu passes du bar à la grosse salle. C'est un peu bizarre, remarque Jérémy. Ça nous prendrait un circuit de salles de 200 places. Moi, ce que j'aimerais faire, c'est un spectacle de 60 minutes à chaque année, que je peaufinerais et que je filmerais avant de le mettre sur Internet et de recommencer l'année suivante.» Une manière de mener une carrière qui n'est pas sans rappeler celle de l'humoriste américain Louis C.K.

Un peu plus tard, autant Mehdi que Jérémy seront ovationnés dès leur entrée sur la scène du Bar Le Magog par la centaine de fêtards réunis, de jeunes gens qui les avaient sans doute déjà vus à la télé lors de la plus récente édition du concours En route vers mon premier gala Juste pour rire.

Quant à Max Leblanc, ses chances de présenter un jour un one-man-show s'amenuisent sans doute avec les années qui passent. Il aimerait transformer en talk-show pour le petit écran ses Lundis du délire, qui ont de toute façon déjà l'allure d'un électrique spectacle de variétés. Comme Steve Bégin, l'humoriste ne se décourage pas, défend avec pugnacité sa place dans l'équipe à chacune de ses présences sur la glace. Et c'est avec un sourire admiratif qu'on l'observe se débattre dans les coins et balancer une énième blague salée.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer