L'art de se réinventer

Coeur de pirate... (IMACOM, FRÉDÉRIC CÔTÉ)

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Coeur de pirate

IMACOM, FRÉDÉRIC CÔTÉ

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« L'art est un mensonge qui nous permet d'approcher la vérité », prétendait Picasso le magnifique. On vous laisse méditer là-dessus tout en vous proposant quelques voies culturelles à explorer...

Sortie

Coeur de pirate

Les journalistes réunis au Métropolis en septembre dernier s'en frottaient les yeux tellement, il y a encore quelques années, ce qui se déroulait devant eux aurait appartenu au merveilleux monde de l'impossible. Sous les projecteurs de la salle montréalaise, une certaine madame Pirate (prénom : Coeur de) esquissait, avec un incontestable aplomb, rapporte-t-on, ce qu'il fallait bien appeler des pas de danse. Le clip très La La La Human Steps des chansons Oublie moi/Carry on montrait déjà en avril une gracieuse Béatrice Martin fougueusement valser avec Sam Colbey, des Grands Ballets Canadiens, dans une chorégraphie signée Nico Archambault et Wynn Holmes. Mais pourquoi faire aussi grand cas de cette nouvelle façon d'habiter la scène et l'espace? Parce que cette douce révolution s'ajoute à la liste des petites séductions pop entreprises par la chanteuse lors de la parution de Roses, troisième album qui, avec ses sept refrains en anglais (pour quatre en français), louche indéniablement dans la direction des États-Unis et de ses millions de mélomanes. À voir le 9 octobre à 20 h au Théâtre Granada.

Livre

La femme qui fuit

Suffit de lire les courts extraits de poèmes de Suzanne Meloche que reproduit sa petite-fille, Anaïs Barbeau-Lavalette, dans son roman La femme qui fuit, pour mesurer l'irréfrénable front de boeuf dont elle était dotée. Bien que l'histoire en conserve un souvenir tenant surtout de la note en bas de page, la compagne du peintre automatiste Marcel Barbeau voulait tout autant que son ami Claude Gauvreau faire sauter les garde-fous du langage, constate-t-on. Pris au piège dans un rôle de mère à la maison qu'elle n'avait pas choisi, la jeune insoumise abandonnera ses enfants, sans jamais, jusqu'à sa mort, faire montre du moindre désir de s'amender. Sa presque-disparition laissera forcément fragilités et cicatrices chez ceux que Manon Barbeau, la mère d'Anaïs, appelait en 1998 Les enfants du Refus global, dans son documentaire du même nom. En zigzaguant entre de réels faits historiques et la fictionnalisation de certains personnages majeurs de l'art au Québec, Barbeau-Lavalette raconte la vie d'une grand-mère qu'elle n'a pas connue, mais semble surtout tenter de s'expliquer comment l'appel de la liberté a pu un jour avoir le dessus sur la bonté d'une femme.

Disque

Don Henley

Don Henley en connaît un bail sur la perte des idéaux. En tant que batteur, chanteur et créateur de certains de plus ubiquitaires refrains de son groupe, The Eagles, le « boy of summer » en chef aura été dans les années 70 l'implacable chroniqueur d'une génération (les baby-boomers) et d'une partie du monde (la Californie) sur lesquelles la nuit de la désillusion se couchait peu à peu. Qu'il consacre son premier album solo en quinze ans, Cass County, au genre par excellence de la désillusion, le country, ne pourrait donc davantage tomber sous le sens. Bien que la ribambelle plutôt superfétatoire d'invités (Mick Jagger, Merle Haggard, Miranda Lambert) trahisse parfois le caprice de millionnaire qu'est vraisemblablement cet hommage à la musique qu'écoutait jeunot Henley dans son Texas natal, la débonnaire grâce du vétéran justifie amplement que l'on s'accoude avec lui pour observer travailler cette serveuse de 23 ans déjà au bout du rouleau. «She's waiting tables/She's learned a lot about people / More than she ever wanted to know», se désole le sexa, d'une voix désormais plus tendre qu'acerbe.

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