Prenez goût à nos conseils: la modération a bien meilleur goût

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Noémie Verhoef

ANALYSE


Le désir naît du manque. Platon et une myriade d'autres après lui l'ont dit, et quand même bien que personne ne l'aurait dit, ça resterait d'une évidence flagrante. Mais ce ne sont pas que les philosophes, les psychologues et les sociologues qui ont constaté et compris le fonctionnement de la machine désirante qu'est l'être humain. Les publicitaires aussi.

Loin de moi l'idée de partir en croisade contre les méchants stratèges marketing et d'écrire un long harangue contre l'immoralité fondamentale de certaines de leurs pratiques puisque leur plus grande préoccupation est de sans cesse créer cette sensation de manque en fonction du produit ou du service qu'ils ont à vendre. Le privé, c'est le privé. Au moins, la plupart du temps, les PDG ne font pas mine de sauver la veuve et l'orphelin entre deux collectes de fonds au profit d'une oeuvre de charité.

Par contre, avec les profits de la SAQ chiffrant dans les centaines de millions chaque année, le gouvernement du Québec fait preuve, sinon d'hypocrisie, au moins d'incohérence. D'une part, il finance des publicités à coup de milliers de dollars à chaque fois pour nous convaincre que toutes les occasions sont bonnes pour « fêter » et, d'autre part, met sur pieds des initiatives telles qu'Éduc'alcool pour sensibiliser sa population aux méfaits de l'abus de substances alcoolisées. Eh oui, je sais, le mot-clé ici étant « abus ».

Mais le désir a une dynamique pernicieuse. Plus on satisfait ses caprices rapidement et souvent, plus il s'emballe et plus il est difficile d'éviter les abus. Et dans le cas de l'alcool, on a affaire à une drogue non seulement légale, mais socialement bien vue. La consommation d'alcool est devenue si banale que le commun des mortels peut même se bidonner chaque semaine en regardant de ses stars préférées s'envoyer des shooters en arrière de la cravate jusqu'à ce que le simple fait de cuisiner devienne un exploit.

Si Éric Salvail et compagnie peuvent avoir l'air complètement arrachés en pleine télé, alors quoi de plus normal que de perdre la carte dans un party de famille? Et à contrario, ceux qui s'abstiennent de l'alcool se font traiter de casseux de party et on les harcèle presque pour qu'ils soient « des nôtres [parce qu'ils ont bu] leur bière comme les autres! »

On n'a qu'à penser à tous les dictons qu'on entend partout pour constater à quel point la normalité est dans la consommation et non dans l'abstinence, et ce même si « la modération a bien meilleur goût. » Et tant qu'à, remarquons le simple fait qu'on dit d'une personne qui ne boit pas qu'elle s'abstient, alors que l'utilisation même de ce terme suppose l'existence d'un désir de boire!

Si au moins l'incohérence gouvernementale était lucrative, on pourrait réinvestir l'argent amassé par la SAQ dans la société. Malheureusement, selon un article publié le 17 avril 2015 dans les pages du Devoir, les profits de la société d'État ne couvrent même pas les frais de santé attribuables à l'alcool chaque année. Et on ne mentionne pas ici tous les frais de publicité et les campagnes de sensibilisation.

Dans une société où on attend de l'adulte normalement constitué qu'il « sache fêter » comme les autres, il faut faire chapeau bas à tous ceux qui ont su faire le choix éclairé de devenir sobres, car à chaque fois qu'ils refusent un verre, ils choisissent la santé, envers et contre tous.

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