Je salue ceux qui cherchent

Quand je cherche quelque chose, j'aime ça le trouver rapidement; idéalement... (Archives, La Presse)

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Josée Beaudoin

Quand je cherche quelque chose, j'aime ça le trouver rapidement; idéalement dans la minute, au pire dans l'heure. Je suis donc fascinée par ceux et celles pour qui chercher est une job à temps plein et le travail d'une vie.

Je suis née avec une faute d'orthographe dans mon ADN. Rien pour me faire mourir, mais assez pour me crochir la courbe de croissance et m'arquer les tibias. Fort heureusement pour moi, au début des années 70, un jeune médecin belge a eu la belle idée de venir s'établir à Montréal pour compléter son doctorat précisément sur le gène responsable de mon défaut de fabrication.

Quand je l'ai rencontré, il commençait à chercher. J'avais 5 ans, je comptais parmi ses premières patientes et il me mesurait directement dans le cadre de porte de son bureau en inscrivant la date au stylo. J'étais de loin celle qui répondait le mieux aux traitements qu'il développait. Rapidement, je suis devenue la star de ses conférences et de ses articles scientifiques. En terme d'efficacité de réponse, aucune souris blanche ne m'arrivait à la cheville.

Une fois ma croissance terminée, on s'est remercié, on s'est souhaité bonne chance et on s'est dit au revoir. Je dois beaucoup à ce docteur chercheur, à commencer par un bon 3 pouces de jambes.

Statistiquement, j'avais un risque sur deux de transmettre le gène problématique à mes enfants. Comme je respecte beaucoup trop mon docteur pour invalider ses résultats de recherche, j'ai eu deux filles : une qui a le bogue et l'autre qui l'a pas.

Faut pas toujours croire les docteurs génériques quand ils nous disent que notre docteur d'origine a pris sa retraite. À preuve, moins de dix jours après avoir téléphoné pour demander si ce serait possible d'obtenir une consultation pour ma trop-petite dernière, je renouais avec mon docteur qui n'a jamais cessé de soigner et de chercher. Pour éviter d'être déçue, je m'étais convaincue qu'après tant d'années, il n'aurait probablement aucun souvenir de moi. Mais les grands chercheurs n'oublient jamais les petites filles qui ont grandi dans le cadre de porte de leur bureau...

Non seulement il a accepté de prendre ma fille sous ses bons soins, mais il a aussi rouvert mon dossier. Il me propose de participer à un essai clinique qui éprouvera un nouveau traitement à compter de janvier. Au lieu d'essayer de mettre du liquid paper sur la faute d'orthographe, il semble qu'on pourrait peut-être réussir à l'effacer. Et la belle conclusion, c'est mon docteur qui me dit avec autant de fierté que d'humilité : « Je ne pensais pas voir ça de mon vivant... »

Puisque la saison des voeux est ouverte, je souhaite que chaque problème de santé ait son chercheur attitré. Parce que parfois, ceux qui cherchent trouvent. Et parce que, en attendant, l'espoir est un sacré remède.

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