Ramène-moi un souvenir...

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Josée Beaudoin

Quand j'étais petite, un souvenir, c'était pas une image floue de quelque chose que j'avais vécu à un moment donné. Quand j'étais petite, un souvenir, c'était un cossin tangible avec un nom de ville d'écrit dessus, le plus souvent rapporté par mes cousines qui, elles, voyageaient. Bref, faute d'avoir dans ma tête d'enfant des souvenirs de plein de pays éloignés que j'avais visités, j'avais dans ma tête de lit des souvenirs de plein de places que j'aurais même pas pu situer sur une mappe.

Je croyais la pratique du souvenir rapporté révolue... jusqu'au printemps dernier. Par un jour de mai sans histoire, dans un courriel, mon ami Fred qui était de passage en Gaspésie m'a demandé, comme ça, si je voulais qu'il me ramène un petit quelque chose de là. Probablement guidée par une nostalgie enfouie de souvenirs de tête de lit, je lui ai demandé de me ramener un stylo de Percé. Ce qu'il a fait.

Depuis, il me ramène des stylos de la plupart des lieux où le travail et le plaisir le mènent. Parfois c'est Nantes. Parfois c'est St-Hyacinthe. Et peu importe la provenance du crayon, il faut voir avec quelle énergie j'insiste pour le récupérer lorsqu'un collègue me l'emprunte quelques instants, parce qu'il s'inscrit désormais comme l'une des pièces maîtresses de ma nouvelle collection.

Amusée par le jeu initié par Fred, mon amie Tanya, de passage à Las Vegas, m'a rapporté un stylo muni d'un piton sur lequel on appuie pour faire tourner les symboles d'une machine à sous. On gagne rien pantoute lorsqu'on obtient les trois cerises identiques, mais on est exagérément heureux quand même.

Très impressionnée par le stylo slot machine de l'amie Tanya, ma fille de 8 ans a suggéré qu'on envoie une photo du cadeau trop cool à l'ami Fred.

Portée par un orgueil très bien placé, la réplique est arrivée de Paris dix jours plus tard, sous les traits d'un stylo aimanté qui s'est amouraché du frigidaire, qui fait neiger des flocons de paillettes et qui brille de mille feux quand on lui pèse sur la mine, comme pour rappeler son appartenance première à la Ville lumière.

À la vue de cette petite merveille du kitsch moderne, ma fille a dit : « Je ne pense pas que Fred se serait forcé autant si on ne lui avait pas montré le stylo de Tanya. »

Puis, après une pause durant laquelle j'ai vu naître dans son bel oeil vert l'espoir de la surenchère, elle a ajouté : « Pourquoi on n'envoie pas une photo du stylo de Paris à Tanya? »

Ceci n'est pas l'histoire de deux amis qui ont la délicatesse de me ramener des souvenirs. Ceci est l'histoire de deux amis qui ont ce don de toujours me ramener le sourire.

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