Ton brillant

Susan Léger... (Courtoisie Annick Sauvé)

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Susan Léger

Courtoisie Annick Sauvé

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Hani Ferland

Je ne te connaissais pas dans la vraie vie. De toi, je savais principalement que tu étais une encyclopédie et que tu aimais David Bowie. Je te savais aussi combattante contre un ennemi qui avait pris possession de ton corps.

Notre relation virtuelle se limitait à un échange de likes. Toi qui like mes niaiseries; moi qui like avec soulagement les journées où tu vas bien.

Les réseaux sociaux ont réussi à faire en sorte que l'on s'attache à des inconnus comme on s'attacherait au protagoniste d'un roman. Parce qu'on suit l'histoire. Jour après jour.

Quand le héros meurt, ça bouleverse.

Sur tes photos, ce regard espiègle et intelligent. Et ce toujours presque-sourire, même quand tu souriais pas.

C'est ce que j'ai remarqué d'abord chez toi. Ton brillant. Ton brillant de regard et ton brillant d'aura.

Une amie commune m'a déjà dit : « J'ai hâte que tu la rencontres pour vrai, vous avez le même humour douteux. » L'amie en question c'est Sonia Bolduc, alors tu comprendras que ses vrais mots furent plutôt : « Vous avez le même humour de marde », mais je vais me censurer pour n'offusquer personne.

Ça me plaisait bien comme idée, qu'on soit dotées toutes les deux d'humour. Parce que l'humour, c'est ce qui me lie aux gens que j'aime. J'avais hâte de te jaser. De fille de radio à fille de radio.

J'admirais énormément ton positivisme. C'eut été moi qui aurais été atteinte du même mal qu'il n'y aurait pas eu une journée où je n'aurais pas chialé sur mon sort.

Pas une.

Une toute petite fois, tu as osé dire que tu trouvais ça difficile.

Tu as admis t'être effondrée en larmes dans une cabine au Winners. Mais tu t'es tout de suite sentie mal de le dire. Ça en fut trop. J'ai osé aller plus loin que le like et je t'ai parlé :

« Belle Su. Les cabines sont parfaites pour pleurer au Winners. Elles s'enlignent interminablement sur des km. Chaque fois que j'essaie un truc chez Winners, je me dis que je vais prendre la cabine la plus au fond. Pour rire. Je me dis qu'on pourrait m'oublier là pis que je serais ben. Que si j'étais une junkie comme Christiane F., c'est probablement là que j'irais user mes seringues. Mais elle est tellement loin la dernière cabine que je me tanne de marcher avant de m'y rendre. Fait que je prends une cabine random et mon imagination s'éteint pragmatiquement. Je m'égare un peu là, mais ce que je veux dire, c'est que même si je ne te connais pas, je te trouve extrêmement courageuse et lumineuse. Tu es très inspirante, j'espère que tu le réalises. C'est bien de sourire Su, mais sache que c'est aussi ben correct que tu pleures, parfois, dans une cabine au Winners. »

Tu m'as remerciée chaleureusement. En réitérant des excuses. Comme quoi tu ne voulais pas donner l'impression de te plaindre.

Pourtant, tu avais tellement le droit de le faire.Et puis ce matin-là, tu es partie.

Une immense vague d'amour a déferlé pour toi dans mon fil d'actualité. Je me suis rendu compte à quel point ton brillant avait shiné fort dans le coeur des gens.

De beaucoup de gens.

L'annonce de ton départ prématuré m'a hantée toute la journée. Elle me hantait encore quand je me suis arrêtée pour mettre de l'essence dans ma voiture.

Rock and roll suicide de Bowie jouait dans mon habitacle.

À l'extérieur brillait un magnifique arc-en-ciel.

J'ai pris ça comme un message. Un genre de : « Heille? Pour vrai, la vie est belle. Enjoy-la. Dans toute la palette de couleurs qu'elle a à offrir. Mais note qu'elle est courte aussi, la vie. Dépêche de vivre, fille. »

« C'est beau han? » que m'a dit mon voisin de pompe en regardant l'arche colorée qui fendait le ciel.

C'est beau en esti que j'ai répondu, les yeux un peu mouillés.

Repose en paix Susan.

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