Plaidoyer pour le je sais pas

Juste au cas, lui, c'est Ismaïl Kadaré....

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Juste au cas, lui, c'est Ismaïl Kadaré.

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Josée Beaudoin

« Les nuages nagent comme des enveloppes géantes, comme des lettres que s'enverraient les saisons. » Vous avez sûrement reconnu cette citation de Ismaïl Kadaré, tirée de son célèbre recueil Poème d'automne. Vous avez lu Poème d'automne, au moins? Quoi?! Vous n'avez pas encore lu Poème d'automne de Ismaïl Kadaré?

Allez. Osez dire haut et fort que vous n'avez aucune idée de quoi on parle ici.

Je revendique le droit de ne pas avoir tout lu, tout vu, tout fait. Je réclame l'insigne liberté de pouvoir répondre, sans rougir et sans m'excuser, que quelque chose ne me dit rien pantoute. J'implore le droit de ne pas connaître tous les écrivains albanais postmodernistes, fussent-ils aussi prophètes en leur Albanie que Ismaïl Kadaré.

Selon des conventions imprimées quelque part sur un tissu social, il y a un paquet d'affaires qu'on est supposé de savoir dans la vie, un tas de connaissances frappées du sceau du « ben voyons donc, tout le monde sait ça, et honte à toi si tu le sais pas ». Mais ça arrive qu'on sache pas. Ça arrive souvent même. On scrute alors le non verbal du voisin pour essayer de voir si on est le seul ignare de la gang et on se ferme le clapet pour éviter de confirmer qu'on l'est. Mais le plus souvent, on fait semblant de savoir et on continue de péter plus haut que le trou qui ajoure notre si vaste culture.

Lors d'un récent souper avec des amis, j'ai parlé de mon plaidoyer visant le droit de ne pas tout savoir. Ça a fait boule de neige au cours de la soirée. Pour chaque sujet abordé, il se trouvait quelqu'un du groupe pour avouer fièrement son ignorance. Un acte d'humilité attendait pas l'autre! Le pont de la rivière Kwaï? C'est quoi ça? Jamais entendu parlé de ce film-là! Michèle Plomer? C'est qui, elle? Un pad thaï, qu'est-ce que ça mange en hiver? Au jeu improvisé du bonnet d'âne musical, tout le monde a gagné, surtout l'ambiance. Et c'est fou le nombre de « moi non plus » que peut entraîner un premier « je sais pas ».

Je suis revenue de ce souper en me disant : je sais peut-être pas jaser de la robe de mon vin, mais je sais que j'ai de bons amis avec qui le boire. Et dans ma tête de liste, il y aurait une seule affaire à savoir absolument, celle de savoir dire qu'on ne sait pas. Je sais, je sonne comme une finale de vieille toune de Jean Gabin, mais ça au moins, je le sais.

Si jamais quelqu'un a lu Poème d'automne de Ismaïl Kadaré, je serais quand même un peu curieuse de savoir si c'est bon. Merci de me laisser savoir.

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