L'hypersensible

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Hani Ferland

Je suis un être rempli à ras bord de sensibilité. Un frêle agnelet. Un bichon à la pupille humide. UN FAON DANS UNE CLAIRIÈRE.

Je sais, ça ne paraît pas au premier coup d'oeil. J'ai l'air d'avoir une couenne faite d'un cuir épais. Un cuir à franges avec probablement un crest de tigre cousu dans le dos. Un tigre au regard déterminé. Un tigre qui magasinerait un bike sur Kijiji.

Mais tout ceci n'est que leurre.Pour être franche, ma couenne est assez mince. Une suédine. Une cuirette tout au plus. Tout me touche. Tout m'affecte. TERRIBLEMENT. Je suis ce qu'on appelle une hypersensible.

C'est un terme qui n'est utilisé que depuis 1996, si j'ai bien compris. Avant on disait juste « p'tite nature » pour définir les hypersensibles. Je ne sais pas si c'est une tare ou une bénédiction d'être aux prises avec ce... cette chose. Ce dont je suis certaine, c'est qu'il y a une réelle complexité à dealer avec la vie quand on est atteint de ça. Bref survol du quotidien de l'être au coeur coulant.

L'analyse

L'hypersensible analyse constamment. Exemple empreint de banalité : si son interlocuteur virtuel omet de mettre un ti-bonhomme sourire au bout de sa phrase ironiquement douce-amère, sois certain que l'hypersensible passera en mode questionnement. En moins de deux, il sera en train de respirer dans un sac en se demandant quel est le sens profond de la phrase. Juste après l'avoir relue 18 fois en se popant des calmants.

L'empathie

L'hypersensible en possède un truck. Si la chose était possible, l'hypersensible ouvrirait un magasin d'empathie. UN COSTCO d'empathie. Se mettre à la place de; souffrir avec : l'hypersensible en fait son trade mark.

Le jugement, celui des autres

« Tu devrais être moins sensible... » « Prends pas ça à coeur de même, tu te tortures pour rien... » Voici deux phrases que l'hypersensible se fait incessamment garnoter. Ce sont des phrases creuses sans aucun cristie de sens pour lui. Voyez-vous, l'hypersensible ne fait pas exprès d'être aux prises avec du jello plein son estomac. Il ne fait pas cela dans un profond désir hipsterien ou parce que sa journée manque de challenge. SA SENSIBILITÉ SE CONTRÔLE FUCKALL. Lui dire de telles choses, c'est l'équivalent de dire à un dépressif : « Tu t'aides pas ben ben j'trouve... » les yeux remplis de jugement.

Le don de soi

La gentillesse de l'hypersensible s'étale à l'infini. Comprenez qu'il veut le bonheur de tout le monde et qu'il souhaite plaire à tout prix. La moindre critique le démolirait alors il se perfectionne à l'éviter. Il dit oui à tout de peur de se faire rejeter et il couvre les gens qu'il aime d'une constante protection maternelle. Comme sa dévotion est sans fin, il arrive qu'il y ait parfois place à quelques abus de la part d'autrui peu scrupuleux. C'est pas fin-fin ça.

L'intuition à high

L'hypersensible le sait quand tu vas pas bien. Même si tu lui as rien dit. C'est écrit dans tes yeux. Tu bouges pas comme d'habitude. Ton pitch de voix est pas sur la bonne tonalité. Nie pas : l'hypersensible est doté d'un radar à humeur. Mais sache que l'hypersensible a une oreille du feu de Dieu, alors faut pas te gêner pour laisser couler les mots libérateurs dans son conduit auditif (je ne suis pas certaine de l'image à laquelle renvoie cette phrase).

///

Il peut être lourd d'être hypersensible. Et pour la personne, et pour son entourage.

Mais je vais terminer avec une citation du psychanalyste français Saverio Tomasella. Parce que ça fait swell pis que j'ai l'air érudit.

« Devenir humain est une conquête quotidienne et celle-ci passe par la fierté d'être sensible. »

Fait qu'à l'hypersensible qui me lit : sois fier de ta p'tite nature. Y a un psychanalyste qui t'en donne le droit.

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