Une autre chronique sur les migrants

Y a des semaines comme ça. Ta rédactrice en chef oublie de te dire que c'est... (IMACOM, FRÉDÉRIC CÔTÉ)

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IMACOM, FRÉDÉRIC CÔTÉ

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Y a des semaines comme ça. Ta rédactrice en chef oublie de te dire que c'est toi qui chroniques. Quelques heures avant le deadline, tu te dépêches à ouvrir ton ordi et tu penses à ce que tu devrais écrire.

T'es dernière minute, mais ça fait des semaines que LE sujet te trotte dans tête. Tu te dis que des journalistes et des chroniqueurs bien moins juniors que toi ont fait le tour, que les gens commencent à être tannés de lire là-dessus.

En bobettes sur le coin de ta table ronde, entre deux gorgées de café, t'essaies de trouver quelque chose d'autre à parler que DU sujet.

« Je pourrais peut-être chialer sur les élections? Ah non, j'ai écrit là-dessus la semaine passée. Tiens, v'là le chat! Allô le chat! Eh qui est cute, il mériterait ben une chronique. J'me demande si les Canadiens ont une chance de gagner la coupe cette année. »

Y a des semaines où UN sujet comme celui-là finit par passer. Et y en a d'autres où le reste te semble futile, au point où tu sens une espèce de responsabilité d'en parler.

La photo

Ç'a pris la photo d'un p'tit gars la tête dans le sable pour qu'on commence à se réveiller.

Comme si notre switch de compassion s'est mise à on juste à partir de la photo. Comme si les images de centaines de personnes (dont des enfants) qui marchent depuis des jours en quête des besoins de base, c'était pas suffisant pour qu'on commence à trouver que ç'a pas d'allure. Comme si, avant la photo, y avait aucun enfant qui mourrait dans cette crise-là.

Qui d'autre a la tête dans le sable, tu penses?

Depuis quelques semaines, on s'en donne à coeur joie sur Facebook. On partage des articles, des caricatures et des reportages en lien avec la photo. Qu'est-ce qu'on ferait pas pour une poignée de « J'aime »?

C'tu juste moi, ou bien la situation dans les pays d'où partent les migrants dure depuis des années? Me semble que ça date pas d'hier qu'on voit des paysages post-apocalyptiques de villes entières qui ont été rasées par des explosions. Pis pourquoi est-ce qu'on réagit aussi fortement juste maintenant?

Parce qu'on n'a juste plus le choix... mais pour combien de temps?

Le plus triste là-dedans, c'est qu'on va passer à autre chose. Et rapidement à part de ça. C'est toujours la même affaire. La saison des Canadiens recommence. Les séries télévisées aussi. De temps en temps, un média va faire popper la photo. Et on ne détournera plus le regard. Ce sera qu'une autre de ces photos d'archives.

« Ah ouin le smatt? Avec ta p'tite chronique, le sais-tu, toi, qu'est-ce qu'on peut faire?! »

Non, pas vraiment. Moi non plus, je ne suis pas prêt à accueillir une famille dans mon sous-sol. J'ai même pas encore fait le traditionnel don qui sert à se déculpabiliser.

Mais si t'insistes, y en a des organismes à Sherbrooke qui offrent des services exceptionnels pour les personnes réfugiées. Et depuis longtemps à part ça, pas juste depuis la photo. Vite de même, je pense au Service d'aide aux Néo-Canadiens, au Soutien aux familles réfugiées et immigrantes de l'Estrie, au Centre pour femmes immigrantes de Sherbrooke et à une couple d'autres. En t'abonnant à RDS ou en achetant tes billets de saison pour les Canadiens, pense donc à eux.

Pis écris donc à tes politiciens fédéraux. C'est le temps : ils sont en campagne électorale. Tu pourrais leur dire que tu veux encore plus de réfugiés dans ta circonscription...

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