Carpe diem quand même

Kevin Bacon dans la version de 1984 de... (Image tirée d'Internet)

Agrandir

Kevin Bacon dans la version de 1984 de Footloose.

Image tirée d'Internet

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Josée Beaudoin

Pour une meilleure compréhension de cette chronique, avoir déjà vu Footloose constitue un atout.

N'en déplaise aux fiers militants du Carpe diem, il y a du passé qui se fond et du futur qui se trame dans chaque moment présent. Avoir toute la tête à la même place que le corps, dans un même lieu, au même moment, ça relève de la contorsion. Heureusement, on redouble d'inventivité pour tenter de croquer l'instant. À preuve, qu'est-ce qu'un selfie sinon un moment présent pour emporter, à savourer plus tard, entre amis?

Dans la vie, il y a un temps pour pleurer et un temps pour rire. Il y a un temps pour mourir et un temps pour danser. Ils l'ont dit dans Footloose, ça fait que ça doit être vrai. À moins que ce soit dans la Bible? Je confonds tout le temps. Bref, il y a un moment pour chaque chose.

Il existe deux grandes catégories de moments : les marquants et les flous. (Cette catégorisation deviendra officielle dès que j'aurai compris comment les quidams font pour ajouter des articles sur Wikipédia.) Les moments dits marquants sont comme les chèques, les fêtes et les yogourts; ils viennent avec une date précise. Les moments dits flous sont plus difficiles à caser dans le calendrier. Ils sont sans domicile fixe. Ils flottent sans ancre.

À quel moment est-ce que mon collègue est devenu mon ami? Dur à dire. On voit bien que c'est arrivé, mais on ne sait pas ni où, ni quand.

À quel moment est-ce que je suis passée de la fille qui se fait carter à la petite madame qu'on vouvoie? Encore là, pas de date à déclarer, mais une couple d'indices au coin des yeux.

À quel moment est-ce que j'ai commencé à appréhender Noël plutôt qu'à l'espérer? À quel moment est-ce que j'ai troqué ma peur du noir pour celle des blancs de mémoire? À quel moment est-ce que j'ai arrêté de me demander ce que je ferais quand je serais grande? À quel moment est-ce qu'on arrête de vouloir être grand? À quel moment est-ce que vivre le moment présent est devenu une job à temps plein plutôt qu'une évidence?

Parce qu'ils ont besoin d'une très longue exposition à la lumière des jours, les moments flous ne se photographient pas. Ils s'impriment sur un fil sans presse, à la vitesse du temps, au gré des liens qui se tricotent, des traits qui se dessinent, des désirs qui s'expriment ou s'estompent. Et les boucles se bouclent, avec du passé qui se fond et du futur qui se trame dans chaque moment présent.

Ah pis... Carpe diem quand même.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer