Le prix de la légalité

C'est le genre de nouvelle devenue endémique au Québec, il me semble. Du moment... (IMACOM, RENÉ MARQUIS)

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IMACOM, RENÉ MARQUIS

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C'est le genre de nouvelle devenue endémique au Québec, il me semble. Du moment que des initiatives se mettent en place au bénéfice des consommateurs, le premier réflexe qui vient aux autorités pour les « légaliser » consiste à imposer une taxe qui n'a d'autres fonctions que de faire plaisir aux commerçants déjà en place et garnir davantage les coffres de l'État.

La dernière en lice sera le site de partage de logements Airbnb, qui fera l'objet d'un projet de loi présenté au cours des prochaines semaines par la ministre du Tourisme Dominique Vien afin de contrer l'hébergement illégal.

Bien qu'on mentionne dans l'entourage de la ministre que « l'encadrement » sera « quelque chose d'unique au monde », comme l'a rapporté Le Soleil en août, on me permettra de remettre en doute la créativité et l'imagination du groupe lorsque tout ce qui fuit du caucus est essentiellement lié à la perception d'un nouveau revenu par l'ajout de la TPS, de la TVQ et des taxes d'hébergement.

Rappelons que le gouvernement provincial avait indiqué au printemps qu'il souhaitait obliger les gens qui louent une chambre ou un appartement par le biais d'Airbnb ou de toute autre plateforme à payer des taxes et à être soumis aux mêmes règlements que ceux qui s'appliquent à l'industrie hôtelière.

La ministre Dominique Vien a aussi déclaré au mois d'avril qu'il était important que les gens « qui sont dans une logique commerciale au niveau de l'hébergement puissent contribuer de la même façon que le font les hôteliers à l'ensemble des lois et règlements du Québec ».

On se bombe maintenant le torse à l'idée que le Québec sera la première province canadienne à taxer Airbnb. Or, devant ce sentiment d'avant-garde, je ne peux m'empêcher de songer que les penseurs sont en retard sur le principal enjeu que représentent réellement Airbnb et les autres plateformes pair-à-pair de tout acabit : soit une transformation en profondeur de notre économie.

On peut le voir avec la guerre que livrent les chauffeurs de taxi envers UberX, qui permet aux gens de transporter des passagers avec leur voiture personnelle par l'entremise d'une commande faite avec son cellulaire. On le verra sans doute bientôt avec le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) envers Cooked4U, une plateforme qui, elle, souhaite offrir la possibilité à ses utilisateurs dépourvus de permis de vendre les portions de repas faits-maison qu'ils ont en trop.

Notre cher gouvernement se

défend en mentionnant imposer

des taxes « pas pour taxer plus le citoyen », mais pour être « équitable ».

La réflexion doit cependant aller beaucoup plus loin. Les entreprises comme UberX, Airbnb et les autres mettent le feu à tous les intermédiaires qui interfèrent entre deux personnes lors d'un échange de service, et ça ne fait que commencer.

C'est la quasi-absence de struc-tures et la communauté d'usagers qui font le succès de ces plateformes. Que veulent dire quatre ou cinq étoiles sur un hôtel lorsque je peux lire les commentaires de centaines de personnes qui sont passées dans un lieu avant moi et qui recommandent l'endroit? Pour m'y rendre après une soirée bien arrosée, pourquoi je me priverais de faire appel aux services d'un conducteur moins dispendieux dont la fiabilité et la qualité ont été éprouvées de la même façon... parce qu'il n'a pas payé 200 000$ pour obtenir le droit de le faire?

Bon nombre de normes deviennent de plus en plus caduques pour quiconque est en mesure de vivre avec un degré de risque légèrement au-dessus de zéro.

Plutôt que d'ajouter des paliers aux réglementations, il serait peut-être grand temps que le gouvernement songe à se délester des siennes.

Lorsqu'on a fait un brainstorming pour légaliser Airbnb, a-t-on même émis l'idée que ce n'est pas seulement aux plateformes de partage de s'ajuster aux lois et règlements propres à chaque pays et province, mais plutôt ces derniers à s'ajuster aux lois du marché?

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