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Hani Ferland

«Hani!» On crie mon nom. Je réponds pas. Pas tout de suite.

J'ai les yeux dans la nostalgie. En train de trier quelconques brimborions fossilisés dans l'antre de ma chambre d'adolescente restée intacte malgré le passage des années.

Les affiches de Hole, de Nirvana, des Ramones et de L7 sont toujours en place. Tout comme ces nuées de petits souvenirs scotchées partout sur les murs, parmi lesquels une empreinte de main d'Alexandre Sacha-Simoneau; un bracelet d'hôpital de Pascal Vachon; une carte postale de Jean-Nic-mon-correspondant-de-la-Malbaie; un bout de baguette de drum cassée par Yann; des clichés de photomaton avec Marie Bou, avec Isabelle, avec Anny; une photo de Gus en train de faire un remake d'un poster de Pink Floyd; les paroles d'une chanson grivoise composée avec Simon dans un appartement qui sentait le pipi de chat.

Des artéfacts des 90's.

Le plancher de béton couvert de graffitis se laisse empiéter par un lot de magazines Circus, Spin, Rolling Stone et Filles d'aujourd'hui qui prennent la poussière à côté d'une couple de livres de la Courte Échelle, d'un exemplaire écorné de Jamais sans ma fille, d'une bio des Beatles et d'une édition toute jaunie de L'écume des jours.

« HANI! »

Y a un lot de cassettes oubliées à côté de mon vieux système de son York. Soul Asylum, Helloween, Exploited. Des enregistrements de jams avec mes bands qui sonnent la canne. De quoi qui fait venir les yeux plein d'eau parce que tu trouves ça beau, au final, toute c'te fougue-là que t'avais, même si ça sonne pas yable. Pis tu te demandes un peu par la bande où est-ce que tu l'as perdue dans ton histoire.

***

Le 15 août dernier, mes parents divorcés depuis 20 ans se sont redit oui je le veux. Quelque chose de beau, d'émouvant.

D'ailleurs, je ne suis pas certaine que j'en sois revenue.

Mais il fallait bien en revenir. Parce que je devais vider ma chambre chez mon père qui venait de vendre sa maison pour réaménager chez ma mère.

En élaguant mon passé, je me suis rendue compte à quel point j'étais une estifi de ramasseuse compulsive. J'aurais pu tout jeter, simplement. Sans regarder. Au lieu, je me suis mise à trier. Mes écrits de jeune fille en colère, mes échanges épistolaires pliés en origami, mes bracelets de l'amitié déteints, mes vieux agendas pleins de dessins faits au marqueur.

Le fait est que je suis arrivée avec un sapré bazar chez nous. Et que mon namoureux a arqué du sourcil en me voyant vider ma valise de char.

« Shit, chérie, tu me niaises? »

Non, j'te niaise pas. J'peux pas jeter mon passé. J'veux l'amener dans mon présent. Pour pas l'oublier. J'en ai pas besoin. Mais j'en ai besoin en même temps. Comprends-tu?

Il comprend pas mais il accepte. C'est pas mon namoureux pour rien.

***

«HANIIIII»

J'ai fini par répondre. « KESSÉ QU'Y A?! »

« VIENS ICI! » que ça a répondu.

J'ai monté l'escalier. Celui que j'avais monté et descendu des milliers de fois dans ma vie. Que j'emprunterais pour quelques dernières fois encore avant de quitter définitivement la place.

En haut, mes parents avec mon frère et sa douce m'attendaient en riant, avec leurs faces de tannants heureux.

« On a trouvé un fond de 40 onces de rhum! Aussi ben le finir maintenant hein? »

Je les ai regardés en me disant que je les aimais ben que trop eux autres. Qu'y allaient juste me faire péter le coeur.

Solennellement, on a tous pris une bonne rasade du liquide ambré, à même le goulot.

Un dernier cheers en famille pour clore une épopée qui nous aura fait grandir.

Mais un premier pour saluer un nouveau chapitre de notre histoire.

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