Le défilé

Entre les édifices du centre-ville de Montréal, il doit faire 30 degrés à... (La Nouvelle, Pierre McCann)

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La Nouvelle, Pierre McCann

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Entre les édifices du centre-ville de Montréal, il doit faire 30 degrés à l'ombre. Les confettis et les brillants dorés collent à la peau. Y a la chanson Elle me dit de Mika qui joue à tue-tête. Je me surprends à danser, même si je danse aussi bien qu'une planche de 2 par 4.

C'est la première fois que je participe aux festivités la Fierté. Cette année, ça adonne que je marche dans le défilé. Celui qui a eu lieu dimanche dernier. Pour être honnête, avant, j'y voyais pas vraiment l'utilité ni la pertinence.

Y a des dizaines de milliers de personnes. Chacun a sa raison d'être là. Montrer qu'on peut vivre ouvertement son orientation sexuelle. Pitcher en pleine face à des gens qui nous ont jugé ou rejeté (eh oui, y en a encore beaucoup) qu'on s'en fout. Avoir une pensée pour des militantes et des militants qui se battent pour la cause ou pour des gens qui sont victimes de violence et de discrimination à travers le monde. Ou juste pour avoir du fun.

Oui, y a quelques plumes. Oui, y a des gars en chest et des travestis avec des perruques en costumes multicolores. T'sais là, ceux qu'on voit à la télé année après année et qui suscitent tellement de réactions négatives...

En les voyant, j'ai pas envie de chialer. Je me dis qu'ils ont ben le droit d'être là. Le seul « reproche » qu'on peut leur faire, c'est de ne pas correspondre à des conventions fixées arbitrairement par la société.

J'ai plutôt le sentiment de leur devoir beaucoup. Parce que des personnes militantes qualifiées d'extravagantes sont sorties dans la rue en brandissant leurs drapeaux, leurs différences et parfois leurs talons hauts. C'est grâce à ces personnes-là que je ne suis pas considéré comme un malade mental ou un criminel, que j'ai le droit de me marier, d'adopter des enfants, d'acheter une maison avec mon chum. Et que la société est plus ouverte à bien des niveaux.

Y a aussi les chefs de (presque) tous les partis politiques qui marchent avec nous. Des enfants, des parents, des intervenants, plein d'hétéros, des alliés, des touristes, des cyclistes et des passants aussi. Tout le monde sourit. Tout le monde est beau. Mais on ne voit pas ça à la télé.

À 14 h 45, la toune de Mika finit et les dizaines de milliers de personnes présentes arrêtent de faire du bruit. Comme chaque année, il y a une minute de silence à la mémoire des personnes victimes d'homophobie et du VIH/Sida. Être au beau milieu de ce silence-là, c'est impressionnant. J'ai le motton.

Je viens de réaliser que je vis ouvertement mon homosexualité depuis 10 ans cette année. Pendant cette minute de silence, je revois le jeune adulte de l'époque. Mal dans sa peau. Il a des idées noires. Il fait son coming out en ayant peur de juste prononcer le mot « gai ». Je le revois presque s'excuser d'être qui il est.

Ce dimanche-là, je le vois marcher 10 ans plus tard avec deux arcs-en-ciel peinturés dans la face et sa pancarte. Peut-être bien qu'un ou une jeune en questionnement le voit marcher et que ça lui donne espoir.

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