Complainte d'un trentenaire

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Dans quelques jours, mon mur Facebook sera rempli de messages de « Bonne fête ». J'aurai 30 ans. Ouch.

En anglais, on pourrait dire que je suis young-ish. Officiellement, je ne suis plus vraiment jeune. J'entends déjà les quarantenaires et plus crier au meurtre. Mais gardez vos tomates : il faut quand même admettre que la trentaine, c'est la fin de la jeunesse à l'état pur.

À 29 ans, j'ai de la difficulté à digérer une sauce trop tomatée et les aliments épicés. Je n'aurais jamais cru qu'une toute petite coupe de vin pouvait causer autant de réactions biologiques étranges et désagréables. L'autre jour, les deux petites bières que j'ai bues pendant le 5 à 7 du mardi m'ont empêché de dormir. Je ne peux plus boire de café après 17 h le soir pour les mêmes raisons. Si je mange une dizaine de chips, j'engraisse de 10 livres. Une livre par chip.

« Quand un homme vieillit, ses cheveux lui rentrent par la tête pour ressortir par le nez et les oreilles ». À 18 ans, je la trouvais ben drôle, cette blague-là. Aujourd'hui, pu pantoute. Conversation avec une ancienne collègue de travail :

« Pierre, t'as l'air d'un petit diable. »

« Hein, comment ça?! »

« Ton pas-de-cheveux qui part de ton front. Ça forme deux cornes sur ta tête. »

Ouch. Enfant, j'aimais (beaucoup!) taquiner mon père en raison de son pas-de-cheveux sur une région de son crâne. Je vis peut-être un retour du balancier...

Pour contrer la « vieillesse », j'essaie de me tenir en forme. Ce n'est pas naturel pour moi, mais je vais courir quelques fois par semaine. J'en retiens que les maux de dos et d'articulations ne sont pas le monopole des baby-boomers.

Dans le fond, toutes ces anecdotes sont superficielles. Vieillir, c'est bien au-delà du corps. C'est apprendre de ses erreurs. C'est cultiver les relations qui nous sont chères et n'avoir plus le luxe d'entretenir celles qui le sont moins. C'est se connaître plus que jamais et, du même coup, se découvrir des intérêts et des forces.

« Je caressais le temps comme une monture », comme le chantait si bien Aznavour. Avant, j'étais dans un genre de déni. Je me sentais immunisé. La trentaine, ça arrive aux autres, pas à moi. Pour un de ses anniversaires il y a une vingtaine d'années, j'avais acheté à ma mère une carte humoristique. Je ne me souviens plus trop de la blague, mais en gros, ça revenait à la traiter de vieillarde. C'était vraiment drôle, jusqu'à ce qu'elle se mette à pleurer (je m'excuse m'man!).

Tout ça pour dire que je faisais de beaux gros doigts d'honneur au temps.

C'est à l'aube de la trentaine que je prends réellement conscience de la valeur du temps. Quand je repense à la vingtaine, à mes années d'université, ma dizaine d'emplois, mon chat qui vient d'avoir neuf ans, mes amitiés, mes amours, mes appartements, l'achat de ma maison : ç'a passé tellement vite! Mais combien de voyages, de partys, de conversations et de rencontres est-ce que j'ai manqués?

À 29 ans et à peu près 360 jours, j'aimerais vouloir rattraper le temps que j'ai perdu. Ça, c'est malheureusement impossible. Aussi ben faire de mon mieux pour le temps qu'il me reste. Se dire ça, ça fait probablement partie de vieillir... ou d'être heureux.

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