«Le vite»

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Véronique Grenier

Y'a les vacances qui arrivent, qui approchent. L'été. Ce temps de l'année pendant lequel on dirait que tout devient plus lent, que l'habituel se déserte de ce qui le contient, que le quotidien impérative un recommencement, du nouveau, à chaque lever de soleil.

C'est aussi un peu comme ça qu'on l'anticipe, ce temps: les matins lents, des journées à remplir de rien, de plein, de peu importe. Un chaos, un désordre voulu et qui fait du bien. Parce que la vie réglée et chronométrée, on la subit tous les autres jours de l'année. Le lousse de cette brèche dans l'organisé, on a bien le droit de s'y vautrer lorsqu'il arrive, enfin. Le plaisir de penser à nos vacances, il est aussi là, dans cet espace qui nous permet de composer avec des possibles que l'on détermine en se posant ces rares questions: «kessé qui me tente don'? kessé qui serait l'fun?».

Et ils ne sont pas obligés d'être énormes, les «kessé». Lire des livres qui nous parlent et pas seulement ceux que l'on s'oblige dans les temps normaux, profiter du soleil sur sa galerie avec un pichet de limonade, se gosser un jardin, chercher des spots pour bien voir les étoiles. Le royaume de la petite affaire, il est vaste.

Je l'ai pas mal contemplé ce royaume. De loin parce que celui de la vaste affaire, des voyages et des débordements, il ne m'est pas accessible, en ce moment. Je le regardais s'en venir en me disant que quand ça arriverait, ça irait, que je saurais quoi faire de ça. J'étais ben excitée, en fait, parce que des vacances, dans le vrai sens du terme, je n'ai pas souvenance de quand j'en ai vraiment eues, la dernière fois. Et ce goût du spontané, du spring ta vie, ça me parle. J'essaie ben d'en mettre le plus que je peux dans le quotidien, mais me semble que les vacances, c'est encore plus propice à cela, c'est fait pour cela.

Mais. J'ai comme l'impression que la vie va cesser, un peu, justement parce que l'organisé, le ce qui se déroule de manière prévisible et pareille et enchaîné, ne sera plus là. Et ça me sécurise, finalement, l'éternel retour du même. J'ai besoin du lousse, mais je le sens que j'ai une petite anxiété de ce trop plein d'heures «vides». C'est sans doute symptomatique de mon plaisir à travailler et de ma peur de mal meubler mon temps et ça m'a rendue un peu triste quand j'ai mis le doigt là-dessus.

Je suis à l'aise quand la vie va vite, quand «ça» ne s'arrête pas, qu'il y a toujours de quoi. Ça me fait une balise, un rempart, j'pense. Les choses s'enchaînent et je n'ai pas à me préoccuper de ma condition, de ce qui s'agite un peu trop fort dans ma tête. Je fais.

Je ne crois pas être super contente de ma découverte, par exemple. Vivre vite, tout le temps, dans l'urgence, sans arrêt, ce n'est qu'une impression d'exister. Parce que y'a pas de pauses, de moments pris pour profiter, pour ressentir. Pour apprécier. Ces actions exigent de l'arrêt, pour le déploiement. Cela fait que. Dans le royaume de la petite affaire, j'ai décidé de pigé la plus petite de toute, c'est-à-dire: rien. M'a essayer ça. Me lever, prendre un café, me tâter l'envie du jour. Ou celle des p'tits. Pis voir comment ça se passe, la vie qui s'égoutte ben doucement sous le soleil [j'espère], la vie à «pas vite», à «déchire ta to-do».

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