Ne pas oublier Raif

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La situation du blogueur Raif Badawi ne doit surtout pas tomber dans l'oubli.

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Après la flagellation, c'est maintenant le temps qui semble menacer Raif Badawi, car le silence qui s'installe peu à peu après les claquements du fouet pourrait s'avérer tout aussi dévastateur pour la vie du blogueur.

Rappelons que Raif Badawi est emprisonné depuis trois ans pour avoir créé un site web dans lequel il a remis en question certains fondements de la société saoudienne. En plus d'une sentence de 1000 coups de fouet, le prisonnier d'opinion est condamné à passer dix ans en prison et à payer une amende d'environ 319 000 $, en plus d'être affligé d'une interdiction de quitter le pays pendant les dix années qui suivront sa libération.

Or, après avoir soulevé l'indignation internationale le 9 janvier lorsqu'il a été victime d'une première série de 50 coups de fouet sur les 1000 auxquels il est condamné, le sentiment d'injustice lié à sa situation semble tranquillement s'estomper.

Dans plusieurs médias, son sort nous est maintenant principalement rapporté - lorsqu'il l'est - sous la forme d'un décompte hebdomadaire, mentionnant depuis combien de semaines le pauvre homme n'a pas été châtié.

... 13 semaines, 14 semaines, 15 semaines, 16 semaines, 17 semaines, 18 semaines...

Vendredi, on souhaite évidemment que le décompte se poursuive jusqu'à 19, mais on peut se demander combien de temps encore l'attention générale sera maintenue en l'absence relative de la mise en oeuvre de la menace.

Ce qui ne cautionnera pas pour autant le fait d'être séparé de sa famille pendant plus de 20 ans pour des propos libéraux émis sur internet.

Si au début les coups de fouet étaient reportés pour des raisons de santé, les explications sont maintenant de plus en plus nébuleuses et on peut se demander si les autorités saoudiennes ne veulent pas simplement le reléguer aux oubliettes.

Lundi, la porte-parole d'Amnistie Internationale à l'échelle du Canada francophone, Anne Sainte-Marie, disait fonder beaucoup d'espoir dans les ambitions de l'Arabie Saoudite d'obtenir la présidence du Conseil des droits de l'homme de l'Organisation des Nations unies, un poste qui les obligerait à montrer l'exemple et libérer le prisonnier d'opinion, dont la conjointe et ses deux enfants se sont réfugiés à Sherbrooke.

Pourtant, au même moment, le New York Times faisait état de nouvelles possibilités d'emploi au sein de l'administration publique saoudienne, qui serait à la recherche de huit nouveaux fonctionnaires qui auront pour mandat de décapiter sur la place publique les auteurs de crimes graves allant de l'apostasie au meurtre, ou de se livrer à d'autres types d'amputation, par exemple trancher la main de personnes reconnues coupables de vol.

Toujours selon le Times, les ambitions du gouvernement saoudien auprès de l'ONU ne l'ont pas empêché d'enlever la vie à près de 90 personnes depuis le début de 2015, un nombre équivalant à quelques têtes près au nombre d'exécutions effectuées pour l'ensemble de l'année 2014.

On peut donc s'interroger sur le poids de Raif Badawi dans la balance des ambitions de son pays.

À Sherbrooke, des partisans d'Amnistie internationale et de Raif Badawi persistent tout de même à tenir une vigile chaque vendredi devant l'hôtel de ville pour éviter que le blogueur ne sombre dans l'oubli.

Parce qu'elle est là, la menace : que le monde détourne son regard et permette qu'on muselle à jamais Raif Badawi.

C'est le propre de la mémoire d'oublier, il serait plus important que jamais de s'en rappeler.

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