La paternité

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J'ai commencé à comprendre ce que signifiait la paternité lorsque l'envie m'a saisi d'installer des rampes partout où il y avait des escaliers.

C'est arrivé quelques jours seulement après qu'on ait reçu l'avis sur un petit bout de carton qu'il y avait un humain en fabrication au sein de ma douce; sûrement que mon subconscient voulait m'amener moi aussi à bricoler.

Moi, qui ai toujours vécu le besoin trop fréquent de ma blonde de poser un cadre ou une tablette comme le supplice de la goutte d'eau. Qui rage normalement juste à l'idée d'utiliser mon détecteur de montant, qui va irrémédiablement m'obliger malgré tout à faire deux ou trois trous dans le mur avant de trouver le foutu 2x4... @#$%*!

Pourtant, je me suis réveillé un beau matin en réalisant qu'on vivait depuis près de trois ans dans une maison REMPLIE de dangers et qu'il fallait rapidement y remédier.

Je regardais donc chacune des marches de la maison avec circonspection, les suspectant soudainement de vouloir entraîner la chute de ma bien-aimée. J'en ai d'ailleurs pris une sur le fait une fois, la troisième à partir d'en bas, qui avait accumulé assez de bave de chien pour faire glisser un terrain.

J'avais fait part de nos besoins de s'équiper en rampes à Val, qui ne semblait pas accorder trop de sérieux au projet, et encore moins envers son instigateur, dont l'historique en manipulation d'outils se limite essentiellement à monter des meubles IKEA et gosser un jardin urbain.

« C'est toi qui vois», qu'elle m'a répondu d'un air détaché, sans doute en songeant que ma nouvelle fixation finirait un jour par passer.

Dans ma tête, j'étais à deux doigts d'aller me chercher un badge sur lequel il est écrit : servir, prévenir, protéger. Mais au moment d'embarquer dans ma voiture pour me diriger vers une quincaillerie avec des gyrophares allumés, je me suis dit que la rampe qu'il y avait déjà pour monter à l'étage ainsi que les nez de marche antidérapants qu'arborent celles pour accéder au sous-sol devraient finalement être suffisants pour survivre encore pendant quelque temps.

À l'extérieur, les premiers flocons commençaient cependant à se former. Si j'étais plus ou moins rassuré à propos des escaliers à l'intérieur, j'avais encore en tête l'hiver précédent et j'ai rapidement anticipé une autre crise de verglas. Je me suis donc plutôt mis à ensevelir la cour, mais surtout les marches, d'une bonne couche de sel afin d'être certain d'écarter tous les risques que ma blonde puisse glisser. Eh oui, même si je sais pertinemment que le sel se fait les dents sur mon ciment!

Car c'est un peu ça se transformer en parent, j'imagine; en venir de manière innée à cette conclusion irréfutable : bébé > ciment.

C'est une blague grossière, mais le changement de paradigme est néanmoins très important. Du jour au lendemain, on observe son environnement avec un oeil complètement différent.

Surtout, en notre for intérieur, on se prépare tranquillement à se mettre au second rang.

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