Austérité et autres plaisanteries

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Patrick Mahony

Je dois être un des seuls à ne pas être offusqué par le fait que l'ex-ministre Yves Bolduc encaisse son indemnité de départ. Je ne suis pas non plus offusqué par les fonctionnaires qui accumulent leurs journées de congé pour prendre une préretraite à voyager aux quatre coins du globe. Bon, un globe ça n'a pas de coins, mais vous comprenez ce que je veux dire. Pas plus que je suis offusqué par les entreprises qui mettent des millions, si ce n'est des milliards, à l'abri du fisc en utilisant les stratagèmes que les lois fiscales leur permettent.

Tout ceci est parfaitement légal, et comme nous vivons dans un État de droit, ben... étouffez-vous avec.

Est-ce qu'on peut blâmer Yves de vouloir garnir son compte avec une prime de 215 000$? Réalisez-vous que c'est presque un quart de millions de dollars? Vous diriez non à 215 000 $? Allez, soyez honnêtes. Évidemment que non. Nous tentons tous d'améliorer notre sort financier jour après jour. Certains réussissent mieux que d'autres, c'est tout.

L'argument qu'il retourne à la médecine et fera un salaire dans les six chiffres n'en est pas un. C'est un argument factice qui sert à vendre de la copie ou faire grimper les cotes d'écoute. Bref, c'est un non-sens. Si Yves faisait dans les six chiffres avant d'être politicien, c'est qu'il a sept années de scolarité postsecondaire et qu'il pratique la médecine. Aussi simple que ça.

Pas d'accord? OK. Donc, ce serait plus acceptable de lui remettre son package de 215 000$ s'il retournait comme commis dans un dépanneur au lieu de médecin? C'est ce que vous dites? Il en aurait plus besoin, certes, mais vous venez d'occulter le problème. Le problème n'est pas qu'il retourne à la médecine ou derrière un comptoir de dépanneur, c'est qu'il a droit à son foutu 215 000$. Vous êtes vraiment faciles à distraire./////

Quant à cette dame qui a pris sa préretraite de la fonction publique parce qu'elle a réussi à amasser plus de 200 jours de congé de maladie au fil des années, tout le monde voulait la lyncher. Je vous ai entendu sur les tribunes téléphoniques. Vous étiez outrés. Tous les stéréotypes sur les fonctionnaires y ont passé. Mais voilà, elle n'a rien fait de mal. Elle a fait ce que la convention collective lui permettait de faire. Elle a fait ce qu'une convention négociée de bonne foi entre l'État et un syndicat lui permettait de faire. Elle n'a rien volé. Auriez-vous refusé de faire ce qu'elle a fait? Come on, soyez honnêtes.

Vous n'auriez pas usé de la même stratégie qu'elle pour vous payer une année de voyage? Bien sûr que oui vous l'auriez fait. Avoir ses conditions, probablement que moi aussi je l'aurais fait. Mais pourquoi ça vous heurte tant que ça? Vous êtes jaloux? Vous aimeriez avoir les mêmes conditions que cette fonctionnaire de carrière? Je vous comprends. Moi aussi, je veux ses conditions, juste pas la job de 9 à 5 dans un cubicule beige.

Quant aux compagnies qui mettent leurs recettes à l'abri du fisc, vous trouvez donc ça épouvantable. Vous dites qu'elles ne paient pas leur juste part d'impôt, pendant que vous, comme contribuable moyen, vous vous faites plumer avec 50% d'impôt. C'est simple, partez votre propre compagnie. Enregistrez-vous comme inc. Ça coûte environ 1500$ et vous paierez 25% d'impôt.

Cependant, vous n'aurez plus de revenu fixe, vous allez travailler en moyenne 50-70 heures semaine pour les cinq premières années, tout le monde va pouvoir soumissionner sur votre poste à n'importe quel prix pendant que les exigences envers votre travail vont décupler, et vous n'aurez pas droit au chômage si jamais votre compagnie plante, comme le font environ 50% des entreprises dans les cinq premières années d'existence.

Allez-y, incorporez-vous, c'est vraiment cool de payer juste 25% d'impôt. Non? Ça ne vous tente plus? Ah ben. J'comprends pas.

Voyez, les gens qui ont des emplois à salaire fixe dans des organismes gouvernementaux ou paragouvernementaux comme les écoles, universités, etc., ne comprennent pas les entrepreneurs, tandis que les entrepreneurs ne comprennent pas les employés à salaires fixes. Par contre, les deux ressentent une certaine injustice, à moins que ce soit de la jalousie, l'un envers l'autre.

Ni un ni l'autre est prêt à faire les sacrifices qu'il faut pour redresser la situation. Pas plus que le gouvernement au pouvoir... qu'il soit rouge, bleu, mauve, rose, jaune picoté vert. Qu'importe. Ils n'ont pas le courage de prendre les mesures qui s'imposent pour une foule de mauvaises raisons, dont la première est le désir irrépressible de se faire réélire, la seconde étant le lobbying et la troisième étant un manque de leadership.

/////

Si, pour une fois, un gouvernement mettait ses culottes et abolissait les indemnités de départ en cours de mandat pour les élus (chose qui aurait pu être faite l'année dernière), qu'il révoquait certains des privilèges des employés de l'État pour les ajuster à ses moyens actuels et qu'il récupérait les sommes cachées par les entreprises à l'étranger, le citoyen moyen, qu'il soit employé de l'État ou entrepreneur, aurait un certain sentiment de justice et d'équité.

Non? Bien sûr que non. Je blague. Tout le monde en voudrait au gouvernement et il se ferait battre aux prochaines élections.

Anyway, faites-vous en pas, ça n'arrivera pas. Pas un gouvernement depuis Parizeau n'a eu assez de colonne ou l'intérêt de l'État et de ses citoyens suffisamment à coeur pour risquer de se mettre les électeurs à dos et de perdre les prochaines élections.

Voici ce qui va se passer dans les prochains mois. Les entrepreneurs vont continuer à payer des lobbyistes pour représenter leurs intérêts, parce qu'ils n'ont pas le temps de manifester puisqu'ils travaillent 70 heures par semaine, pendant que les mandarins de l'État vont sortir en même temps que les tulipes pour manifester leur mécontentement et protéger leur acquis.

À moins d'une surprise ou d'un cataclysme cosmique, le gouvernement va reculer. Les entreprises vont continuer à cacher leurs profits, les fonctionnaires vont continuer à accumuler leurs journées de congé et les politiciens vont garder leur package.

Tout ça pour rien. Comme cette chronique.

J'ai hâte qu'il fasse chaud.

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