Mourir dans la dignité... finalement

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Patrick Mahony

Voilà, c'est fait. On peut mourir quand on veut et dans les circonstances qu'on veut. Quoiqu'il faut être atteint d'une maladie incurable, souffrir un martyre psychologique et/ou physique, mais de préférence les deux, pour satisfaire la fibre des ultra-cathos et autres ultra-croyants.

Car il ne faut pas se le cacher, les plus vives oppositions au projet de loi 52 « Mourir dans la dignité » venaient des divers groupes religieux. Malheureusement pour eux, ils ont perdu cette bataille devant la Cour suprême.

L'autre bloc d'opposition venait des médecins. C'est vrai que certains médecins voyaient la possibilité de donner la mort à un patient comme une fonction incompatible avec leur pratique. Le concept se défend. Mais c'est s'abroger beaucoup que de pouvoir décider ce qui est bien et ce qui est mal pour un patient mourant, ce qui est acceptable ou pas pour ce patient et de choisir de le garder en vie et mourir à petit feu plutôt que de mettre fin à ses jours. Ultimement, cette décision doit revenir au patient, pas au médecin. N'en déplaise aux médecins.

À lire les 146 articles du jugement du plus haut tribunal du pays, on voit d'entrée de jeu que l'humain est placé au centre de la décision de la Cour suprême. Je dirais même que la justice a été humaine, un privilège qu'elle semble se réserver lorsqu'elle doit se mettre à la page avec les gens qu'elle régit. Dans le premier article, elle dénote le choix cruel qui était réservé jusqu'à maintenant aux gens qui souhaitaient mettre fin à leurs jours et le fardeau que cela imposait aux proches. Elle dénote la violence des méthodes de mises à mort utilisées par les gens désespérés en fin de vie.

Le plus haut tribunal a aussi pris en considération la mouvance sociale dans ce jugement. On voit que les juges ont pris en considération l'évolution de la société canadienne, mais aussi de la pratique du suicide assisté un peu partout dans le monde.

Dommage que le Canada, dans le cas du suicide assisté, n'ait pas fait figure de proue comme ce fut le cas avec l'avortement. Mais bon, quand t'as un ministre des Sciences et des Technologies qui croit au créationnisme, les chances d'évoluer la mentalité et les lois d'un pays sont minces.

À juste titre, la Cour reconnaît qu'en 1993, lorsque Sue Rodriguez avait fait sa demande, aucune démocratie occidentale n'accordait le droit au suicide assisté. Ça n'avait pas empêché Sue Rodriguez de se trouver de l'aide médicale pour mettre fin à ses jours. Mais toutes les histoires n'ont pas connu pareille issue. À Montréal, Marielle Houle a attaché un sac de plastique autour du cou de son fils pour qu'il meure. Il souffrait de sclérose en plaques. Bien qu'elle ait obtempéré aux demandes de son fils par amour, elle ne s'en est jamais remise. Le sentiment de culpabilité de cette femme allait beaucoup plus loin que n'importe quelle peine qu'un tribunal aurait pu lui imposer. Elle s'en voulait surtout d'avoir laissé son fils seul dans ses derniers instants au lieu d'être une présence réconfortante et rassurante.

La décision de la Cour Suprême vient faire en sorte qu'on ne laisse plus les gens s'asphyxier de façon ignoble dans leur 3 ½. Cette loi fait en sorte qu'un neveu ne sera plus obligé de pendre son oncle dans le sous-sol de sa maison au Saguenay, qu'un père n'aura plus à demander à son fils de mettre fin à ses jours parce que l'État n'a pas les couilles de prendre les décisions qui s'imposent parce que dirigé et influencé par des groupes d'intérêts et des lobbies religieux.

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