La peur

Et si quelques personnes parmi les victimes de Charlie Hebdo avaient... (Archives, La Presse)

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Et si quelques personnes parmi les victimes de Charlie Hebdo avaient été armées?? Ou des gens (dont l'érudit qui était préoccupé à filmer) qui étaient près de la scène où le policier s'est fait abattre froidement??

L'idée m'est venue quand j'ai vu parmi les personnes qui s'étaient réfugiées sur le toit de Charlie Hebdo un homme qui semblait vêtu d'une veste pare-balles.

Sur la vidéo montrant le groupe, on pouvait voir les deux terroristes au bas de l'immeuble, en plein milieu de la rue, qui continuaient d'envoyer des rafales vers une cible inconnue.

Je suis loin d'être un expert en armes, mais je me suis dit que si quelqu'un parmi les réfugiés en avait possédé une, il aurait pu faire feu sur les assaillants situés en contrebas.

Sans nécessairement abattre les frères Kouachi, la manoeuvre aurait possiblement contribué à déstabiliser deux lâches qui avaient toutes les raisons de s'attendre à tirer sur des gens sans défense.

Elle aurait peut-être ralenti les deux assassins, permettant aux autorités de les arrêter avant qu'ils ne puissent décamper et faire d'autres otages plus tard.

Dans le meilleur des cas, l'un d'eux, voire les deux, auraient été tués.

Que l'on aime ou non les armes à feu, force est d'admettre que quand on est dans le trouble ou que l'on se sent menacés, ce sont des gens armés qu'on appelle pour nous venir en aide.

Dans les heures suivant la tragédie, on rappelait les paroles de Stéphane Charbonnier (Charb), qui avait mentionné deux ans auparavant qu'il préférait « mourir debout que vivre à genoux ».

C'est beau, mais porter l'étendard de la liberté d'expression, des valeurs démocratiques, de l'équité et autres ne nous protège pas pour autant des fous furieux qui refusent de jouer le même jeu.

Au final, on veut quand même avoir la chance de sauver notre peau, et je crois que ce serait pas mal hypocrite de penser que Charb n'aurait pas voulu en faire autant.

Parlez-en à Corinne Rey, cette dessinatrice qui s'est fait pointer deux kalachnikovs sous le nez, pendant qu'elle avait son enfant à ses côtés, afin qu'elle ouvre la porte de la salle de rédaction de la revue satirique à un massacre imminent.

Imaginez plutôt le scénario : au moment où les deux terroristes s'introduisent dans l'immeuble, Corinne Rey les tire dans le dos. Les jours suivants, on pleure le policier abattu en devoir, on titre qu'un complot terroriste a été déjoué par une mère de famille et le gouvernement lui confie un rôle d'ambassadrice de France après l'avoir déclarée héroïne nationale.

Bien honnêtement, j'ai honte d'avoir eu cette réflexion. C'est d'autant plus gênant de vous la partager aujourd'hui alors que je me dis que c'est sûrement le genre de pensée que les terroristes désirent nous planter dans la tête. Mais lors des attentats chez Charlie Hebdo, pour la première fois, j'ai eu la vague impression que les autorités n'étaient pas toujours les mieux placées pour nous protéger.

Je ne souhaite pas vivre dans un monde où tous seraient armés, prêts à jouer un rôle de justicier, mais s'il faut éventuellement choisir entre ça ou risquer de mourir la main levée, implorant un dérangé de ne pas tirer...

J'ai eu peur juste d'y penser.

Au moins, mettre tout ça sur papier m'a permis de chasser de ma tête les images d'un Saint-Élie rempli de pistoleros prêts à tuer.

La plume a le dessus sur la folie. Qu'on ne m'y prenne plus à ne pas y croire.

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