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N'est pas habile skieur qui veut.... (ARCHIVES LA NOUVELLE)

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N'est pas habile skieur qui veut.

ARCHIVES LA NOUVELLE

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Hani Ferland

Mes loupiots avaient leur première leçon de planche à neige cette semaine. Ils étaient confiants, persuadés que la montagne allait se plier devant eux et non l'inverse. Sont beaux pareil DANS LEUR NAÏVETÉ.

« Toi, maman, vas-tu nous suivre sur les pistes? » que m'a demandé le plus p'tit.

LOL que j'ai répondu.

Mon rire onomatopéique permettait d'éviter de dire ce que je pensais réellement de l'activité de glisse. Mais à toi, je vais raconter.

Le ski = une humiliation de tous les instants.

J'ai 10 ans.

Au cours d'éducation physique aujourd'hui : le ski de fond.

Le désespoir se lit dans ma face.

Les seules affaires cool du cours d'éduc sont les rubans chinois et le parachute qui permet de se cacher en dessous. Sauf qu'on sort ces cossins-là environ deux fois par année. Le reste du temps, on fait des sports où je suis tout le temps choisie en dernier et dans lesquels Pascal Duhamel clanche absolument tout le monde.

Bon, se rendre dans le champ en ski était pas si pire. C'est lorsqu'il fallut descendre une butte que ça s'est gâté.

Une fouille, une belle. Avec inélégance. Avec maladresse. Avec mal tout court à mon estime personnelle qui a mangé une mornifle devant la rigolade des petits copains et du prof lui-même, qui me regardaient avoir l'air d'une otarie en plein badtrip de mush.

ÇA M'A FROISSÉE.

Comme on annonçait à la fin du cours que l'activité reviendrait au programme la semaine suivante, je me suis dit que non. OH QUE NON.

Une idée de feu a traversé mon esprit : j'allais être malade pour le prochain cours. En débarquant de l'autobus ce soir-là, j'ai enlevé mes bottes et j'ai fait trois-quatre fois l'allée en pieds de bas dans la neige. C'était frette en cibole, mais c'est certain que j'allais pogner le rhume sur un cristie de temps.

Sauf que le matin fatal est arrivé et je n'avais toujours pas le rhume.

Je n'ai pas eu le choix d'user de la solution ultime : faker. Peux-tu croire que je me suis gargarisée au colorant alimentaire rouge et que je me suis tartinée du Vick's sous les yeux pour les rendre bien larmoyants? Ben je l'ai fait. On appelle ça l'acte du désespoir.

Je suis restée à la maison ce jour-là.

/////

Secondaire 1. Activité scolaire : aller faire du ski alpin. Me revoilà aux prises avec c'te cochonnerie d'activité de montagne.

Pour faire ça court, disons que je suis montée dans le télésiège. Que je me suis pété la gueule en débarquant. Que j'ai jamais réussi à me relever. Que j'ai juste enlevé mes skis et que j'ai descendu la côte à pied. Le monde passait près de moi en riant. Le bonheur était pas d'occasion c'te journée-là.

Du chalet où j'ai passé la journée la plus longue de ma vie, j'avais une belle vue sur mes traces de bottes tout à gauche de la piste.

/////

Mes gars ont peiné fort à leur premier cours de planche à neige. J'ai vu le pas de fun dans les yeux de mon plus jeune qui passait plus de temps à terre qu'à glisser gracieusement. J'ai vu qu'il était à deux doigts de tout sacrer ça là et de venir se blottir dans mes bras. Je l'aurais accueilli à bras ouverts, tsé. Parce que je suis pas mal poule et que j'aime pas voir mes enfants peiner (même si je les aide pas pantoute en faisant ça, JE LE SAIS).

Mais il a persévéré. Il s'est relevé. À chaque fois. Avec l'aide d'une monitrice qui l'a pris à part parce qu'il ralentissait le groupe. Grâce à elle et à sa patience, mon gars a hâte à sa prochaine leçon.

Merci fille.

J'aurais eu besoin d'une personne comme toi, y a 25 ans. Quelqu'un qui prend en pitié les otaries en plein badtrip de mush.

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